‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 111 sur 285 · Référendaire du conseil privé · texte numérisé non relu

Référendaire du conseil privé

Le référendaire est l'officier chargé de faire le rapport (referre) des lettres royaux dans les chancelleries, pour qu’on décide si ces lettres doivent être signées et scellées.

LIVUE TROISIÈME.

ni

du conseil privé; il leur donna à tous deux ses pleins pouvoirs et son blanc-signé ^ : « Allez, leur dit-il en pro- )) près mots, tâchez de m’obtenir des conditions raison- )) nables et cbréliennes » 11 était réduit à la nécessité de cacher ses démarches pour la paix, et de ne recourir à la médiation d’aucun prince; car étant alors en Pologne à la merci des Moscovites, il craignait, avec raison, que le dangereux allié qu’il abandonnait ne se vengeât sur lui de sa soumission au vainqueur. Ses deux plénipotentiaires arrivèrent de nuit au camp de Charles XII ; ils eurent une audience secrète. Leroi lut la lettre: «Mes- )) sieurs, dit-il aux plénipotentiaires, vous aurez dans un » moment ma réponse. » Il se retira aussitôt dans son cabinet, et fit écrire ce qui suit :

«Je consens de donner la paix aux conditions suivantes, auxquelles il ne faut pas s’attendre que je change rien.

1 . « Que le roi Auguste renonce pour jamais à la cou- )) ronne de Pologne, qu’il reconnaisse Stanislas pour lé- )) gitime roi, et qu’il promette de ne jamais songer à re- )) monter sur le trône, même après la mort de Stanislas.

2. » Qu’il renonce à tous autres traités, et particuliè- » rement à ceux qu’il a faits avec la Moscovie.

3. )) Qu’il renvoie avec honneur en mon camp les prin- )) ces Sobieski et tous les prisonniers qu’il a pu faire.

4. )) Qu’il me livre tous les déserteurs qui ont passé à )) son service, et nommément Jean Patkul, et qu’il cesse )) toute procédure contre ceux qui de son service ont )> passé dans le mien. »

Il donna ce papier au comte Piper, le chargeant de négocier le reste avec les plénipotentiaires du roi Auguste. Ils furent épouvantés delà dureté de ces propositions. Ils mirent en usage le peu d’art qu’on peut employer, quand on est sans pouvoir, pour tâcher de fléchir la rigueur du roi de Suède. Ils eurent plusieurs conférences avec le comte Piper. Ce ministre ne répondit autre choseà toutes

1. Blanc-signé. On dit plutôt blanc- | 2. Chuétiennes, c’est-à-dire confor-

seing ; c’est une signature apposée à mes à la justice ou plutôt à la charité l’avance sur un papier blanc. 1 chrétienne.

HISTOIUE DE CHARLES Xll.

leurs insinuations, sinon : « Telle est la volonté du roi )) mon maître ; il ne change jamais ses résolutions. »

Tandis que cetle paix se négociait sourdement ^ en Saxe, la fortune sembla mettre le roi Auguste en état d’en obtenir une plus honorable, et de traiter avec son vainqueur sur un pied plus égal.

Le prince MenzikofF, généralissime des armées moscovites, vint avec trente mille hommes le trouver en Pologne, dans le temps que non-seulement il ne souhaitait plus ses secours, mais que même il les craignait : il avait avec lui quelques troupes polonaises et saxonnes, qui faisaient en tout six mille hommes. Environné avec ce petit corps de l’armée du prince Menzikoff il avait tout à redouter en cas^ qu’on découvrît sa négociation. Il se voyait en même temps détrôné par son ennemi, et en danger d’être arreté prisonnier ^ par son allié. Dans cette circonstance délicate, l’armée se trouva en présence d’un des généraux suédois, nommé Meyerfelt*'^, qui était à la tête de dix mille hommes à Calish^, près du palatinat dePosnanie. Le prince Menzikoff pressa le roi Auguste de donner bataille. Le roi, très-embarrassé, différa sous divers pi’étextes; car, quoique les ennemis fuss^ent trois fois moins forts que lui, il y avait quatre mille Suédois dans l’armée deMeyerfelt ; et c’en était assez pour rendre l’événement douteux. Donner bataille auxSuédois pendant les négociations, etla perdre, c’était creuser l’abîme où il était; il prit le parti d’envoyer un homme de confiance au général ennemi pour lui donner part ^ du secret de la paix, et l’avertir de se retirer ; mais cet avis eut un effet tout contraire à ce qu’il en attendait. Le général Meyerfelt crut qu’on lui tendait un piège pouiT’in-

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