‹ Histoire de Charles VIIChapitre 49 sur 307 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Habiles préparatifs faits par Jean,

DUC DE Bourgogne,

avant d'ordonner le meurtre du duc d'Orléans

Avant d'ordonner pour sa vengeance le meurtre d'un si grand prince, frère unique d'un roi — d'un roi hors de sens, comme nous l'avons déjà dit, — et dont l'autorité primait celle des autres princes dans la distribution des faveurs royales, il usa, rapporte-t-on, de ce stratagème. Les funérailles solennelles du duc Philippe, son père, achevées, il convoqua les principaux conseillers de celui-ci, leur demandant de lui dire le meilleur moyen de faire exécuter sa volonté quant à la mort violente du duc d'Orléans, tout en s'exposant luimême aux moindres risques. Ceux-ci, atterrés dès l'abord d'un dessein si atroce et si gros de conséquences, firent des efforts désespérés pour l'en détourner et l'y faire renoncer. Mais il les mit en demeure de répondre au plus vite à ses questions, sous peine de leur vie, disant qu'il ne les consultait nullement sur la question de savoir s'il devait mettre à exécution son projet, mais sur les meilleurs moyens à employer pour y parvenir. Alors, pour pouvoir méditer sur ce grave sujet avec tout loisir et sans cette précipitation généralement si fâcheuse quand il faut prendre parti dans un cas difficile, ils demandèrent un délai de trois jours ^.

Ce temps écoulé, ayant gravement et tristement ruminé l'importance de la chose, ainsi que tous les maux et dangers qui devaient en sortir selon toute vraisemblance, ils donnèrent le conseil suivant : puisque après le roi, le duc était le

l'interligne, de la main de l'auteur, au-dessus de tamen exponctué, en G. — e. se P. — /. omnino P. — g. Récrit en marge par l'auteur, dans G. — h. hujusmodi P.

I. Ces détails et ceux qui vont suivre paraissent personnels à Thomas Basin.

l6 DE AURELIANENSIS DUCIS OCCISIONE (1407)

inter omnes principes regni ipse maximus esset haberetque majorem partem procerum regni ^ sibi'' obsequentem et devotam, utpote ex cujus arbitrio tocius regni et regalium moderacio atque administracio pendere videbatur, non id ante facere atque exequi'^ attemptaret, quam sibi civitatum et populorum regni favorem ac gratiam conciliasset ; alias "^ vero civitatibus et regnicolis invisum redderet ac exosum^ Id autem hoc modo efficere posset, si Parisius-^ precipue, que tam*^' mirabili populorum de omni condicione, ordine et statu, multitudine referta erat ^' et de omnibus regni nacionibus ac provinciis, regnum ipsum quodam velut compendio referebat, et similiter in aliis quibuscumque nobilioribus regni civitatibus, per biennium vel triennium ante, per interpositas personas ubique disseminari faceret, se maxime regnicolis compati et condolere, quod tôt tributis et variis ac multiplicibus vectigalibus premerentur ; seque totis eniti conatibus ut, regno ad antiquas suas libertates atque immunitates ' restituto, omnibus hujuscemodi molestissimis-' gravissimisque exactionibus populus levaretur. Sed ne sui optimi ac piissimi voti et^ affectus, quem ad regnum et regnicolas gerebat ^ fructum assequeretur, ipsius Aurelianensium ducis et suorum vires et conatus semper obstitisse et continuo obstare, qui"' omnium hujuscemodi imponendorum et in dies excrescencium, novorum tributorum atque vectigalium auctor et defensor maximus existeret ac semper exstitisset.

Hoc itaque rumore per omnes pêne " civitates et provincias regni aures mentesque populorum occupante, tanta invidia apud plèbes, que hujuscemodi gravamina vectigalium atque exactionum altius sentiunt atque suspirant,

a. Les mots ipse... regni écrits en marge par l'auteur en correction

MEURTRE DU DUC D'oRLÉANS (I4O7) I7

premier prince du royaume, que la plupart des grands lui étaient dévoués, que de lui dépendaient le gouvernement et l'administration de tout l'État et des prérogatives royales, il ne fallait pas se mêler d'agir avant d'avoir gagné la faveur et l'amitié des villes et des populations du pays ; sinon, on encourrait leur mécontentement et leur fureur. On pourrait passer à l'exécution lorsque, à Paris surtout, rempli d'une si merveilleuse foule de gens de toute condition, ordre et état, originaires de toutes les nations et provinces du royaume, et qui représentaient comme en abrégé le royaume lui-même, et pareillement dans toutes les autres villes importantes dudit royaume, pendant deux ou trois ans, on aurait d'abord fait courir le bruit partout, par personnes interposées, que le duc de Bourgogne avait grand 'pitié et compassion pour les sujets du roi, accablés de tant d'impôts et de droits de toute sorte ; qu'il voulait s'efîorcer de tout son pouvoir, après avoir rendu au royaume ses antiques libertés, de délivrer le peuple des charges si lourdes qui le grevaient ; mais qu'à la réalisation des excellents et très louables désirs qui l'animaient à l'égard du royaume et de ses habitants, le duc d'Orléans et les siens s'opposaient de toutes leurs forces et faisaient continuellement obstacle et que ce prince était et resterait toujours l'auteur et le défenseur le plus implacable de toutes ces taxes nouvelles destinées à s'accroître de jour en jour.

Cette rumeur parcourut en effet presque toutes les villes et provinces, occupant les oreilles et les pensées des habitants ; elle suscita à l'égard du duc d'Orléans une telle haine auprès du peuple, toujours plus sensible à ces griefs financiers, et, par contre, un tel sentiment général d'amour et de reconnais-

d'un bourdon regni... regni du copiste. G. — b. Mangue en P.

— c. exequi atque facere P. — d. Leçon de P ; alium G. — e. odiosum P. — /. Parisiis P. — g. tum P. — h. En marge, de la main de l'auteur, dans G. — i. atque immunitates manque en P. — ;'. molestiis P. — k. ac P. — /. Leçon de P; gereret G. — m. quod P.

— n. fere P.

Thomas Basin, I. 5

l8 DE AURELIANENSIS DUCIS OCCISIONE (1407)

conflata fuit adversus prefatum" Aurelianensium ducem. Tantus vero amor, gratia atque favor omnium duci Burgundionum'' accesserunt, ut, interfectione ipsius Aurelianensium ducis modico post tempore subsecuta ^, omnibus pêne civitatibus et plebibus regni, quibus execrabile ipsius nomen ex antedicto rumore effectum fuerat, ea res grata atque jocunda existeret, tanquam meritissime et justissime extincto illo qui sue libertatis ac salutis^ et regni tocius inimicus permaximus semper fuisset.

CAPITULUM IV

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