‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 149 sur 285 · Voltaire semble avoir évité, avec · texte numérisé non relu

Voltaire semble avoir évité, avec

intention, toute espèce de réflexion sur cette malheureuse campagne de Pultava, sur cette ruine complète de la fortune de Charles XII. N’a-t-il pas craint ici, comme partout, de nuire à l’intérêt qu’il voulait conserver jusqu’à la fin pour son héros ? Sans dire, comme dans V Histoire de Russie, que de toutes les batailles qui ont jamais ensanglanté la terre-, Pultava est la seule qui ait servi au bonheur du genre humain, on peut remarquer que de cette journée date véritablement la puissance de la Russie ; la Suède et la Pologne ont perdu leur prépondérance ; l’œuvre de Pierre le Grand est assurée. Désormais l’empire de Russie doit exercer une influence de plus en plus grande sur les destinées de l’Europe.

LIVIŒ QUATRIEME.

longtemps enfermé àPélersbourg.Le czar était persuadé, comme le reste de UEurope, que ce ministre avait vendu son maître au duc de Mariborougli, et avait attiré sur la Moscovie les armes de la Suède qui auraient pu pacifier l’Europe : il lui rendit sa captivité plus dure. Ce ministre mourut quelques années après en Moscovie, pou secouru par sa famille qui vivait à Stockholm dans l’opulence, et plaint inutilement par son roi, qui ne voulut jamais s’abaisser à offrir pour son ministre une rançon qu’il craignait que le czar n’acceptât pas; car il n’y eut jamais de cartel d’échange ^ entre Charles et le czar.

L’empereur moscovite, pénétré d’une joie qu’il ne se mettait pas en peine de dissimuler, recevait sur le champ de bataille les prisonniers qu’on lui amenait en foule, et demandait à tout moment : « Où est donc mon frère Charles ^ ? }>

Il fit aux généraux suédois l’honneur de les inviter à sa table. Entre autres questions qu’il leur fit, il demanda au général Rehnskôld à combien les troupes du roi son maître pouvaient monter avant la bataille. Rehnskôld répondit que le roi seul en avait la liste, qu’il ne commun! quait à personne ; mais que pour lui il pensait que le tout pouvait aller à environ trente mille hommes; savoir dixhuit mille Suédois, et le reste Cosaques. Le czar parut surpris, et demanda comment ils avaient pu hasarder de pénétrer dans un pays si reculé, et d’assiéger Pultavaavec cepeude monde. «Nous n’avons pas toujours été consultés, reprit le général suédois; mais, comme fidèles serviteurs, nous avon^ obéi aux ordres de notre maître, sans jamais y contredire. » Le czar se tourna à cette réponse vers quelques-uns de ses courtisans, autrefois soupçonnés d’avoir trempé dans des conspirations contre lui : « Ah ! dit-il,

1. Le tzar en avait proposé un avant le siège de Pultava; Charles le refusa, et les Suédois furent en tout les victimes de son indomptable fierté. — On appelle cartel d’échange un règlement fait entre deux partis ennemis, pour la rançon ou l’échange des prisonniers.

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