‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 165 sur 285 · Ou plutôt süihdar · texte numérisé non relu

Ou plutôt süihdar

4. La destitution du grand-vizir ne fut pas provoquée par le parti suédois, mais due plutôt à l’irritation du sultan contre le roi, qui avait repoussé toute espèce d’arrangements pacifiques, et voulait soulever la Turquie contre les Russes.

5. Mais il avait l’ambition d’en FAIRE. Cette phrase n’est pas tout à fait grammaticale. De plus la réflexion n’est pas juste ; M. de Hammer observe que le silihdar Ali avait alors 35 ans^ et qu’il

CnARLES xir.

était presque du même âge qu’Ali de Tschorli, qui n’était pas un vieillard, comme le répète Voltaire, puisqu’il avait 40 ans quand il mourut en 1711.

6. Le silihdar et le kizlar-aga étaient pleins de haine contre le grand-vizir, le premier surtout, parce que Ali de Tschorli avait tout fait,mais inutilement, pour empêcher son mariage avec la fille du sultan.

7. Kafifa, ville du gouvernement de Tauride, occupée par les Génois, en 1266, fut dès lors florissante par sa position sur le détroit auquel elle donne son nom ; prise par Mahomet II, en 1475, puis abandonnée aux Russes en 1770, elle est maintenant bien déchue.

8. La Crimée (Chersonèse Taurique) est une presqu’île unie au continent par l’isthme de Pérékop. Les habitants, aux mœurs douces et patriarcales, descendent des Tartares de Gengiskan, et for-

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le bul, c’est-à-dire le sceau de l’empire, à NumanCouprougU. petit-fils du grand Gouprougli qui prit Candie Ce nouveau vizir était tel que les chrétiens mal instruits ont peine à se figurer un Turc : homme d’une vertu inflexible, scrupuleux observateur de la loi, il opposait souvent la justice aux volontés du sultan. 11 ne voulut point entendre parler de la guerre contre le Moscovite, quTl traitait d’injuste et d’inutile ; mais le même attachement à sa loi, qui l’empêchait de faire la guerre au czar malgré la foi des traités, lui fit respecter les devoirs de l’hospitalité envers le roi de Suède Il disait à son maître : a La loi te défend » d’attaquer le czar, qui ne t’a point olfensé; mais elle )) t’ordonne de secourir le roi de Suède, qui est malheu- » reux chez toi. » Il fit tenir à ce prince huit cents bourses (une bourse vaut cinq cents écus), et lui conseilla de s'en retourner paisiblement dans ses États par les terres de l’empereur d'Allemagne, ou par des vaisseaux français, qui étaient alors au port de Constantinople, et que M. de ï^ériol, ambassadeur deFrance à la Porte, offrait à Charles pour le transporter à Marseille. Le comte Poniatowski négocia plus quejamais avec ce ministre, et acquit dans les négociations une supériorité que l’or des Moscovites ne pouvait plus lui disputer auprès d’un vizir incorruptible. La faction russe crut que la meilleure ressource pour elle était d’empoisonner un négociateur si dangereux. On gagna un de ses domestiques, qui devait lui donner du poi-

ment une hor^e particulière, qui se soumit aux Turcs en 1479. La Crimée a été conquise par les Russes en 1783, et les Turcs l’ont définitivement cédée en 1791. Elle forme la plus grande partie du gouvernement de Tauride.

1. Xououman Kœprülü ou Kupruli- Xou’man-Pacha, alors gouverneur de Négrepont, était le quatrième grandvizir de cette illustre famille des Kupruli ou Kiuperli ; le premier, Méhémet gouverna de 16oo à 1661 ; le second, Achmet, vaincu à Saint-Gothard par les Impériaux, prit Candie, en 1669, après un siège qui durait depuis vingtquatre ans ; il mourut, en 1675 ; le troisième, son fils Mustapha, fut tué à Salankemen, en 1691 ; enfin le quatrième, Xou’man ou Niuhman, fils de Mustapha,

fut grand-vizir, en juin 1710. C’est lui qui croyait avoir toujours une mouche sur le nez ; un médecin français le guérit, en feignant de lui faire une opération, et en lui montrant ensuite unr mouche morte.

2. M. de Hammer dit que le grandvizir écrivit à Charles XII pour le déterminer à retourner paisiblement dans ses États par la Pologne ; en même temps, par une fanfaronnade dangereuse, impolitique, pour intimider la Pologne* il répandit le bruit qu’une armée nombreuse, non moins formidable que celle qui jadis avait assiégé Vienne, ramènerait le roi de Suède dans son royaume. Ces paroles ne firent qu’enflam'mer l’ardeur des janissaires et des soldats, qui réclamèrent la guerre.

LlVRl^ CINQUIÈME.

son dans du café : le crime fut découvert avant l’exécution; on trouva le poison entre les mains du domestique, dans une petite fiole que Uon porta au Grand-Seigneur. L’empoisonneur fut jugé en plein divan et condamné aux galères, parce que la justice des Turcs ne punit jamais de mort les crimes qui n’ont pas été exécutés.

Charles XII, toujours persuadé que tôt ou tard il réussirait à faire déclarer l’empire turc contre celui de Russie, n’accepta aucune des propositions qui tendaient à un retour paisible dans ses États; il ne cessait de représenter comme formidable aux Turcs ce même czar qu’il avait si longtemps méprisé ; ses émissaires insinuaient ^ sans cesse que Pierre Alexiowitz voulait se rendre maître de la navigation de la mer Noire; qu’après avoir subjugué les Cosaques, il en voulait à la Tartarie Crimée. Tantôt ses représentations animaient la Porte, tantôt les ministres russes les rendaient sans effet.

Tandis que Charles XII faisait ainsi dépendre sa destinée des volontés des vizirs, qu’il recevait des bienfaits et des affronts d’une puissance étrangère, qu’il faisait présenter des placets au sultan, qu’il subsistait de ses libéralités dans un désert, tous ses ennemis réveillés attaquaient ses États.

La bataille de Pultava fut d’abord ^ le signal d’une révolution dans la Pologne. Le roi Auguste y retourna, protestant contre son abdication, contre la paix d’Allranstadt, et accusant publiquement de brigandage et de barbarie Charles XII, qu’il ne craignait plusL II mit en prisonFingsten et Imbof, ses plénipotentiaires, qui avaient signé son abdication, comme s’ils avaient en cela passé ^ leurs ordres et trahi leur maître. Ses troupes saxonnes, qui avaient été le prétexte de son détrônement, le ramenèrent à Varsovie, accompagné de la plupart des palatins

1. Le divan est la salle du Conseil ; ce mot est souvent employé pour signifier le Conseil lui-même.

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