LIVRE QUATRIEME
trogothie^ : les ennemis se retirèrent. Le roi avança sur eux par des chemins creux et inégaux, où les Galmoucks étaient cachés : ils parurent alors, et se jetèrent entre le régiment où le roi combattait et le reste de Uarmée suédoise. A rinstant, et Russes et Galmoucks entourèrent ce régiment et percèrent jusqu’au roi. Ils tuèrent deux aides de camp qui combattaient auprès de sa personne. Le cheval du roi fut tué sous lui : un écuyer lui en présentait un autre ; mais l’écuyer et le cheval furent percés de coups. Gharles combattit à pied, entouré de quelques ofüciers qui accoururent incontinent autour de lui.
Plusieursfurenlpris, blessés ou tués, ou entraînés loin du roi par la foule qui se jetait sur eux ; il ne restait que cinq hommes auprès de Gharles. Il avait tué plus de douze ennemis de sa main, sans avoir reçu une seule blessure, par ce bonheur^ inexprimable qui jusqu’alors l’avait accompagné partout, et surlequel il compta toujours. Enfin un colonel, nommé Dahldorf, se fait jour à travers des ^ Galmoucks avec seulement une compagnie de son régiment ; il arrive à temps pour dégager le roi : le reste des Suédois fit main basse ^ sur ces Tartares. L’armée reprit ses rangs ; Gharles monta à cheval ; et, tout fatigué qu’il était, il poursuivit les Russes pendant deux lieues.
Le vainqueur était toujours dans le grand chemin delà capitale de la Moscovie. Il y a de Smolensko, auprès duquel se donna ce combat, jusqu’à Moscou, environ cent de nos lieues françaises: l’armée n’avait presque plus de vivres ^
1. L'Ostrogothie, qui donnait son nom à ce régiment, ou province de Linkoping, est la partie la plus pittoresque de la Suède, entre le lac Wetter et la mer Baltique.