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LES « BRIGANDS » EN NORMANDIE IO

épais et au plus inaccessible des forêts. De là, tenaillés et rendus enragés par la faim, ils sortaient presque toujours la nuit, à la faveur de l'obscurité, quelquefois, mais plus rarement, pendant le jour, envahissaient les maisons des paysans, s'emparaient de leurs biens, les emmenaient prisonniers dans leurs introuvables repaires des bois, et là, par toute sorte de mauvais traitements et de privations, les obligeaient à porter à lieu et à jour fixés de grandes sommes d'argent pour leur rançon et libération, ainsi que d'autres objets qu'ils jugeaient indispensables à leur usage. En cas de manquement, ou bien ceux que les paysans avaient laissés pour otages subissaient le traitement le plus inhumain ou ces paysans euxmêmes, si les pillards parvenaient à les reprendre, étaient massacrés, ou bien encore leurs maisons, mystérieusement allumées pendant la nuit, brûlaient.

Ces hommes capables de tout, qu'on appelait communément les Brigands ^, faisaient merveille en Normandie, ainsi que dans les provinces voisines et dans les terres occupées par les Anglais, mettant en coupe réglée les habitants et dévastant les campagnes.

Les capitaines et chefs anglais s'employèrent presque toujours avec beaucoup de soin et d'activité à purger la province de ces bêtes féroces, d'autant que les Brigands, lorsqu'ils pouvaient s'emparer d'Anglais, les mettaient à mort sans pitié. Aussi, quand ils réussissaient à se saisir de quelquesuns d'entre eux, les Anglais les faisaient-ils pendre aussitôt aux fourches et aux gibets. Et pourtant jamais leur zèle ni leur habileté ne parvinrent à exterminer cette mauvaise graine, tant qu'ils habitèrent et possédèrent la Normandie. L'expérience, au contraire, aura prouvé clairement l'excellence du conseil que leur donna, un jour qu'il se trouvait à table au milieu de plusieurs Anglais, certain prêtre de Nor-

I. Sur les « brigands » en Normandie à cette époque, voir la Chronique du Mont-Saint-Michel, éd. Siméon Luce, t. I (1879), p. 82, n. I ; Puiseux, Les insurrections populaires en Normandie pendant l'occupation anglaise, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIX (1851), et surtout le travail de G. Lefèvre-Pontaiis cité p. 105, n. 3.

IIO QUID « BRIGANDI » IN NORMANNIA EGERINT

sedens, eis prebuit^. Dum enim inter se de hujusmodi Brigandis quererentur, colloquendoque unumquemque eonim qui mense astabant requirerent^ ut suam diceret opinionem, quanam via seu ingenio hujuscemodi nequissimum hominum genus a patrie finibus arceri posset, cum unusquisque Anglorum, unus unam, alius aliam sentenciam dixisset, tandem ad illum bonum presbyterum deventum est. Qui, requisitus ut ipse suam eciam^ diceret sentenciam, multis quidem^ propositis excusacionibus, rogabat ut sibi velud rerum talium ignaro atque inexperto parceretur, cum nec sacerdotali professioni conveniret de talium facinorosorum suppliciis disceptare. Cum vero nichilominus urgeretur ut sentenciam diceret, rogata primum ac postulata venia ut, si quid insulcius diceret, sue ignorancie parceretur, que ab omnibus quidem'^ illic astantibus concessa fuit, unum solum videri sibi apponi posse atque superesse remedium dixit, si Anglici omnes Gallia excédèrent et in Angliam, natale eorum solum ^, redirent ; tune enim, procul dubio, ipsis abeuntibus, simul et Brigandi in terra esse desinerent-^. Quod verissimum fore^ postea compertum fuit. Nam illico ut Anglici, Normannia ejecti, ad propria reverti''' compulsi sunt, patria illo' pestilenti hominum incommodo libéra reddita est^. Qui enim ex illo latrocinandi officio supererant (et multi quidem erant), vel in numerum-^ milicie atque ad^" stipendia recepti sunt, vel ad domos suas revertentes, agrorum culture intenderunt, aut, si artem didiscerant, ex ea procurare sibi, uxoribus^ ac liberis necessaria vite curaverunt.

a. requireret P. — b. Ce mot dans l'interligne, de la main de l'auteur, en G. — c. Manque en P. — d. Manque en P. — e. solum eorum P. — /. désistèrent P. — g. Manque en P. — h. Ce mot dans la marge, de la main de l'auteur, en G. — i. ilico P. — /. Ce mot écrit par l'auteur dans un blanc laissé par le copiste, en G. — k. Manque en P. — /. uxoribusque P.

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