‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 156 sur 285 · LIVRE CINULIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINULIÈME

Porte, et enfin dangereux aux grands-vizirs memes K

Un de ceux (|ui secondèrent plus adroitement ^ ses des^ seins fut le médecin Fonseca Portugais, Juif établi à Constantinople, homme savant et délié, capable d’affaires, et le seul philosophe peut-ctrc de sa nation : sa profession lui procurait des entrées à la Porte ottomane, et souvent la confiance des vizirs . Je l’ai fort connu à Paris ; il m’a con ■ lirmé touteslesparticularilésquejevais raconter. Le comte Poniatowski m\i dit lui-meme et m’a écrit qu’il avait eu l’adresse de faire tenir des hltres à la sultane Validé ^ mère de l’empereur régnant, autrefois maltraitée par son fils, mais qui commençait à prendre du crédit dans le sérail. Une Juive, qui approchait souvent de ce! te princesse, ne cessait de lui raconter les exploits du roi de Suède, et la charmait-par ses récits. La sultane, par une secrète inclination dont presque toutes les femmes se sentent surprises en faveur des hommes extraordinaires, même sans les avoir vus, prenait hautement dans le sérail le parti de ce prince; elle ne l’appelait que son lion, a Quand voulez- )) vousdonc, disait-elle quelquefois au sultanson fils, aider » mon lion àdévorer ce czar?)) Ellepassa même par-dessus les loisaustères dusérail,au point d’écrire de sa main plusieurs lettresau comte Poniatowski, entre les mainsduqucl elles sont encore au temps qu’on écrit cette histoire.

Cependant on avait conduit le roi avec honneur à Bender, par le désert qui s’appelait autrefois la solitude des Gèles®. Les Turcs eurent soin que rien ne manquât sur sa route de tout ce qui pouvait rendre son voyage plus agréable : beaucoup de Polonais, de Suédois, de Cosaques, échappés les uns après les autres des mains des

1. c’est de lui que je tiens non-seulement les Bemarques qui ont été imprimées, et dont le chapelain Nordberg a fait usage, mais encore beaucoup d’autres manuscrits concernant cette histoire. (Note de Voltaire.)

2. Il faudrait le plus adroitement ; ce n’est pas ici un comparatif, mais évidemment un superlatif relatif. .

3* C’était, à ce qu’il paraît, un renégat français, nommé Coin, devenu chirurgien du sérail.

4. A^oltaire veut dire sans doute qu’il était peut-être le seul juif s’appliquant à l’étude des sciences et cherchant à connaître les causes et les effets. Il y a ici quelque exagération. Voir pour le mot « philosophe n la page 33 et la note 8.

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