‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 1 sur 285 · I. — NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

I. — NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VOLTAIRE

François-Marie Arouet, fils d’im ancien notaire, devenu trésorier de la Chambre des comptes, naquit à Paris, le 20 février 1694; plus tard il prit le nom de Voltaire, pour se distinguer de son frère aîné, suivant un usage assez ordinaire dans la riche bourgeoisie. Ce nom doit retentir pendant tout le xviii® siècle, objet de la colère ou de l’admiration, mais jamais de l’indifférence.

Voltaire est en effet le représentant le pins vrai, le plus complet de son temps ; il n’est resté fidèle au siècle de Louis XIV que par le goût et la pureté du style, mais par les idées il a contribué plus que tout autre au mouvement général des esprits. Son but n’a jamais été l’idéal, la perfection ; il vise surtout au succès, il veut le triomphe de sa pensée; aussi, doué d’un génie universel, d’un travail facile et infatigable, plein de verve étincelante, il a tout entrepris, poésie sérieuse et légère, histoire, métaphysique, sciences naturelles, pamphlets, etc. ; et presque toujours il a réussi. Après de brillantes études chez les jésuites du collège Louis-le-Grand, le filleul de l’abbé de Châteauneuf fut accueilli et fêté par la société épicurienne du Temple, par les Conti, les Vendôme, les La Fare, les Chaulieu, qui, dans les dernières années de Louis XIV, semblaient déjà les précurseurs de la littérature du xviii® siècle. Sous la Régence, Voltaive fut enfermé à la Bastille, pour un pamphlet dont il n’était pas i auteur ; il en sortit avec son poëme de la Ligue^ ébauche de la Hennade, et sa première tragédie, Œdipe (1718); il ne craignait pas d’imiter Sophocle et de lutter contre Corneille; il réussit, et la France crut déjà reconnaître en lui le troisième de ses grands poètes tragiques.

La chute d’ Art ém ire ne le découragea pas un instant; il se releva par le succès passager de Mariamne (1724) ; déjà l’abbé Desfontaines avait fait publier, on ne sait par quelle indiscrétion, le poëme de la Ligue, mais avec des fautes et des vers de sa façon ; Voltaire se préparait à donner une édition moins fautive et plus complète de sou ouvrage, qui avait obtenu un grand succès, lorsque, grossièrement insulté par le chevalier de Rohan-Chabot, il demanda, mais en vain, réparation ou vengeance. Il fut même arrêté de nouveau, et ne sortit de la Bastille qu’à la condition de s’expatrier (1726).

Il partit pour l’Angleterre, et passa trois ans dans ce pays, où il devait compléter son éducation ; il y acheva son épopée de la Hen^ riadCf brillante contrefaçon d’Homère et de Virgile, qui fut ac-

LNTRODLCTION.

cueillie avec enthousiasme par les Anglais. Il vécut surtout au milieu des libres penseurs ; et lorsque, par l’intervention de M. de Maurepas, il put rentrer en France (1729), il rapportait, outre le riche produit de son poëme, un ample approvisionnement d’érudition antichrétienne, de nouveautés scientifiques et d’inspirations dramatiques ; il revenait admirateur de Locke et de Newton, de Milton et de Shakespeare.

Il essaya de mettre sur la scène française l’esprit de la liberté anglaise, dans Bruius (1730) et la Mort de César (1733), et il se releva de la chute à’Eriphyle par l’éclatant succès de Zaïre (1732). C’est dans une retraite de quelques mois, à Rouen, qu’il écrivit ces deux dernières tragédies ; après son élégie célèbre sur la mort de M“® Lecouvreur, il avait cru devoir quitter momentanément Paris, et il profitait de cette tranquillité forcée, pour achever et publier en secret son Histoire de Charles X//(1731).

Il revint avec Zaïre, la plus touchante de ses créations, inspirée sans doute par les souvenirs de Shakespeare, mais surtout animée par l’esprit du christianisme et par les sentiments chevaleresques de la Croisade.

Dès lors les œuvres de Voltaire se multiplièrent, et elles sont de tout genre : le Temple du Goût, sorte de Ménippée en prose et en vers, est un badinage charmant, où il jugeait avec esprit et indépendance les morts et les contemporains (1733); dans ses Lettres ptii~ loso}‘hiques sur les Ang'ais (1734), il attaquait le pouvoir absolu, le clergé, la religion, et il mérita un arrêt du parlement qui condamna au feu son livre audacieux (1735). Adélaïde du Gueschn, d’abord sifflée en 1735, reparut dix-huit ans plus tard sous le nom de Duc de Foix, et obtint alors de légitimes applaudissements ; plus tard encore le talent d’un acteur célèbre, Lekain, fera enfin apprécier les beautés réelles de la tragédie, d’abord méconnue.

Voltaire se fixa alors auprès de la marquise du Châtelet, au château de Cirey, sur les frontières de la Lorraine et de la Champagne; c’était comme un premier asile qu’il s’était prudemment ménagé, pour pouvoir écrire en toute sécurité. Il sembla d’abord tout occupé de sciences ; il avait un cabinet de physique, il adressait des Mémoires à l’Académie ; il concourut même pour les questions qu’elle proposait, mais il fut arrêté dans cette voie par les sages avis du géomètre Clair-aut ; il avait du moins publié les Eléments de la philosophie de Newton (1738-U), et popularisé les découvertes et les théories de l’illustre savant. C’est dans cette période de sa vie qu’il composa trois tragédies célèbres à différents titres : Alzire (l736), qui rappelle Zaïre, Mahomet ou le Fanatisme (1741), et Mérope (1743), peut-être la plus parfaite et assurément la plus pure de ses œuvres dramatiques. Il préparait alors le Siècle de Louis XIV et V Essai sur les mœurs et F esprit des nations; sans parler d’opéras, comme Tanis et Zélide (1735); de comédies, comme VEnfant prodigue (1730); de satires, comme le Mondain (1736); de poésies phi-

NOTICK SUU VOT/FAIHE.

losophiques, comme les Discours sur l Homme (1734-1737); d’Obser^ votions sur LaWy Melon et Dulot (1738) ; et d’un Essni sur la nature du feu et sa propagation (1738), etc.

Voltaire avait déjà depuis longtemps osé aspirer à une place dans l’Académie française ; il n’eut pas même l’honneur de balancer les suffrages, et un certain M. de Boze prononça qu’il ne serait jamais un personnage académique. Il est vrai qu’un tout autre homme, Montesquieu, écrivait ces paroles, qui peignent assez bien l’opinion de ses confrères : a II serait honteux pour l’Académie que Voltaire en fût ; et il lui sera quelque jour honteux qu’il n’en ait pas été. »

Après la mort du cardinal Fleury, qui avait toujours redouté la hardiesse de l’écrivain. Voltaire fut désigné pour lui succéder, mais Boyer fut encore préféré à Voltaire, qui se consola facilement de son échec, en se moquant du nouvel académicien (1743).

Cependant il était lié depuis 173G avec le prince royal de Prusse; Frédéric, passionné pour la littérature française, l’avait choisi pour son confident et son guide, et Voltaire corrigeait son Anti-Mnchlavel^ réfutation des doctrines perverses de l’auteur du Prince^ lorsque Frédéric II, devenu roi en 1740, oublia facilement ses théories, en enlevant la Silésie à Marie-Thérèse. Voltaire, qu’il n’avait pas oublié, fut chargé d’une négociation en Prusse, afin d’unir plus étroitement la politique de Frédéric à celle du gouvernement français. Malgré ses services diplomatiques et sa réputation littéraire il aurait encore longtemps vécu dans une demi- disgrâce, si la faveur de madame de Pompadour ne l’avait alors soutenu auprès de Louis XV. Il eut une pension sur la cassette, fut nommé historiographe du roi, gentilhomme de la chambre, enfin il put entrer à l’Académie (17 i6). Mais la cour l’inspirait médiocrement; la Princesse de Navarre, le Temple de la Gloire et même le poëme de Fontenay sont de faibles ouvrages, et lui-même pouvait écrire :

Mon Henri quatre et ma Zaïre,

Et mon américaine Alzire,

Ne m'ont valu jamais un seul regard du roi ;

J’eus beaucoup d’ennemis avec très-peu de gloire;

Les honneurs et les biens pleuvent enfin sur moi.

Pour une farce de la foire.

Mais Louis XV ne l’aimait pas, et madame de Pompadour, capricieuse dans sa faveur, abandonna bientôt Voltaire, pour préconiser outre mesure le vieux Crébillon. Alors Voltaire retourna à Cirey, vécut à Lunéville, à la cour du roi Stanislas, et, après la mort de madame du Châtelet, il alla composer, chez la duchesse du Maine, Sémiramis<, Oreste et Rome sauvée qu’il pouvait victorieusement opposer aux trois tragédies de Crébillon, Sémiramis, Électre et Catilina.

Cédant enfin aux instances du roi de Prusse, il partit pour Berlin (1750), reçut le titre de chambellan, la croix de l’ordre du Mérite, et une pension de 20,000 livres; mais bientôt fatigué des exi-

INTRODUCTION

gences de son royal protectcur, des jalouses intrigues de Maupertuis, il recommença son existence errante, après une rupture assez vive, qui fut l’occasion de diatribes, étincelantes d’esprit et de méchanceté. Il n’avait publié, outre plusieurs romans, que le S'ècle de Louis XIV, son chef-d’œuvre historique. Enfin, après un assez court séjour en Alsace, il vint s’établir àFerney, sur les frontières de la Suisse.

Dès lors le patriarche de Ferney, comme on l’appelait, fut une puissance incontestable en Europe, et pour beaucoup une idole. Courtisé par les princes et les rois, il régnait lui-même sur l’opinion publique , redoublant d’activité à mesure qu’il vieillissait, multipliant ses ouvrages, et malheureusement ses pamphlets et ses attaques contre le christianisme. Citons seulement les Annales de l'Empire (1751); V Essai sur les mœurs et V esprit des nations depuis Charlemagne (175G); le Précis du siècle de Louis XV; VHisioù'e de Pxussie sous Pierre le Grand {11 la Philosophie de Vhistoire

(17G5); VWisioire du Parlement de Paris (17G9), etc., et, parmi ses tragédies, rOrp/ie/m de la Chine (1755); Tancrède (17G1); les Guè~ bres ou la Tolérance (1769); Sophonisbe {\11G) -, Irène, Agathocle (1778). Ajoutez à cela des romans, des satires, des pamphlets en prose, en vers, des morceaux de critique, de philosophie, de littérature, d’économie politique, réunis sous le titre de Dictionnaire philoso})lvque ou placés dans ses Mélanges. Sa volumineuse correspondance, pleine de bon sens, d’esprit, parfois même d’éloquence, est assurément l’un des monuments les plus curieux et les plus remarquables du xviii® siècle. Elle nous fait connaître l’homme même, avec ses passions, ses injustices, ses impiétés et aussi sa générosité, son courage, son humanité. « Ce même homme qui, dans une satire grossière et impie, profanait la mémoire héroïque et sainte de Jeanne d’Arc, publiait des Commentaires sur Corneille, pour doter une petite-nièce du grand homme, qu’il avait adoptée; par son éloquence, animée de la passion de la justice et de l’humanité, il réhabilitait la malheureuse famille de Calas, protégeait le jeune d’Etallonde, complice .de Labarre, dérobait au supplice la veuve de Montbailli, protestait contre l’odieuse condamnation de Lally-Tollendal, et provoquait un édit de Louis XVI pour l’affranchissement des serfs du Jura.

« En possession d’une puissance inouïe sur l’opinion. Voltaire semblait triompher du gouvernement éclipsé, des parlements tombés dans le discrédit. Dans le dernier voyage qu’il fit à Paris (février 1778), il reçut les députations de l’Académie, du théâtre, de la cour. A ces fatigues inaccoutumées s’ajoutèrent les répétitions de sa tragédie àHrène. Il voulut assister à la sixième représentation. Cette soirée fut pour lui un triomphe qui épuisa ses forces; il mourut trois mois après, chez le marquis de Villette (30 mai 1778), dans sa quatre-vingt-cinquième année U »

1. M. Brissaud, Cours d'Idsloire de France pendant les temps modernes.

PUBLICATION DU LTllSTOIBE DE CHAULES XIL

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