XX COMPOSITION ET STYLE
qu'il en a, il multiplie jusqu'à satiété les répétitions et les digressions, il ne sait pas composer.
Le style chez lui n'est pas, sauf exceptions, de meilleur aloi. Basin était cependant un lettré de culture exceptionnelle. Il a parlé fort joliment dans son Breviloquium de ces loisirs consacrés aux lettres qui étaient sa plus grande joie [otium littérale, in quo mihi summa voluptas est) ^. Il a lu et il cite, non des auteurs du moyen âge (les noms de Boccace et de Marco Polo viennent seuls sous sa plume), mais Suétone, Salluste, César, Justin, Josèphe, Ennius, Virgile, Sénèque le Tragique, Cicéron, Cicéron surtout, dont il n'a guère retenu que les défauts, redondance et verbosité. Ses phrases sont presque toujours trop longues et sans ossature, empêtrées dans d'insupportables cascades de synonymes, en un mot confuses, pâteuses et monotones. Il est avec cela pompeux et solennel ; le mot noble le tente toujours plus que le mot vrai ; il ignore cette condition essentielle de l'art d'écrire, la propriété de l'expression. Seuls, les passages où il rapporte des souvenirs personnels prennent parfois une allure plus vive, que relève même à l'occasion une pointe d'humour.
Son latin est relativement correct, eu égard à celui de ses devanciers. On peut lui reprocher, avec la platitude générale, quelques licences, des mots rares, des gallicismes, des néologismes maladroits. Il est vrai que le vêtement du latin convenait assez mal à ce qu'il avait à dire. Tout compte fait, la langue de Basin marque un progrès sur celle du Religieux de Saint-Denis ou de Jean Chartier dans sa Chronique latine. Le souffle de la Renaissance commence à s'y faire sentir quelque peu. Bien inférieure à celle des historiens italiens de ce temps, comme Paul Jove, elle s'apparente déjà à celle du Français Robert Gaguin.