‹ Histoire de Charles VIIChapitre 78 sur 307 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Deuxième descente de Henri, roi d'Angleterre, A Touques, en Normandie

Au bout des deux ans employés à organiser armée et flotte, comme le duc de Bourgogne avait conclu un traité avec le roi d'Angleterre, ainsi que le bruit s'en était répandu rapidement dans toute la France^, ledit roi Henri leva l'ancre et cingla vers la côte normande, au mois d'août 1417 ^. Les Français l'avaient garnie de troupes nombreuses, qui, pendant plusieurs jours, s'efforcèrent d'empêcher le débarquement. Mais, à la fin, leur résistance fut vaincue, et la flotte anglaise aborda sur la côte, à Touques^; puis, les troupes qui étaient venues en toute hâte pour protéger le rivage s'étant retirées, l'armée descendit à terre.

Dire quelle terreur s'empara des habitants, quelle crainte le seul nom d'Anglais faisait naître n'est pas chose facile. Frayeur si soudaine et si générale que personne ou presque ne croyait plus trouver un peu de secours que dans la fuite. Si dans la plupart des villes et des places les capitaines, qui en avaient reçu la garde, n'avaient pas fait fermer les portes et si les habitants n'avaient été retenus autant par la force que par la crainte, il est hors de doute que beaucoup seraient restées vides d'habitants, ainsi qu'il arriva d'ailleurs pour certaines. Le peuple, en effet, énervé par une longue période de paix et de servitude, assez simple avec cela, croyait en

1. Quicherat (t. I, p. 26, n. i) renvoie au sujet de ce traité, qui fut toujours tenu secret, à Michelet, Histoire de France, t. IV (1840), p. 342. n. 2.

2. Les opérations militaires qui aboutirent en huit ans à la conquête de la Normandie par les Anglais ont été soigneusement racontées, d'après toutes les sources connues, par Richard Ager Newhall, The English conquesi of Normandy, 1416-1424 (1924, in-80, Yale historical publications Miscellany , XIII).

3. Calvados, arr. de Pont-l'Évêque, cant. de Trouville, à l'embouchure de la Dive. Le débarquement eut lieu le i^^ août.

52 APUD TOLCAM REX ANGLIAE APPULIT (14I7)

mis non Anglos gentem atque homines esse, sed immanes quasdam et ferocissimas beluas, que ad devorandos populos "^ sese effunderent ^.

Statim autem ut ipsi Angli littora tenuerunt, custos arcis Tolque^, in collis vertice site, relicta arce, Anglicis cessit ; et Lexovium usque ex ipsis Anglis'' aliqui venientes (que civitas in illa valle .vi. gallicis miliaribus distat a mari), nullis illic habitatoribus inventis, nisi quodam sene homine et quadam muliercula^, civitatem ipsam receperunt'. Procedentibus vero per terras inferioris Normannie, cum Cadomenses, aliquanto tempore obsessi, restitissent, quorum erat tum^ opulentissimum opidum et populosum, facile expugnati et capti sunt, direpto opido et multis ex civibus trucidatis suisque patrimoniis aliis'' eciam spoliatis*. Post hujusmodi vero cladem aliis amplius deterritis, plurima opida et ^ loca inférions Normannie ^, nullo pêne negocio in dedicionem receperunt.

Anglicis quippe"^ ad optinenda que vellent, facilis tune patebat via. Nam cum inter se, qui dicebantur Arminiaci et Burgundiones, acerbissimis odiis accensi, per omnes fere regni partes jugiter dimicarent, et regni vastacioni atque populacioni propensissime intenderent '' , tali inter se ludo Anglorum prosperitati optime utrique serviebant, ut non eis difficile foret civitates et opida Normannie, nul-

a. devorandum populum P. — h. Anglicis P. — c. ipsam civitatem recepere P. — d. tune P. — e. Manque en P. — /. Manque en P. — g. vero P. — h. insistèrent P.

1. Pierre Cochon {Chron. normande, éd. Beaurepaire, 1870, p. 277) donne le même son de cloche. On peut rappeler le surnom de « coués » que les Français donnaient aux Anglais à cette époque.

2. Jean d'Angenne (Monstrelet, éd. Douët d'Arcq, t. III, p. 188).

Page 1