LES CAUCHOIS CONTRE LES ANGLAIS
par les Français eux-mêmes, que les paysans étaient dépouillés de leurs biens par les uns et les autres, ou même emmenés en captivité, les Français persuadèrent à ces populations, simples et sans malice que, si elles voulaient s'occuper de leurs affaires, sauvegarder leur indépendance et s'aider ellesmêmes, le temps viendrait où elles pourraient secouer le joug de la domination et de la servitude anglaises et revenir à la naturelle seigneurie du roi de France, ainsi qu'à leur vieille liberté. Certains habitants du pays, dont le principal s'appelait Carrucarius, en langue vulgaire Charuyer^, firent tant que tous prirent les armes et les tournèrent contre les Anglais, pour lesquels, d'ailleurs, ils professaient une haine naturelle. En peu de jours, de tous les bourgs et villages, ils se réunirent aux environs de la Noël et se dirigèrent, avec un corps de troupe du roi, vers la place très fortifiée d'Harfleur. Là un petit nombre de ceux qui avaient été autorisés à demeurer en plus des Anglais, se rendirent maîtres de la place attaquée par cette fouie impétueuse, et, après avoir tué les Anglais, ils la rendirent au roi de France. Il en fut de même de la place de Montivilliers^ et de 'plusieurs châteaux et donjons de la région qui, plutôt que de soutenir un siège ou par crainte des dangers, se rendirent de bon gré.
Estimant qu'avec la'même facilité d'autres places du pays leur ouvriraient leurs portes, les habitants prêtèrent mainforte aux gens du pays qui se trouvaient en dispositions analogues à l'égard des Anglais. Visant ensuite à s'approcher de Rouen, la capitale, ils gagnèrent le premier château appelé Caletibeccum, en langue vulgaire Xaudebec^. Quatre ou cinq cents cavaliers anglais s'étaient établis dans la place pour
ville, t. I (1858), p. 174, parle, lui aussi, de ce personnage qu'il nomme Caruyer ou Le Caruyer. Il faut imputer à l'éditeur la mauvaise lecture Carnier, Le Carnyer. Sur la rébellion de Le Caruyer en 1435, voir un passage de Pierre Choisnet dans le Rosier des guerres, passage cité par Hellot, p. 79-80 de l'article de la Revue historique indiqué p. 202, n. i.