REBELLIONS DANS LE VAL DE VIRE
leurs misères, dégoûtées d'une si longue inquiétude, et comme risquant tout pour se sauver, elles se trouvaient entraînées à se soulever ainsi contre les Anglais. Et il y avait, nous l'avons dit, des Anglais scélérats (ils passent pour les très anciens et comme naturels ennemis de ce pays et de ses habitants) qui s'y employaient avec beaucoup de zèle pour se procurer des occasions de plus grandes rapines et massacres, afin d'assouvir leurs haines. Mais ce soulèvement du Val de Vire fut arrêté dans son élan par un capitaine de gens d'armes anglais, dit le seigneur de Scaïes ^. Beaucoup de révoltés périrent, quatre ou cinq mille, à ce qu'on dit ; ainsi le soulèvement fut réprimé et les survivants, après avoir reçu des sûretés, s'en retournèrent chez eux.
Ces soulèvements se produisirent vers le temps où se tenait à Arras l'assemblée dont nous avons parlé pour traiter de la paix. Après cette assemblée, en effet, où les Anglais avaient repoussé toutes les conditions de la paix qui leur était offerte, les peuples de France et de Normandie qui étaient sous leur domination brûlèrent à leur égard d'une haine plus vive -, se jugeant voués à une misère éternelle aussi longtemps qu'ils vivraient sous leur domination. Car plus que jamais ils étaient exposés aux coups des Français qui, ayant fait leur paix avec les Bourguignons, ne combattaient plus que les Anglais. Les Français qui se trouvaient sous la domination anglaise s'étaient, en effet, formé cette opinion des Anglais — en les voyant mépriser audit congrès d' Arras de justes et raisonnables conditions de paix — qu'ils ne recherchaient guère le profit du pays et la tranquillité de leurs sujets, lesquels, depuis déjà vingt ans et plus, sentaient peser sur eux continuellement et sans relâche les malheurs de la guerre, mais que plutôt, par cette haine invétérée et pour ainsi dire innée qu'ils avaient des Français, ils voulaient les accabler et faire périr sous le poids des misères et des tristesses de toute sorte. Et ainsi Français et Anglais, ayant les uns des