LUTTES ENTRE ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS
taine et le chef de l'armée royale, vulgairement appelé connétable, était le comte d'Armagnac ^, qui avait recruté dans ses terres et en Gascogne et rassemblé une nombreuse chevalerie. Les Bourguignons donnèrent, comme en signe de mépris, à tous ceux de la faction adverse, à quelque état et ordre qu'ils appartinssent, le nom d' « Armagnacs », ne daignant pas les appeler Français, bien qu'ils restassent sous le titre et l'obéissance du roi. Que de tristes bouleversements alors dans tout le royaume ! On voyait des villes prendre les armes les unes contre les autres, des troubles agiter telle ville, telle place forte, telle bourgade ; des voisins se dresser contre leurs voisins ; que dis-je, dans la même maison et dans la même famille, des frères lutter contre leurs frères, des fils contre leurs parents et réciproquement, se couvrant à l'envi d'injures et de reproches, se traitant, pour comble d'outrage, de Bourguignons ou d'Armagnacs, pour en \enir finalement aux voies de fait et aux efîusions de sang. Il est hors de doute que cette pépinière empestée et contagieuse de guerres, de troubles et de discordes avait recouvert à peu près tout le royaume, y poussant des racines si profondes que c'est tout juste si au bout de cinquante ans on a pu l'arracher. Bien plus, de nos jours même, elle n'est assurément pas encore entièrement extirpée ^ : comme chez l'hydre, quand on coupe une tête, d'autres repoussent ; quand on détruit une racine, du vieux tronc renaît encore une nouvelle moisson empoisonnée de calamités.
Bref, les capitaines de la faction orléanaise, qui combattaient sous la bannière royale, mirent en état de défense et dotèrent de garnisons toutes les villes et tours qu'ils purent pour les empêcher de se livrer aux Bourguignons. Pour celles qui, à la suite des avis dont nous avons déjà parlé et de certaines intrigues, étaient déjà passées dans ce parti et y adhé-
1. Bernard VII, comte d'Armagnac, ne fut élevé à la dignité de connétable de France que le 30 décembre 141 5.
2. Nous savons, par ailleurs, que Thomas Basin écrivait son Histoire de Charles VII vers 1471-1472. Voir notre Introduction, p. XVI.
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tione coherebant"^, armorum potencia edomare atque recuperare studuerunt. Et plures quidem in plaga Occitana parvo negocio in dedicionem receperunt vel eciam expugnaverunt ; aliquas vero vel majore populorum frequencia refertas vel ad resistendum validius et robustius communitas minime receperunt. Regem autem ipsum, quem jam tamen mentis^ impotem et prudencia exsort em factum fuisse diximus, cum exercitu validissimo, contractis' tocius pêne regni viribus, ante Atrebatum duxerunt^, qui in exercitu suo c^ armatorum milia tum'' asseritur habuisse, et ibi per aliquot ebdomadas castrametati sunt. Cum vero cives per nuncios quos ad regem destinarunt profiterentur civitatem illam sibi fidelem atque obedientem esse nichilque subesse cause propter quam eos, minime sibi ad versos ^, armis impetere debuisset, obtinuerunt ut rex, soluta obsidione, discederet ^.
CAPITULUM V
DiREPCIO ET CALAMITAS CIVITATIS SuESSIONUM, BURGUNDIONUM DUCI FAVENTIS ^
Inter alias vero regni calamitates non omittemus ^ lamentabilem casum civitatis Suessionum referre, antique quidem atque opulentissime urbis et que olim caput et sedes regni f uerat ^' alterius filiorum régis Clodovei '' *, primi ex Francorum regibus christiani.
a. adherebant P. — h. quem tum mentis P. — c. contracto P. — d. Dans l'interligne, de la main de l'auteur, au-dessus de tamen exponctué, en G. — e. adversarios P. — /. omittamus P. — g. fuerit G et P. — h. Clodovici P. —
I. Le siège d'Arras commença le 28 juillet 1414. Il aurait donc dû être mentionné après le sac de Soissons, qui fait l'objet du cha-
SIÈGE d'ARRAS (14I4) 25
raient £ivec ardeur, ils s'employèrent à les dompter et recouvrer à main armée. Plusieurs, dans les régions du Languedoc, se rendirent à eux sans beaucoup de peine ; ils en prirent d'autres d'assaut ; de certaines ils ne purent s'emparer, soit qu'elles fussent plus habitées, soit qu'elles fussent mieux organisées pour la défense. Le roi lui-même, tout dément et hors de sens qu'il se trouvât, comme il a été dit, fut conduit par eux devant Arras^ avec une puissante armée qui réunissait les forces de presque tout le royaume (elle comptait, dit-on, jusqu'à cent mille hommes) et il y campa durant plusieurs semaines. Les bourgeois protestèrent, par des envoyés qu'ils adressèrent au roi, de la fidélité et de l'obéissance de leur ville et qu'il n'y avait nulle apparence du motif pour lequel il avait dû les attaquer les armes à la main, eux qui n'étaient aucunement ses adversaires. Sur quoi ils obtinrent que le roi, levant le siège, s'éloignât-.