OPINIONS DIVERSES SUR LA PUCELLE
d'après le procès qui lui fut fait — procès dont nous avons nous-même vu et examiné les pièces^ lorsque, les Anglais chassés, la Nôrnaandie fut revenue, comme en son premier état, au pouvoir du roi Charles, — il n'apparaissait pas suffisamment qu'elle eût été convaincue d'être tombée dans quelque erreur de dogme contraire à la vérité de la doctrine catholique ou qu'elle en eût fait un aveu valable en droit. Et ainsi l'accusation d'hérésie et de relaps manquait clairement de base. En outre, on pouvait sur plusieurs chefs tenir pour vicié un procès introduit et poursuivi devant ses ennemis capitaux souvent récusés par elle, alors surtout qu'on lui avait refusé tout conseil, à elle jeune fille inexpérimentée, ainsi qu'il apparaîtra plus au long à ceux qui auraient l'occasion de rencontrer et le temps de lire un mémoire écrit par nous à la demande du roi Charles, qui avait voulu avoir notre avis à ce sujet ^. Une fois les Anglais chassés de la Normandie, ledit roi Charles fit, en effet, soigneusement examiner et discuter le susdit procès par plusieurs prélats de son royaume et par des personnes versées dans la connaissance des lois divines et humaines. Sur ce sujet, ils lui adressèrent plusieurs mémoires^ qui furent produits et mûrement étudiés devant certains juges délégués par le Saint-Siège à la connaissance et au jugement de cette matière. Ces juges furent d'accord pour homologuer l'avis dont il a été parlé plus haut, et la sentence qui avait été prononcée contre elle sous la domination anglaise fut cassée et révoquée *.
Certains s'étonneront peut-être de ce que, si elle fut envoyée par Dieu, elle ait pu être prise ainsi et conduite au
xv<2 siècle, signalons deux copies à la Bibliothèque nationale (nos 5970A et 8838 du fonds latin) et deux autres à la bibliothèque du Vatican (n» 1832 des manuscrits Vat. latins et n° 733 (2) du fonds de la reine Christine) . Le mémoire de Basin a été imprimé en partie par Quicherat au t. III, p. 309-314, des Procès de condamnation et de réhabilitation, et in extenso par Lanéry d'Arc, Mémoires et consultations en faveur de Jeanne d'Arc (Paris, 1889, in-80), p. 187-235.
3. Il y en eut jusqu'à dix-neuf, dont Lanéry d'Arc a reproduit le texte dans l'ouvrage cité à la note précédente.