‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 179 sur 285 · A\[\E CINQUIEME · texte numérisé non relu

A\[\E CINQUIEME

gands de la terre et en inenic lemps^ ce qui semble inconcevable, les plus bospilaliers : ils vont à cinquante lieues de leur pays attaquer une caravane, détruire des villages ^ ; mais qu’un étranger quel qu’il soit passe dans leur pays, non-seulementil est reçu partout, logé et défrayé, mais, dans quelque lieu qu’il passe, les habitanis se disputent l’honneur de l’avoir pour hôte; le maître de la maison, sa femme, ses filles, le servent à l’envi. Les Scythes leurs ancelres, leur ont transmis ce respect inviolable pour l’hospitalité, qu’ils ont conservé, parce que le peu d’étrangers qui voyagent chez eux, et le bas prix de toutes les denrées, ne leur rendent point cette vertu trop onéreuse.

Quand les Tartares vontà la guerre avec l’armée ottomane, ils sont nourris par le Grand-Seigneur; le butin qu’ils fontest leur seule paye : aussi sont-ils plus propres à piller qu’à combattre régulièrement.

Le kan, gagné par les présents et par les intrigues du roi de Suède, obtint d’abord que le rendez-vous général des troupes serait à Bender même, sous les yeux de Charles XII, afin de lui marquer mieux que c’était pour lui qu’on faisait la guerre.

Le nouveau vizir, Baltagi Mehemet, n’ayant pas les mômes engagements, ne voulait pas flatter à ce point un prince étrangèr : il changea Tordre, et ce fut à Andrinople ^ que s’assembla cette grande armée. C’est toujours dans les vastes et fertiles plaines d’Andrinople qu’est le rendez-vous pour des armées turques, quand ce peuple fait la guerre aux chrétiens; les troupes venues d’Asie et d’Afrique s’y reposent et s’y rafraîchissent quelques semaines : mais le grand-vizir, pour prévenir le czar, ne

1. Ce substantif ne s’emploie pas ordinairement comme adjectif. — Voir page 141.

2. Aussi Voltaire remarque que de temps immémorial leur coutume est de porter plus de cordes que de cimeterres, pour lier les malheureux qu’ils surprennent.

3. L’hospitalité des Scythes était complaisamment célébrée par les anciens,

qui donnaient ce nom à toutes les peuplades barbares au nord du Pont-Euxin et à l’est de la mer Caspienne.

4. Andrinople (Adrianopolis), sur les bords de la Maritza, dans l’une des plus riantes situations, ville considérable de la Roumélie, capitale de l’empire avant la prise de éonstantinople ; 1 10,000 habitants.

laissa reposer Tarmée que trois jours, et marcha vers le Danube, et de là vers la Bessarabie

Les troupes des Turcs ne sont plus aujourd’hui aussi formidables q u’autrefois, lorsqu’elles conquirent tant d’Élats dans l’Asie, dans l’Afrique et dans l’Europe ; alors la force du corps, la valeur et le nombre des Turcs, triomphaient d'ennemis moins robustes qu’eux et plus mal disciplinés; mais aujourd’hui que les chrétiens entendent mieux l’art de la guerre, ils battent presque toujours les Turcs en bataille rangée, même à forces inégales. Si l’empire ottoman a depuis peu fait quelques conquêtes, ce n’est que sur la république de Venise, estimée plus sage que guerrière, défendue par des étrangers, et mal secourue par les princes chrétiens, toujours divisés entre eux

Les janissaires ^ et les spahis ^ attaquent en désordre, incapables d’écouter le commandement et de se rallier : leur cavalerie, qui devrait être excellente, attendula bonté et la légèreté de leurs chevaux, ne saurait soutenir le choc de la cavalerie allemande : l’infanterie ne savait point encore faire un usage avantageux de la baïonnette au bout du fusil : de plus, les Turcs n’ont paseu un grand général de terre parmi eux depuis Gouprougli, qui conquit l’île de Candie^. Un esclave nourri dansT’oisiveté et dans le silence du sérail, fait vizir par faveur, et général malgré lui, conduisait une armée levée à la hâte, sans expérience, sans discipline, contre des troupes moscovites, aguerries par douze ans de guerre, et fières d’avoir vaincu les Suédois.

Le czar, selon toutes les apparences, devait vaincre Baltagi Mehemet: mais il fit la même faute avec les Turcs que le roi de Suède avait commise avec lui ; il méprisa

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