Caudebec-en-Caux, ville natale de Thomas Basin
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niendum atque "^ defendendum et sese multitudo illius populi agrestis prope portam et vallum inconsulte ac temere sine ordine effudisset, irruentes in eos Anglorum ducenti vel trecenti équités magnam stragem de ipsis fecerunt. Erant enim agrorum cultores pédestres prope inermes, qui de sola sua^ pêne innumerosa^' multitudine confidere videbantur : unde facile fuit equitibus armatis eos opprimere et in fugam vertere. Audiens autem multitudo, que ex omnibus agris patrie collecta maxima et^^ pêne innumerabilis ferebatur, quomodo qui precesserant de suis cedebantur, terga verterunt. Quos prosecuti sunt Angli cedendo et perimendo absque ulla miseracione. Duxerunt eciam vivos quamplures^ ad opidum, quos vel per plateas coram civibus loci jugulabant et discerpebant vel ad flumen Secane illuc-^ profiuens ducentes in aquis suffocabant ^.
Hujusmodi autem clade suscepta-^^ cum jam alia opida vel castella in quibus Anglorum presidia locata esse sciebant aggredi minime auderent, sparsim unusquisque ad diversa latibula vel suas domos abeuntes, dissipati sunt nec ultra in unum agmen coacti.
Miserabilis autem ac lamentabilis statim e vestigio tocius illius paulo ante populosissime et locupletissime patrie vastacio et desolacio consecuta est. Anglici enim^ ex diversis locis inferioris Normannie et aliarum terrarum sibi subjectarum, tanquam ad communem accurrentes predam; opida et castella patrie que tenebant militibus impleverunt ; qui cum magnis agminibus patriam illam et singula ipsius loca percursantes omnia ferro aut igné et utroque plurima locorum populati sunt, quoscumque viros invenissent trucidantes vel captivos ducentes. Qui
a. et P. — b. Manque ici en P, reporté après multitudine. — c. numerosa P. — d. Manque en P. — e. complures P. — /. illic P. — g. accepta P.
la fortifier et la défendre. Cette grande foule de paysans se répandit en désordre près de la porte et du fossé. Alors, deux ou trois cents cavaliers anglais se jetèrent sur eux et en firent un grand carnage. C'étaient des paysans combattant à pied, presque sans armes et qui se fiaient seulement à leur nombre presque infini : on comprend que des cavaliers bien armés aient pu les battre et les mettre en fuite. Quand la multitude de ceux qui s'étaient réunis de tous les points de la campagne, et que l'on disait si nombreux qu'on ne pouvait pas les compter, apprit comment ceux qui les précédaient étaient taillés en pièces, ils tournèrent les talons. Les Anglais les poursuivirent, les sabrant et exterminant sans pitié. Ils en conduisirent plusieurs dans la place, les égorgèrent et dispersèrent leurs membres au vent, tandis qu'ils en conduisaient d'autres au bord de la Seine, qui coule à cet endroit, et les y noyèrent ^.
Cette défaite subie, ils n'osèrent plus attaquer d'autres places ou châteaux qu'ils savaient occupés par des garnisons anglaises. Ils se dispersèrent çà et là, chacun regagnant sa cachette ou sa maison, et ne se réunirent plus en troupe.
Terrible et profonde s'ensuivit aussitôt la ruine et la désolation de tout ce pays jusque-là très peuplé et florissant. Les Anglais, en effet ^, accourant comme à un pillage général de divers lieux de Basse-Normandie et d'autres terres à eux soumises, remplirent de soldats les places et châteaux du pays en leur possession ; puis, parcourant avec de fortes troupes le pays et chaque localité, ils mirent presque toutes ces dernières à feu ou à sang (ou les deux ensemble), massacrant ou emmenant en captivité tous les hommes qu'ils rencontraient.
1 . Il y a là certainement le reflet de souvenirs personnels ou de renseignements fournis à l'auteur par des compatriotes. Jean Chartier, dans sa Chronique française, ne parle pas de cet épisode sanglant, mais les Chroniques de Normandie confirment les détails fournis par Basin : « plusieurs en grant compaignie noyez en la rivière, les autres occiz, les maisons brûlées » (éd. Hellot, 1881,
2. Ce paragraphe et les suivants ont été en grande partie reproduits par le P. Denifle, La désolation des églises... en France vers le milieu du XV^ siècle, t. I (1897), p. 518-520.
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ubi captivi ducerentur'^, nisi absque dilacione petitam exsolvissent pecuniam, jugulabantur vel demergebantur in aquarum gurgitibus. Sed proch dolor ! nec ab illa populi persecutione eciam milicia Franconim qui opida vel castella munierant que populus ab Anglicis tulerat nec ipsius patrie nobilitas^' que ad terras suas possidendas accurrerat, quibus longi temporis spacio Angli potiti fuerant, sese abstinuerunt ; ita ut profecto verissimum esse compertum fuerit quod quidam gentilium poetarum cecinit :
Nulla fîdes pietasque viris qui castra sequuntur ^,
et quod Dominus per Jeremiam prophetam dicit : Maledictus qui confiait in homine et qui ponit carnem hrachium suum 2 ; qui et per David saluberrime precepit ^ : Nolite confidere in principibus neque in filiis hominum, in quibus non est salus ^.
Illi enim simplicissimi populi agrorum cultores, justissimam cum pietate vitam agentes, zelo ferventissimo ac naturali quodam amore quibus ad Francorum regnum et regem, tanquam veterrimum ^' et naturale terre imperium, erant affecti, patriam pro magna parte de Anglorum manu recuperarant ^ et sub régis sui revocarant dicionem. Ipse vero, conviviis et lasciviis suas exsaturans, libidines et luxu atque inerti ocio torpens, nuUam providenciam adhibebat ad illos sibi fidelissimos suique honoris et sublimacionis" zelantissimos amatores tuendos atque defendendos-^ ; sed pocius ab illis immanibus^ hostibus suis, tanquam a cruentissimis bestiis, eos jugulari passim et discerpi sinebat et quodammodo faciebat, cum non solum per hostes hujusmodi crudelitates, verum eciam per suos,
a. ducebantur P. — b. nobili et nobilitas P. — c. precipit P. —
Dans le dernier cas, et en quelque endroit qu'on les conduisît, s'ils ne pouvaient payer sur l'heure la rançon exigée d'eux, ils les étranglaient ou les noyaient dans les profondeurs des flots. Mais, hélas ! à cette persécution du peuple prirent part les troupes françaises elles-mêmes qui tenaient garnison dans les places ou châteaux récupérés sur les Anglais, ainsi que les nobles du pays accourus pour jouir de leurs domaines dont pendant si longtemps les Anglais s'étaient emparés. Si bien qu'on put trouver véridique ce vers d'un poète païen : « Ni foi ni pitié dans l'âme des gens qui vivent dans les camps ^ », et aussi la parole de Dieu prononcée par Jérémie, son prophète : « Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme et qui prend la chair pour son appui ^ », et encore le très salutaire précepte de David : « N'allez vous fier ni aux princes, ni aux fils des hommes, car en eux il n'y a pas de salut*. »
Ces braves cultivateurs, en effet, avaient un sentiment très vif de la justice et du devoir. Un zèle ardent les animait, uni à un amour naturel pour le royaume et pour le roi de France, comme à leur très antique seigneur naturel. C'est ainsi qu'ils avaient tiré presque tout leur pays des mains des Anglais et l'avaient replacé sous la puissance de leur roi. Mais celui-ci, s'abandonnant aux plaisirs de la table, de la débauche et du luxe, languissant dans une inerte oisiveté, ne prenait nul souci de protéger et de défendre des sujets qui lui étaient si fidèles et qui travaillaient avec tant de zèle pour son honneur et pour sa gloire. Bien au contraire, il tolérait que ses plus grands ennemis les traitassent comme auraient pu faire des bêtes féroces, les égorgeant et les écartelant ; d'une certaine façon même il prenait à ces horreurs une part personnelle, puisqu'il ne pouvait ignorer qu'elles étaient le fait non seulement des ennemis, mais des Français eux-
d. vêtus P. — e. recuperaverant P. — /. defensandos P. — g. immanissimis P.