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Psaumes, CXLV

222 DE NORMANNIAE DESOLATIONE

fieri ignorare non posset. Quos tamen a talibus in j unis minime cohibebat nec calamitose ac misère patrie, tantis pro se et querela sua erumpnis afflicte, uUa subvencionis solacia ministrabat.

Unde effectum est ut brevi tempore illa nobilis quondam patria, populis atque diviciis habundantissima, in totalem vastitatem atque desercionem'' devolveretur, incultis et squalidis relictis omnibus illis vastissimis agris. Famés enim tanta et tam valida et cum ea pestifera lues in illis potissime finibus secute sunt, ut ultra ducenta milia animarum ferro, famé et tabo''^ absumpta brevi temporis intervallo estimari potuerint. Multi vero ad diversas terras in dispersionem abierunt, quorum pliures, cum freto se commit terent, ut, vel in Britanniam Armoricam vel in Angliam transvecti, infelicem victum servituti se adiciendo invenirent, vel absorti sunt inter fluctus marinos vel ex contagio sociorum quos jam pestis infecerat animas ponebant statim cum petita littora*" attigissent.

Ita miseros illos populos, non solum in natali solo, sed et quocumque se conferre satagerent, luctus et lamenta sequebantur. Miserabile erat tune videre egencium et mendicorum utriusque sexus catervas et cumulos per plateas et hospitalia urbis Rothomagensis et singularum civitatum et opidorum tocius Normannie, quibus pii cives et humani pro concessis sibi facultatibus, ut melius poterant; studebant subvenire, tum cum frumenti penuria et annone caristia ob cultus agrorum desercionem maxime essent, ita ut suis propriis necessitatibus evincendis major pars vix sufficeret. Qui habundanciores opibus erant tante mendicorum numerositati minime sufficiebant '^ ^.

a. desolacionem P. — h. tabe P. — c. littera P. — d. sufftciebat P

mêmes. Pourtant, il ne faisait rien pour refréner de pareilles injustices et n'envoyait aucun secours à ce pauvre et misérable pays qui pour lui et pour sa cause souffrait tant d'infortunes.

Aussi arriva-t-il, au bout de peu de temps, que cette terre jadis glorieuse, riche d'hommes et de biens, tourna à l'abandon complet et prit l'aspect d'un désert, tous ces champs immenses restant vides et sans culture. Il s'ensuivit une si grande famine, accompagnée de maladies contagieuses, qu'on peut évaluer à plus de deux cent mille âmes le nombre des personnes qui furent emportées dans une courte période par le fer, la faim ou la maladie. Beaucoup d'autres se dispersèrent dans diverses directions, dont plusieurs, qui s'étaient confiées aux flots pour gagner soit la Bretagne- Armorique, soit l'Angleterre et y manger le pain amer de la servitude, ou bien trouvèrent la moii; dans l'Océan, ou bien, prenant la contagion de ceux de leurs compagnons déjà atteints par la peste, perdirent la vie en touchant les rivages désirés.

Ainsi, ces malheureuses populations, non seulement sur le sol natal, mais partout -où elles essayaient de se transporter, traînaient à leur suite le deuil et les larmes. C'était un pitoyable spectacle que de voir par paquets et par bandes de pauvres gens et des mendiants des deux sexes sur les places et dans les hôpitaux de Rouen et de toutes les villes et cités de Normandie, où de pieuses et compatissantes personnes s'efforçaient, selon leurs moyens, du mieux qu'elles pouvaient, de leur venir en aide, car à cette époque la disette de froment et le manque de vivres étaient si grands, à cause de l'abandon de la culture, que pour la plupart elles suffisaient à peine à leurs besoins. Et le nombre des nécessiteux était si considérable que même les personnes les plus riches n'y pouvaient suffire K

I. A cette époque, Basin faisait encore ses études de droit canon à l'Université de Louvain, mais sa famille subissait le contre-coup des luttes violentes dont il expose ici le résultat. C'est ce qui donne tant d'accent à son récit.

224 ^^ NORMANNIAE DESOLATIONE

Cedebatur enim et gravissime affligebatur tota regio simul tribus illis virgis seu flagellis divine justicie, guerra, fame et peste, que tum illic atrocissime seviebant^. Sed nec pauco tempore hec patrie illius vastitas" atque desercio dura vit. Mansit enim ultra decem^annos '^ ut salicibus et arboribus variis, spinis ac dumetis omnes agri in silvarum morem dempsissimarum' tegerentur et viarum atque itinerum vix ulla jam apparerent vestigia.

Talem itaque et tam lamentabilem cladem illa tunc regio sustinuit a Secana flumine ^ usque ad Summonam et ab Ysara usque ad Oceanum ; quam procul dubio facile evitare potuisset si in Francis ulla fides, ulla pietas et militaris disciplina tunc fuissent. Nam si illuc'' quingente tantummodo lancée ^ ad conducendum illum Francorum régi devotissimum populum misse fuissent sub fidis ducibus rempublicam cordi habentibus et Rothomagum et cetera illius patrie opida labore et periculis illius optimi populi absque magno et difïicili negocio récupérassent et de Anglis illam patriam expurgassent/ integramque atque incolumem servassent ^. Non enim minus Rothomagenses id affectabant ceterorumque opidorum cives quam illi agrorum populi, cotidie prestolantes ut ad se agmen illud popularium adventaret ut ipsi se de Anglicis expedire oportunitatem haberent. Sed non ea affeccio aut cura fuit illis Francorum ducibus patrieque ipsius'^ nobilibus qui illuc accurrerant. Invidebant enim populo propter ea que ab eîs prospère iniciata fuerant, sibi magnum periculum et Francorum imperio imminere falsissime atque

a. vastatio P. — b. annos decem P. — c. densissimarum P. — d. fluvio P. — e. illic P. — /. repurgassent P. — g. illius P.

I. Basin a tracé le même tableau, à peu près dans les mêmes termes, dans son Breviloquium. Il faut rapprocher ces renseignements de Basin des Notes relatives à la misère qui régna en Norman-

Toute la contrée subissait alors les coups des trois verges ou fléaux de la justice divine qui l'accablaient en même temps de la façon la plus atroce, la guerre, la famine et la peste 1. Et ce ne fut pas pour peu de temps que le pays resta vide et désert. Pendant plus de dix ans tous les champs se couvrirent de saules et autres arbres, d'épines, de buissons, et furent transformés en forêts impénétrables ; à peine restat-il trace des routes et des chemins.

Voilà quel lamentable désastre subit toute la contrée située entre la Seine et la Somme et entre l'Oise et l'Océan, désastre qu'on aurait pu éviter sans nul doute s'il y avait eu alors chez les Français quelque loyauté, quelque pitié et y quelque discipline militaire. Car si, pour encadrer ces populations particulièrement dévouées au roi de France, cinq cents lances ^ seulement avaient été dirigées de ce côté sous la conduite de capitaines fidèles, ayant au cœur le bien public, Rouen et les autres places du pays auraient été recouvrés sans beaucoup de peine par les soins d'une population vaillante qui ne craignait pas de s'exposer, et tout le pays eût été purgé d'Anglais et gardé sain et sauf ^. Les gens de Rouen et les habitants des autres villes ne le souhaitaient pas moins que les habitants des campagnes, attendant chaque jour l'arrivée de cette armée populaire, afin d'avoir l'occasion de se débarrasser des Anglais. Mais ni ce désir ni ce souci n'entrèrent dans l'esprit des capitaines français ou des seigneurs du pays qui accouraient dans ces parages. Ils jalousaient le peuple d'avoir si bien amorcé l'entreprise, professant faussement et criminellement que ce serait un grand danger pour eux-mêmes et pour le royaume de France si

die pendant Voccoipation anglaise, que Ch. de Beaurepaire a publiées dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, t. XXVII (1902-1905), p. 129 et suiv. (voir t. IV de l'éd. de Basin. par Quicherat, p. 14).

2. 2,500 hommes environ, la lance se composant de cinq hommes, trois archers, un écuyer et un valet.

3. Mais à ce moment-là, comme le fait remarquer G. de Beaucourt {Histoire de Charles VII, t. III (1885), p. 6-7), tous les efforts du roi étaient concentrés sur l'Ile-de-France.

Thomas Basin, I. 18

226 DE PARISIACAE URBIS LIBERATIONE

impiissime jactantes si populos illos tanta félicitas sequeretur ut Anglos de terre suismet viribus et armis expellerent ; dolebantque quod tôt opida et castella patrie ab Anglorum potestate eruissent, quasi minor predas agendi, ad quas solummodo inhiabant«, facultas per hoc eis relinqueretur.

CAPITULUM VI

Preludia ex quibus Franci urbe Parisiens! Anglicos expulerunt

Cum autem guerras, ut jam diximus, non castra methantes vel exercitus colligentes, Franci contra Anglicos ducerent, sed per prodiciones, insidias et dolos civitates vel opida de Anglorum potestate niterentur acquirere, contigit ut castrum de Meulenc supra Secanam et Pontisaram opidum supra Ysaram'' talibus artibus lucrarentur^. Nam Mulentum^ ex flumine per cloace foramen prior aliquis introgressus^ ferebatur, qui ceteris aditum postmodum patefaceret ^, Pontisara autem noctu per defectum débit arum excubiarum, transcenso per scalas muro, acquisita est ; et, cum locuples opidum foret, in predam ingressorum direpcionemque cessit^.

Hiis autem locis per Francos acquisitis, urbs Parisiaca, quam jam per annos plurimos Franci venati fuerant, in extremam necessitatem perducta est. Nam cum per^ multorum decursus annorum, annona ad illam urbem potissime per Secanam de Normannia vel per flumen Ysare adveheretur, illis duobus fluminibus sublatis et illorum duorum opidorum capcione obseratis, nichil ad

a. inhiebant P. — b. Les trois derniers mots en marge, de la main de l'auteur, en G. — c. Ce mot suivi de cum, en G. Cf. p. 208, note a. — d. ingressus P. — e. Manque en P.

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