‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 162 sur 285 · C’est l’expression latine censeri, être réputé · texte numérisé non relu

C’est l’expression latine censeri, être réputé

HISTOIRE DE CIIABEES XII

fut tout-puissant à la Porte : elle accorda à son envoyé des honneurs dont les ministres moscovites n'avaient point encore joui à Constantinople : on lui permit d’avoir un sérail, c’est-à-dire un palais dans le quartier des Francs et de communiquer avec les ministres étrangers. Le czar crut même pouvoir demander qu’on lui livrât le général Mazeppa, comme Charles XII s’était fait livrer le malheureux Palkul. Chourlouli-Ali-Bacha ne savait plus rien refuser à un prince qui demandait en donnant des millions : ainsi ce même grand- vizir, qui auparavant avait promis solennellement de mener le roi de Suède en Moscovie avec deux cent mille hommes, osa bien lui faire proposer de consentir au sacrifice du général Mazeppa. Charles fut outré de cette demande. On ne sait jusqu’où le vizir eût poussé l’affaire, si Mazeppa, âgé de soixante et dix ans, ne fût mort précisément dans cette conjoncture -. La douleur et le dépit du roi augmentèrent, quand il apprit que Tolstoy devenu l’ambassadeur du czar à la Porte, était publiquement servi par des Suédois faits esclaves à Pultava, et qu’on vendait tous les jours ces braves soldats dans le marché de Constantinople. L’ambassadeur moscovite disait même hautement que les troupes musulmanes qui étaient à Bender y étaient plus pour s’assurer du roi que pour lui faire honneur.

Charles, abandonné par le grand-vizir, vaincu par l’argent du czar en Turquie, après l’avoir été par ses armes dans l'Ukraine, se voyait trompé, dédaigné par la Porte, presque prisonnier parmi desTartares. Sa suite commençait à désespérer ; lui seul tint ferme, et ne parut pas abattu un moment. Il crut que le sultan ignorait les intri-

1. Le quartier des Francs, c’est-à-dire des Européens, est le faubourg de Péra, au nord du port, od Corna d'or. On nomme ainsi les Européens, soit à cause du rôle des Français aux croisades (Gesta Dei per Francos), soit à cause des privilèges accordés aux Français, alliés des Ottomans avant la plupart des ; utres peuples.

2. On a dit que Mazeppa s’empoisonna pour mettre fin à ses malheurs.

3* Tolstoï (Pierre, comte de), né vers

le milieu du xviie siècle, a joui de la faveur de Pierre 1« ; il fut son ambassadeur à Constantinople en 1702 et en 1710. Plus tard, il suivit le tzar dans son voyage en Hollande (1718), remplit des missions importantes à Londres, à Vienne ; ramena de Naples le jeune Alexis, fils de Pierre, etc. Il fut dépouillé de tous ses biens, à 1 avènement de Pierre II, et mourut dans un couve^it en 1728.

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gués de Ghoiirloiili-Ali, son grand-vizir; il résolut de les lui apprendre; et Poniatowski se chargea de cette commission hardie C Le Grand-Seigneur va tous les vendredis à la mosquée entouré de ses solaks espèce de gardes, dont les turbans sont ornés de plumes si hautes qiUelles dérobent le sultan à la vue du peuple. Quand on a quelque placet ^ à présenter au Grand Seigneur, on tâche de se mêler parmi ces gardes, et on lève en haut ^ le placet : quelquefois le sultan daigne le prendre lui-même; mais le plus souvent il ordonne à un aga de s'en charger, et se faitensuite représenter les placets au sortir de la mosquée. 11 n’esl pas à craindre qu’on oseUimportuner de mémoires inutiles, et de placets sur des bagatelles, puisqu’on écrit moins à Constantinople en toute une année qu à Paris en un seul jour : on se hasarde encore moins à présenter des mémoires contre les ministres, à qui pour l'ordinaire le sultan les renvoie sans les lire. Poniatowski n'avait que cette voie pour faire passer jusqu'au Grand Seigneur les plaintes du roi de Suède : il dressa un mémoire accablant contre le grand-vizir. M. de Fériol, alors ambassadeur de France et qui m'a conté le fait, fit traduire le mémoire en turc : on donna quelque argent à un Grec pour le présenter; ce Grec s’étant mêlé parmi les gardes du Grand- Seigneur, leva le papier si haut et si longtemps, et fit tant de bruit, que le sultan l'aperçut, et prit lui -même le mémoire.

1. Eq effet, Poniatowski s’exposait, quoi qu’en dise la Motraye, à exciter la colère et la vengeance du grand-vizir.

2. On sait que, chez les musulmans, le vendredi est le jour spécialement consacré à la prière publique dans le temple ou mosquée. Le sultan, comme chef de la religion, est obligé d’y assister, à moins d’une grave maladie ou de circonstances extraordinaires.

3. Les solaks sont des gardes du corps, qui environnent le sultan ; ils doivent être exercés à tirer de l’arc des deux mains ; de là leur nom, qui signifie gauchers ; leurs bonnets de feutre sont ornés d’un panache de plumes de héron.

4. placet est une demande succinle par écrit, pour obtenir justice,

grâce, faveur, etc. Le dictionnaire de l’Académie remarque que ce mot a vieilli ; on 6\t pétition»

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