A TRAVERS DES Calmoücks. Voir la note 3 de la page
4. Faire main basse, à la guerre, c’est ne point faire de quartier, passer au fil de l’épée.
5. Après la bataille livrée près de Smolensk, Charles tint une espèce de conseil de guerre, pour savoir quelle route il fallait suivre ; car il n’avait encore aucun plan d’arrêté. Ses flatteurs,
comme le général de Sparre, l’engageaient à marcher vers Moscou, et Charles disait lui-même qu’il fallait tout oser, pendant que la fortune était favorable.
Plusieurs et peut-être Piper (car d’autres sont d’un avis contraire, et disent que Piper, écrivant alors à Marlborough, lui annonçait la ruine prochaine du tzar) opinaient pour le retour en Lithuanie ; d’autres, comme Gyllenkrok, étaient d’avis de se retirer sur la Dwina. Mais Charles, au grand étonnement de tous, se décida à marcher vers l’Ukraine, au-devant de Mazeppa. En vain Piper et Gyllenkrok l’engagèrent au moins à attendre Lewenhaupt ; mais Renskold, dit Geyer, ce mauvais génie
ÜISTOIRIC DE CHARLES XH.
Oii pria fortement le roi d’attendre que le général Levenhaiipt, qui devait lui en amener avec un renfort de quinze mille hommes, vînt le joindre. Non-seulement le roi, qui rarementprenaitconseil, n’écouta point cet avis judicieux; mais, au grand étonnement de toute l’armée, il quitta le chemin de Moscou, et fit marcherau midi vers l’Ukraine \ paysdesCosaques^, situéentrela Petite-Tartarie, la Pologne et la Moscovie. Ce pays a environ cent de nos lieues du midi au septentrion, et presque autant de l’orient au couchant. Il est partagé en deux parties à peu près égales parle Borysthène, qui le traverseencoulant du nord ouest au sud est : la principale ville est Bathurin sur la petite rivière de Sem La partie la plus septentrionale de l’Ukraine est cultivée et riche ; la plus méridionale, située près du quarante-huitième degré est un des pays les plus fertiles du monde et les plus déserts. Le mauvais gouvernement y étouffait le bien que la nature s’efforce de faire aux hommes. Les habitants de ces cantons, voisins de la Petite-Tartarie, ne semaient ni ne plantaient, parce que les Tartares de Budziack®, ceux de Pré-
de Charles XII et rennerai de Lewen- j haupt, paraissait vouloir amener un désastre et fit prévaloir son avis, qui était de marcher en avant. C’était une grande faute, qui allait amener tous les revers de la campagne ; après avoir accablé Lewenhaupt, les Russes devaient se jeter sur Charles XII, isolé et affaibli.
1. L’Ukraine (pays limitrophe) ou Petite Russie, Russie Rouge, est une grande plaine ondulée, partagée en deux parties par le Dniéper ; le gouvernèment de Kief et une partie de celui de Kharkof sont à l’ouest ; l’autre moitié avec les gouvernements de Tchernigof et de Poltava sont à l’est; le climat est sain et tempéré ; elle est d’une fertilité incomparable surtout en grains, a de belles prairies et nourrit des bœufs renommés et des chevaux vigoureux. L’Ukraine est entièrement soumise aux Russes depuis le traité de 1774.
2. Les Cosaques (en russe kasak, hommes armés) sont un mélange de Slaves et de Tartares, qui occupent plusieurs parties de la Russie : il y a les Cosaques du Don, les Cosaques du Boug et de Tchougouïef, et les Cosaques de l’Ukraine, subdivisés en Zaporogues, Slobodes et Cosaques de la mer Noire.
j Tous sont des guerriers hardis, infatigables, pillards déterminés ; ils forment une cavalerie légère, redoutable à l’ennemi ; le plus grand nombre se compose de troupes irrégulières. Ils se gouvernent encore par leurs propres lois, et leur chef s’appelle hetman. Les Cosaques de la petite Russie ont formé une sorte de république militaire dès le XIV® siècle; au xv« siècle, établis entre le Dniester et le Dniéper, et protégés par la Pologne, ils étaient continuellement en guerre contre les Tartares et les Turcs. 3Iais plus tard, mécontents des Polonais, ils se révoltèrent et se donnèrent à la Russie, vers 1654. La branche des Zaporogues est la plus remarquable de toutes ; Voltaire en parle un peu plus loin.
3. Bathurin, petite ville du gouvernement de Tchernigof ; Pierre la fit raser après la trahison de Mazeppa ; elle s’est depuis insensiblement relevée.
4. La Sem ou Seim est un affluent de la Desna, qui se jette dans le Dniéper, par la rive gauche ;elle passe à Koursk.