SOULÈVEMENTS CONTRE LES ANGLAIS EN NORMANDIE IQQ
que l'on pût apporter palliatif ou remède suffisants. Aussi, durant quelques années avant la paix d'Arras, fut-il prescrit et ordonné par des édits royaux que, dans toute la Normandie, les paysans rassembleraient des armes et les conserveraient par devers eux pour pouvoir, lorsqu'ils auraient appris à s'en servir, se garder et défendre tant contre les ennemis, c'est-à-dire les Français, que contre les brigands et pillards anglais qui leur faisaient d'habitude une infinité de torts ^.
Il y avait dans chaque village, dans chaque bourg, des décurions ou doyens, des quinzeniers, des centurions, des milleniers et ainsi de suite, autour desquels tout le monde devait se réunir quand les cloches sonnaient et sous le commandement desquels on devait marcher à la rencontre des ennemis partout où besoin serait ; et, s'il s'agissait d'Anglais causant quelque dommage à qui que ce fût, on devait se saisir d'eux de vive force et les conduire aux gens de justice du roi pour être punis selon leurs méfaits. Mais cette liberté des populations et du pays, grâce à laquelle l'armée anglaise insolente et indisciplinée, accoutumée aux brigandages et aux violences, se voyait interdire la possibilité de piller et de nuire à tel ou tel selon son bon plaisir, ainsi qu'elle en avait pris l'habitude, cette liberté, dis-je, déplaisait fort aux pillards anglais. Ils imaginèrent donc et mirent en œuvre les moyens les plus abominables dans plusieurs parties de la Normandie pour arriver à arracher au peuple cette liberté, afin de la détruire et de la faire disparaître entièrement.
Et d'abord, aux environs d'un village situé près du monastère de Saint-Pierre-sur-Dives 2, au diocèse de Séez, lesdits Anglais, réunis au nombre d'environ 300 ou 400 cavaliers
explicite encore, de Thomas Basin, avance à tort qu'aucun historien du règne de Charles VII autre que l'auteur de la Chronique du Mont n'a parlé de « ce fait capital », confirmé, d'ailleurs, par les documents d'archives (voir une lettre de rémission de la même année publiée par Luce au t. II de son édition, p. 35-36, d'après le registre JJ 175 du Trésor des chartes, pièce 309, aux Archives nationales) .