‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 148 sur 285 · On avait d’abord pensé à se reti · texte numérisé non relu

On avait d’abord pensé à se reti

rer vers la Crimée ; mais ce projet était inexécutable ; la résistance était non pas impossible, mais sans espoir de succès.

Puis le comte Adam Lewenhaupt était à peine connu des troupes, et malgré ses talents, avait été éloigné des conseils du roi ; il n’avait pas d’ailleurs les qualités qui entraînent les soldats et leur inspirent une aveugle confiance ; enfin il fut trompé par ses officiers, complètement démoralisés, sur le nombre et les dispositions de ses soldats.

dans le Borysthène; deux officiers du régiment de ce brave Troutfetre s’entre-tuèrent^ ; le reste fut fait esclave. Ils défilèrent tous en présence du prince Menzikoff, mettant les armesà ses pieds, comme trente mille Moscovites avaient fait neuf ans auparavant devant le roi de Suède à Narva. Mais au lieu que le roi avait alors renvoyé tous ces prisonniers moscovites qu’il ne craignait pas, le czar retint les Suédois pris à Pultava.

Ces malheureux furent dispersés depuis dans les Etats du czar, mais particulièrement en Sibérie vaste province de la Grande Tartarie, qui, du côté de l’orient, s’étend jusqu’aux frontières de l’empire chinois. Dans ce .pays barbare, où l’usage du pain n’était pas même connu, les Suédois, devenus ingénieux par le besoin, y exercèrent les métiers et les arts dont ils pouvaient avoir quelque teinture. Alors toutes les distinctions que la fortune met entre les hommes furent bannies : l’officier qui neputexerceraucun métier futréduit à fendre età porter le bois du soldat devenu tailleur, drapier, menuisier, ou maçon, ou orfèvre, et qui gagnait de quoi subsister. Quelques officiers devinrent peintres, d’autres architectes; il y en eut qui enseignèrent les langues, les mathématiques ; ils y établirent même des écoles publiques, qui avec le temps devinrent ^ si utiles et si connues qu’on y envoyait des enfants de Moscou

Le comte Piper, premier ministre du roi de Suède, fut

1. Comme le remarque Voltaire, le caractère des soldats ne se démentit pas dans cette grande infortune. Lorsqu’on demanda, avant la capitulation, à un régiment composé de vieilles bandes, si l’on pouvait tenter une dernière lutte : « Autrefois, dirent-ils, on ne nous adressait que ces mots : en avant ! Aujourd’hui on nous demande des conseils. Xous ne pouvons pas répondre de ce qui peut arriver ; mais ce que nous savons, c’est qu’on n’aura rien à nous reprocher. »

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