CHAPITRE XIV
Traité de paix entre Charles VI, roi de France,
ET Henri, roi d'Angleterre.
Deshéritement de Charles VII
La prise de Rouen et sa réduction au pouvoir des Anglais furent cause que beaucoup d'autres places et châteaux passèrent de même aux mains de ces derniers^. Leur roi, en effet, désirait s'emparer non seulement de la Normandie, mais de tout le royaume : aussi les gens de l'entoura^ge de Charles VI, encore roi, qui presque tous étaient alors du parti bourguignon, voyant qu'eux-mêmes et le royaume ne pourraient aisément résister à la puissance des Anglais, maîtres déjà de presque toute la Normandie, et à celle des Français, qu'ils appelaient Armagnacs (non moins menaçants d'ailleurs pour les Bourguignons que pour les Anglais, et qui se défendaient contre eux, eux et leurs terres), formèrent-ils et conclurentils un traité de paix entre les deux rois ; si bien que le roi de France, sous prétexte de désobéissance à son égard, déshérita son fils, Charles VII, qui était alors dauphin de Viennois et maître des régions appartenant aux Armagnacs, et institua pour héritier de son titre royal Henri,
1. 345,000 écus d'or du coin de France, d'après Le Fèvre de Saint-Remy (éd. Morand, t. I, 1876, p. 357).
2. D'abord le pays de Caux et la haute Normandie, puis Vernon, Mantes, Meulan, dans les premiers jours de février. Sur les vicissitudes de Meulan, pris et perdu à plusieurs reprises, voir G. Lefèvre-Pontalis, Le siège de Meulan en 14^^ (Versailles, 1903, in-S»).
68 CATHERINAM REX ANGLIAE IN UXOREM DUCIT
heredem regni post se Henricum Anglorum regem instituit et esse voluit tocius regni extunc sub suo nomine administratorem et gubernatorem ^. Unde ab illo tempore ipse Henricus non se Francorum regem, sed heredem et gubernatorem regni attitulavit. Obiit enim idem Henricus paulo antequam Karolus", Francorum rex, vita esset functus ^.
Accepit eciam idem Henricus cum illo fédère in conjugem dominam Katherinam, Francorum régis filiam, Karoli septimi tune delfini sororem. Fueruntque nupcie cum maximo^' apparatu et regio luxu celebrate in civitate Trecensi Campanie ^.
Fax eciam predicta, et a civitatibus, et a singulis qui sub dicione Francorum régis vel eciam régis Anglie consistebant, ubique jurata fuit. Et quam diu civitas Parisiensis mansit sub obediencia Anglorum, omnes scolastici, si ad gradum aliquem in quacumque facultate promovebantur, inter alia, in manu rectoris^ universitatis, hujusmodi pacem se servaturos sacramento firmare adigebantur*.
Sed de hujusmodi pace et ejus capitulis seu de exheredacione Karoli delfini, unici tune filii patri suo, nec ipse delfinus, nec sui, quibus longe major pars regni parebat, quicquam curarunt, dicentes a rege pâtre suo, non in sua plena'^ libertate, sed sub Anglorum et Burgundionum potestate constituto, nec tune sana mente existente, nichil taie validum aut legittimum iieri potuisse. Quod verisimiliter nunquam facturus fuisset, si sane mentis et in sua plena libertate mansisset.
a. sextus P. — 6. magno P. — c. rectorum P. — d. Manque en P.
I. Traité de Troyes (28 mai 1420). Texte complet dans E. Cosneau, Les grands traités de la guerre de Cent ans (Paris, 1889, in-80,