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RÉBELLIONS DANS LE BESSIN

cèrent, pour venger leurs injures et leurs misères, de chasser les Anglais de la province ou de les exterminer. Ils se rassemblèrent pendant l'hiver, à l'époque où le froid sévissait avec le plus de rigueur, une couche de neige de plus de deux pieds couvrant partout le sol, et ils arrivèrent jusqu'aux faubourgs de Caen ; on estimait qu'ils étaient au nombre de cinquante mille et plus ; certains avaient des armes, d'autres rien, ou des armes telles qu'on pouvait les considérer comme sans utilité et sans valeur contre des soldats bien équipés. Ils n'avaient rien arrêté ni prévu touchant soit l'ordre et l'organisation de leurs troupes, soit l'approvisionnement en matériel nécessaire à l'attaque des villes et des places fortes. Aussi, comme ils étaient là depuis peu de jours, le froid, la faim et le manque de vêtements les accablèrent ; beaucoup d'entre eux furent tués et taillés en pièces par une petite troupe d'Anglais, si bien qu'ils durent s'en aller de nuit et se disperser de tous côtés. Le plus grand nombre, redoutant de revenir chez soi, par crainte des Anglais, gagna les profondeurs des bois, jusqu'à ce que les grands d'Angleterre chargés de gouverner la province, prena.nt en pitié leurs erreurs, eussent fait publier une amnistie générale pour tous les crimes, avec garantie de sécurité pour chacun, et les eussent ainsi fait rentrer pour la plupart dans leurs maisons. Aussi le pays resta-t-il par la suite habité et cultivé.

Il y eut à peu près à la même époque,' sur les confins du Val de Vire, un autre soulèvement, dont l'instigateur fut un certain Boquier ^. Partout, en effet, à toutes les frontières de la Normandie, les détrousseurs anglais — et cela bien que la province fût sous la domination du roi d'Angleterre — indisposaient à ce point les populations par leurs rapines, meurtres, chicanes et mauvais procédés, qu'impatientes de

I. S. Luce, dans son édition de la Chronique du Mont-Saint- Michel, t. II (1883), p. 74 et suiv., a publié diverses pièces d'archives datées du printemps de 1436 (nouv. st.), où il est question de la « grosse assemblée » faite par Boschier, « capitaine de communes ». C'est le personnage nommé par Thomas Basin.

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atque injuriis, ut impaciencia malorum et tedio tam diutume inquietudinis, veluti desperacione salutis, ad taies insurrecciones contra Anglicos urgerentur, studiose, ut diximus, ad hoc annitentibus impiis Anglorum (qui vetustissimi et quodammodo naturales illius terre et populi hostes esse creduntur), ut majorum rapinarum atque cedium ad sua exsaturanda odia occasiones conquirerent. Sed hujus turbe in Vallibus Virie impetum compescuit quidam Anglorum milicie dux, dictus dominus de Scales^ : nam multis eorum cesis et, ut fama erat, ad quatuor aut quinque milia virorum, hujusmodi tumultus repressus est, superstitibus, prestita« securitate, ad propria revocatis.

Et hec quidem turbe circa tempora illa emerserunt quibus pro pace tractanda apud Attrebatum conventus, de quo diximus, exstiterat celebratus. Post hujusmodi enim conventum, cum in eo Anglici pacis condiciones omnes récusassent oblatas, populi Francie et Normannie qui sub eorum consistebant dicione, majore erga eos odio exarserunt ^, existimantes se perpétue addictos miserie quamdiu sub eis regnarentur'^ eos solito gravius affligentibus Francis, qui jam, ad Burgundiones paccati, contra solos Anglos certamen habebant. Putabant enim et eam estimacionem'' de Anglicis conceperant ^^ qui sub Anglis Franci detinebantur, dum vidèrent eos pacis equos et racionabiles leges contempsisse in predicto conventu Atrebatensi, quod non quererent utilitatem patrie et subjectorum'quietem, qui jam annis .xx*^ et amplius absque ulla relaxacione continue bellorum calamitatibus sub ipsis afflicti fuerant, sed pocius quod ex illo inveterato odio quod eis innatum est ad Francorum gentem, eos perpetuis miseriis et erumpnis vellent exicialiter conficere ; et utrinque' de se invicem Franci et Anglici, pes-

a. prestita eis P. — b. regerentur P. — c. existimationem P. — d. acceperant P. — e. utrumque P.

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