CHAPITRE XII
RÉBELLION DE LoUIS, DAUPHIN DU VIENNOIS, CONTRE LE ROI CHARLES, SON PÈRE ^
Il n'avait alors qu'un fils^, Louis, sur qui reposait tout l'espoir de continuation de sa maison et de succession à la couronne. Comme celui-ci avait alors seize ou dix-sept ans environ ^ et une grande soif de régner, le duc de Bourbon et quelques autres mauvais conseillers lui mirent en tête que c'était à lui de régir et de gouverner le royaume plutôt qu'à son père ou à d'autres qui étaient auprès de lui : car son père, tout à l'oisiveté et au luxe, laissait déchirer et ravager le royaume aussi bien par les ennemis que par ses propres sujets et n'avait, pour ainsi dire, aucun souci de son salut, sécurité et défense, tandis que, lui, jeune et vaillant, s'il prenait une fois en mains la direction de ce royaume, il pourrait aisément obvier à ces inconvénients et y apporter les remèdes convenables, rétablir en peu de temps par sa vigilance et son habileté l'État, complètement déchu et tout près de sa perte, chasser les ennemis et rendre au royaume l'honneur, la dignité, la gloire et la richesse d'autrefois.
Ces flatteries et d'autres semblables séduisirent ce jeune cœur, ce qui n'était pas difficile, car il était tout disposé à se laisser convaincre. Avec l'aide et l'entremise de ceux qui lui persuadaient de telles choses, il enjôla plusieurs capitaines de l'armée de son père et d'autres seigneurs* qui, avides de nouveauté et jaloux du bonheur de ceux qui jouis-
1 . Sur la Praguerie, voir G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII ^ t. III (1885), p. 1 15-142, et P. Champion, Louis XI, t. I : Le dauphin, p. 127-136.
2. Charles, dernier fils de Charles VII, ne devait naître, en effet, qu'en 1446.