CHAPITRE XXI
Comment et par quel moyen on en vint au traité de PAIX conclu a Arras entre le roi Charles et le duc DE Bourgogne *.
Réfléchissant donc et s'appliquant aux choses de la paix, par laquelle il pensait pouvoir étouffer les ressentiments féroces et les haines sauvages qui depuis si longtemps possédaient Français et Bourguignons, au point que presque toutes les forces du royaume en étaient diminuées et comme perdues, en entraînant la ruine et la désolation à peu près complète, ledit duc de Bourbon, qui pensait aussi à sa propre tranquillité et à celle de ses domaines, qu'il n'aurait pu défendre qu'à grand'peine contre la puissance bourguignonne, persuada au roi Charles de s'employer, pour son plus grand profit et celui de son royaume, à pourvoir, si tard que ce fût, de quelque remède de paix ce royaume partout dévasté. Jour donc et lieu furent choisis et acceptés à Arras, où devaient se réunir pour traiter ensemble de la paix les délégués du roi, ceux des Anglais et ceux du duc de Bourgogne.
Aux jour et lieu fixés ^, s'assemblèrent les délégués de Charles, roi de France, le susdit duc de Bourbon, les comtes de Dunois et de Vendôme et plusieurs autres grands personnages tant ecclésiastiques que laïques, avec pleins pouvoirs de traiter, s'arranger et accorder avec chacune des parties, tant Anglais que Bourguignons. Se présentèrent aussi en ce lieu plusieurs princes et prélats du royaume d'Angleterre, chargés
1. Le meilleur récit est le Journal de la paix d' Arras, faite en l'abbaye royale de Saint-Vaast, recueilli par Antoine de la Taverne, religieux et grand prévôt de ladite abbaye, et mis en lumière par Jean Collart (Paris, 1665, in-12). Cf. Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II {1882), p. 526-559.