LUTTES ENTRE ARMAGNACS ET BOURGUIGNONS
véhémentement que l'auteur et l'instigateur du meurtre n'était autre que le duc de Bourgogne, celui-ci, prenant conseil de sa conscience qui savait bien à quoi s'en tenir, quitta Paris et s'empressa de regagner ses États ^.
Aussi, comme, après cette fuite, il était bien difficile de l'envelopper dans le filet des lois, les partisans du feu duc, désireux de le venger, projetaient-ils d'attaquer le duc de Bourgogne et d'envahir ses terres, tandis que lui-même cherchait à se protéger et à protéger ses frontières, à réduire au silence ses adversaires et à faire échouer leurs tentatives. Ce fut là l'origine et le début, d'abord de guerres civiles, ensuite de guerres étrangères, qui accablèrent non seulement tout le royaume, mais aussi la plupart des pays voisins, de maux et de calamités sans nombre. Le duc d'Orléans passait, en effet, on l'a vu, selon le bruit répandu dans presque toutes les villes et provinces, pour l'instigateur des droits et impôts nouveaux qui devaient frapper le royaume ; le duc de Bourgogne, au contraire, était censé travailler sans relâche, et de toutes ses forces, à les abolir et supprimer partout et à rendre aux peuples leur ancienne liberté. Aussi, en Normandie et en Languedoc, presque toutes les villes importantes et les places fortifiées se déclarèrent-elles pour ce dernier, qu'elles considéraient comme le défenseur et le protecteur de leur liberté. C'est ainsi que fut chassé de Rouen, avec les siens, Jean, comte d'Aumale ^, qui avait été chargé de la garde de cette ville par autorité royale pour le compte des partisans du duc d'Orléans ; et d'autres villes et places, quand elles le purent, firent pareillement à l'égard de leurs capitaines affiliés à cette faction.
En ce temps-là, dans le parti du duc d'Orléans, le capi-
1. Sur le voyage de Jean Sans-Peur de Paris en Flandre, voir Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, t. IV (1849), p. 14g- 150, et E, Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur (Paris, 1888, in-40), p. 362.
2. Jean VIII d'Harcourt, capitaine de Rouen et de Sainte- Catherine-du-Mont. Il mourut à vingt-huit ans à la bataille de Verneuil.
22 DE ARMINIACORUM CUM BURGUNDIONIBUS CONFLICTU
dux atque princeps milicie régie, quem constabularium vulgo appellant, erat cornes Arminiaci ^, qui de terris suis et de Vasconia magnam aggregarat miliciam, Burgundiones omnes adverse factionis, cujuscumque status atque ordinis essent, Arminiacos quasi probrose appellaverunt, eosdem, licet sub regia dignitate atque in ejus obediencia'^ manerent, Gallicos seu Francos nominare non dignantes. Videre erat tune rerum faciem et statum toto regno miserabiliter turbatos^^ civitates adversum^' sese invicem arma capere, tumultuare^ in una civitate, opido seu villa, vicinos contra vicinos, immo in eadem domo ac f amilia f ratres adversum ^ f ratres et filios contra parentes et vice versa sevire, probris et contumeliis sese afficere, aliis ad alios vel Burgundionis nomen vel Armeniaci éxprobrantibus et pro maxima injuria atque contumelia reputantibus, inde-^ ad verbera et cèdes prosilire, ita quod^ procul dubio seminarium illud pestiferum atque virulentum -^' turbarum et sedicionum omnia pêne regni loca repleverit in eoque adeo alte radiées miserit, ut vix post' annos l"* extirpari atque eradicari ab eo potuerit, immo certe nec adhuc hiis temporibus prorsus extinctum sit, sed more ydre serpentis, una succiso capite, alia renascantur et, evulsa una radiée, adhuc ex vetere malorum nefandorum iterum nova atque' pestifera seges exsurgat ^ ^.
Porro duces Aurelianensium parcium, qui sub nomine regio militabant, quas potuerunt urbes et terras munierunt atque tenuerunt, ne ad partes Burgundionum deficerent. Alias vero que suasionibus quas premisimus et machinamentis ad eas partes accesserant et magna affec-
a. atque obedientia ejus P. — b. turbatos miserabiliter P. — c. adversus P. — d. ac tumultuari P. — e. adversus P. — /. deinde P. — g. itaque P. — h. bellum P. — i. potest P. — /. atque nova P. — k. exurgit P.