‹ Histoire de Charles VIIChapitre 180 sur 307 · QUID DE PUELLA SENSERIT AUCTOR · texte numérisé non relu

QUID DE PUELLA SENSERIT AUCTOR

racionabiliter poterit, qui sine ulla hesitacione crédit sanctum sanctorum Dominum ac salvatorem nostrum, sanctos prophetas et apostolos a Deo missos ob doctrinam salutis et fidei Deique voluntatem hominibus insinuandam et evangelizandam, variis cruciatibus et suppliciis affectos, triumphali martirio hanc vitam finisse mortalem ; cum eciam legamus in veteri Testamento populum israheliticum, a Deo jussum Cananeorum gentes exterminare et contra suos hostes et ydolatras pugnare, tamen'^ propter sua peccata aut alicujus eciam ex eis, aliquando prevalentibus eis hostibus, cecidisse et corruisse. Quis enim cognovit^ sensum Domini, aut quis consiliarius ejus fuit '^7

Non tamen ita hoc^' dicimus, quod eandem Johannam, modo quem^' diximus ex hac misera vita prereptam, apostolorum aut sanctorum martirum velimus meritis coequare ; sed quod minime repugnancia aut inter se incompatibilia*^ reputamus et quod a Deo, ad subveniendum regno et genti Francorum adversus hostes suos Anglicos, qui tum-^ regnum ipsum gravissime opprimebant, ad ipsorum Francorum Anglorumque conterendam superbiam et ut ne quis ponat carnem hrachium suum^, seu^ non in Deo sed in seipso solo de suisque viribus glorietur dicta Johanna a Deo missa fuerit et nichilominus quod eam Deus, vel ob régis vel gentis Francorum démérita, utpote quod tantorum beneficiorum, quaiita Deus per eam ipsis mirabiliter contulerat, ingrati, non proinde débitas egerint gracias divinitati aut victorias eis concassas non gracie Dei, sed suis meritis aut viribus attri-

a. tam P. — b. novit P. — c. hec P. — d. Ce mot écrit par l'auteur dans un blanc laissé par le copiste, en G. — e. incompossibilia G et P. — /. Ce mot dans la marge, de la main de l'auteur, en G. — g. sed P.

OPINION DE l'auteur SUR JEANNE d'ARC 165

supplice. Mais ne pourront raisonnablement en être surpris ceux qui croient sans hésitation aucune que le Seigneur, saint entre tous les saints et notre sauveur, que les saints prophètes et les apôtres envoyés par Dieu pour évangéliser les hommes et leur inculquer la doctrine du salut, de la foi, et la volonté de Dieu, ont été frappés de divers tourments et supplices et ont terminé leur existence mortelle par le triomphe du martyre. Et ne lisons-nous pas dans le Vieux Testament que le peuple d'Israël extermina sur l'ordre de Dieu la nation chananéenne et combattit ses ennemis et les idolâtres, puis que cependant, soit à cause de ses péchés ou de quelqu'un des siens, ses ennemis prirent le pas sur lui, le renversèrent et lui firent mordre la poussière ? Car « qui a pu pénétrer les intentions du Seigneur? Qui a été son conseiller «^?

Ce n'est pas cependant que, pour avoir quitté cette misérable vie de la manière que nous avons dite, les mérites de Jeanne doivent, dans notre pensée, être comparés à ceux des apôtres ou des saints martyrs. Mais nous ne répugnons nullement à croire (et nous ne jugeons pas ces choses incompatibles les unes avec les autres) que ladite Jeanne ait été envoyée par Dieu pour secourir le royaume et le peuple de France contre ses ennemis les Anglais, qui alors opprimaient gravement ledit royaume ; pour abaisser l'orgueil des Français et des Anglais ; pour empêcher qu'aucun d'eux « ne prît la chair pour son appui » ^ et ne se glorifiât en Dieu, et non en soi seul et de sa propre puissance. Nous admettons que Dieu ait permis qu'elle fût prise par les ennemis et conduite au supplice à cause des démérites du roi ou du peuple de France, attendu que, dans leur ingratitude de tant de bienfaits que Dieu leur avait envoyés merveilleusement par son intermédiaire, ils ne rendaient pas à la divinité les grâces qu'ils lui devaient ou qu'ils attribuaient les victoires à eux accordées, non pas à la grâce de Dieu, mais à leurs mérites ou à leur puissance (mérites qui, à la vérité, étaient

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