LES PIRATES NORMANDS
A cette entreprise ils n'étaient pas médiocrement poussés par les dommages innombrables qu'ils avaient à souffrir presque chaque jour de ceux qui exerçaient la piraterie dans la place forte d 'Har fleur ^ et le long de toute la côte normande. Habitant une île, en effet, isolés au milieu de l'Océan, ils ne peuvent se livrer autrement que par mer au commerce qui est leur principale occupation ; ce n'est qu'au moyen de navires qu'ils peuvent sortir de chez eux pour exporter leurs marchandises et qu'on peut accéder chez eux des autres nations et terres. Or continuellement, les pirates du littoral normand infestaient toute la mer qui baigne la Grande- Bretagne, au point qu'à grand 'peine un négociant s'y rendant ou en revenant pouvait se flatter de leur échapper. Aussi cette place d'Harfleur, située à l'embouchure de la Seine, près de l'endroit où le fleuve se jette dans la mer, s'était-elle enrichie des dépouilles, à la fois des Anglais, qui étaient les plus éprouvés, et de tous ceux dont pouvaient s'emparer les pirates, si tant est que l'on puisse appeler richesse le produit de tant de rapines.
Pareils affronts, enflammant de colère tout le royaume et ses habitants, les poussèrent d'abord à tout faire pour se soustraire à ces dangers, ensuite à tirer vengeance des dommages et des injures subis, et pour cela à envahir les terres normandes, d'où leur venait tout le mal. Mais plusieurs assurent aussi qu'ils furent excités à cette tentative par le duc de Bourgogne. Car, voyant que presque tous les grands seigneurs du royaume étaient soulevés contre lui, aussi bien à cause du meurtre du duc d'Orléans que pour les motifs rapportés plus haut, et se sentant impuissant à se défendre seul, lui et ses domaines, contre tant de forces conjurées^
I. Seine-Inférieure, arr. du Havre, canton de Montivilliers. — Thomas Basin est du pays. Il connaît pertinemment les inconvénients de la piraterie pour le commerce et se souvient de ses traversées de la Manche, ainsi que des périls courus.
Thomas Basin, I. 6
34 I^E REGIS ANGLIAE FRATRIBUS
videret" nec solus facile contra tantam potenciam se ac terras suas tutari potuisset, solacia ab Anglicis ipsis exposcens, eisdem suis pociundi desideriis magnam fiduciam contulit, cum eciam ipsius potencia et viribus, qui unus ex tocius regni principibus major atque potencior videbatur, eorum potencia maxime augeretur et excresceret ''. Regnabat tum'' in Anglia Henricus Lencastrie^, ad quem, extincto rege Ricardo, tocius regni moderacio devoluta'^^ erat. Quam Ricardi extinccionem, eo quod extra propositum'^ intencionem sit, aliis enarrandam relinquimus. Is Henricus erat tum juvenis^, acer ingenio, sed animo magno et excelso nimis, germanos habens très, scilicet ducem Bethfordie, ducem Clocestrie et ducem Clarencie ^^, qui et ipsi singuli strenui ac prudentes erant.
CAPITULUM VII
QUALITER AnGLORUM REX HaREFLUTUM OPIDUM OBSEDIT ET OPTINUIT
Cum igitur regnum Francorum, ut diximus, aggredi animo firmasset et classem magnam valde atque exercitum ex lectissimis viris instruxisset, non amplius, ut ferunt-, .XII. aut .xv°i., prêter nautas et mercatores exercitui ministrantes, fretus auxiliis atque solaciis ducis Burgundionum, classi sue vêla per altum fecit et ex portu de Hamptbnne*, opposito Secane, ad finem ejusdem fluminis applicuit atque opidum de Hare/îeu terra marique valida obsidione circumdedit, mense augusti^', currente anno Domini M CCCC XV' ^.
a. La fin du mot brouillée, dans G. — b. cresceret P. — c. tune P. — d. ex paterna successione devoluta P. — e. propositam P. — /. Ces deux mots complétés en marge, de la main de l'auteur, dans G. — g. fuerunt P. — h. augusto P. — i. 1415 G.