MYRE CINQUIEME
trop son ennemi. Sur la nouvelle de l’armement desTiircs, il quitta Moscou; et, ayant ordonné qu’on changeât le siège de Riga eu blocus, il assembla sur les frontières de Pologne quatre-vingt mille hommes de ses troupes U Avec cette armée il prit son chemin par la Moldavie ^ et la Yalachie autrefois le pays des Daces aujourd’hui habité par des chrétiens grecs, tributaires du Grand-Seigneur.
La Moldavie était gouvernée alors par le prince Cantemir grec d’origine, qui réunissait les talents des anciens Grecs, la science des lettres et celle des armes. On le faisait descendre du fameux Timur, connu sous le nom de Tamerlan ; cette origine paraissait plus belle qu’une grecque : on prouvait cette descendance par le nom de ce conquérant : Timur, dit-on, ressemble à Témir; le titre de kan, que possédait Timur avant de conquérir l’Asie, se retrouve dans le nom de Cantemir : ainsi le prince Gantemir est descendu de Tamerlan. Voilà les fondements de la plupart des généalogies.
De quelque maison que fût Cantemir, il devait toute sa fortune à la Porte Ottomane. A peine avait-il reçu l’investiture de sa principauté, qu’il trahit l’empereur turc, son bienfaiteur, pour le czar, dont il espérait davantage. 11 se flattait que le vainqueur de Charles XII triompherait aisément d’un vizir peu estimé, qui n’avait jamais fait la guerre, et qui avait choisi pour son kiaia, c’est-à-dire pour son lieutenant, l’intendant des douanes de Turquie. Il comptait que tous les Grecs se rangeraient de son parti.
1. Toute l'armée, si elle eût été rassemblée, devait monter à soixante mille hommes. (Volt., Uist* de Russie,)