CHAPITRE XVI
Condamnation de Jeanne la Pucelle.
Elle est brûlée a Rouen
La chose fut portée devant les juges et Jeanne, passant de nouveau publiquement en jugement, fut condamnée comme relapse, après avoir abjuré l'hérésie une première fois, et livrée comme telle au bras séculier ^.
Aussitôt les bourreaux s'emparèrent d'elle, ainsi que toute la troupe des Anglais qui alors étaient en grand nombre à Rouen avec leur roi Henri ; puis, en présence d'une foule presque innombrable de spectateurs, tant de cette ville que des campagnes et des places voisines (car beaucoup s'étaient rendus à Rouen à cet effet comme à un spectacle public), ladite Jeanne, invoquant toujours Dieu secourable et la glorieuse mère de Notre-Seigneur Jésus Christ, fut anéantie et dévorée par les flammes ^. On rassembla ensuite toutes les cendres que le feu avait laissées sur le bûcher, tant celles qui provenaient du bois que celles qu'avaient produites sa chair et ses os, et, du haut du pont, elles furent lancées dans la Seine, afin que rien venant d'elle ne pût être pris et gardé comme reliques, peut-être par quelque sentiment de superstition. Ainsi finit la courte vie de Jeanne.
Peut-être le lecteur de cette histoire attend-il notre sentiment sur les faits et gestes de cette Pucelle, dont en ce temps la renommée fut immense dans toute la France. Mais si nous ne prenons pas sur nous d'affirmer témérairement que les apparitions et les révélations qu'elle disait avoir eues venaient de Dieu, nous qui n'avons eu aucune connaissance des signes de sa mission qu'elle découvrit, prétend-on, au seul roi Charles, nous pouvons dire et affirmer hardiment que»