LES « BRIGANDS » EN NORMANDIE TO
et, les enfermant dans des prisons infectes ou des culs de basse fosse, les martyrisant de toutes sortes de manières, tentaient de les contraindre à se racheter en payant les fortes rançons qu'ils leur fixaient. Il arrivait qu'on trouvât dans les caves et dans les souterrains des châteaux ou des tours de ces pauvres pa3^sans arrachés à leurs champs, ici cent, là deux cents, ailleurs davantage, selon qu'il y avait un plus ou moins grand nombre de ravisseurs. Souvent beaucoup d'entre eux, dans l'impossibilité d'acquitter les sommes que l'on exigeait d'eux, ne trouvaient auprès des pillards aucune pitié et mouraient de faim, de faiblesse et de vermine. Souvent, dans les persécutions et les tourments mêmes qu'on leur faisait subir pour leur arracher les sommes qu'on réclamait d'eux, ils tombaient en défaillance. Et telle était la rage de cupidité et de cruauté chevillée au cœur des pillards qu'aucune espèce de compassion ne les animait en faveur des pauvres et des suppliants. Bien plus, à l'instar des animaux les plus cruels, la majeure partie de ces pillards éprouvaient un plaisir particulier à accabler les paysans innocents et réduits à merci.
Mais, en dehors de ceux qui prétendaient combattre pour le camp français et qui, bien que la plupart du temps sans formation régulière et sans solde, habitaient les places et les châteaux soumis aux Français et s'y retiraient avec leur butin, il y avait aussi en très grand nombre des hommes désespérés et perdus qui, soit par lâcheté, soit par haine des Anglais, soit par désir de s'emparer du bien d 'autrui, soit que, conscients de leurs crimes, ils voulussent échapper au filet des lois, ayant quitté leurs champs et leurs maisons, n'habitaient pas à la vérité les places ou les châteaux des Français et ne combattaient pas dans leurs rangs, mais, à la manière des bêtes sauvages et des loups, vivaient au plus
de partisans dans la Haute-Normandie, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. LIV (1893), p. 475-521, et t. LV (1894), p. 259-
I08 QUID « BRIGANDI » IN NORMANNIA EGERINT
esurie" ac famis pemrgente rabie, exeuntes plerumque noctu et in tenebris, aliquando eciam interdiu, sed rarius, agricultonun^ irrumpentes domos, bonis eonim direptis, eosdem captivos ad suas in silvis occultissimas latebras abducebant et eos illic variis excruciantes tormentis ac inediis, ad magnas pro sua^ redempcione et liberacione pecuniarum summas et alia que usui suo necessaria putarent"^ coartabant, ad quem statuissent locum prefinito die deportandas. Ad quod si deficerent, vel quos^ obsides reliquissent inhumanissime tractabantur, vel ipsi, si iterum ad eos comprehendendos-^ latrunculi ipsi potuissent pervenire, necabantur, aut eorum domus, igné noctu clam apposito, cremabantur.
Hoc siquidem genus desperatorum hominum, qui vulgo Brigandi appellabantur ^, mirum in modum in Normannia et adjacentibus provinciis atque terris, quas Anglici occupabant, invaluit et earum incoles terrarum'^ vexa vit et agios populavit.
Et quamvis capitanei atque duces Anglorum, eo quod, dum ipsos Anglicos apprehendere potuissent, sine ulla miseracione interficiebant, multum cure ac diligencie pêne semper habuerint ut hujuscemodi pestilencium ferarum génère provinciam expurgarent, ita ut quoscumque ex eis comprehendere poterant illico furcis ac patibulis suffigerent, nunquam tamen semen illud ulla diligencia vel arte exterminare potuerunt, quamdiu Normanniam incoluerunt ac tenuerunt. Verum siquidem et experimento liquido approbatum consilium fuerit, quod quidam sacerdos Normannie inter Anglicos plures, in mensa
a. esuriei P. — b. agricolarum P. — c. sui P. — d. putarant P. — e. ii quos P. — /. comprehendendum P. — g. Les mots invaluit... terrarum manquent en P.