La Suède s’étend de 55® 20' à
15' de latitude septentrionale; elle a
1360 kilomètres, du cap Falsterbo au cap Nord.
4. Le climat, en général très-froid, présente cependant des différences trèsgrandes au midi et au nord. En Gothie, la température est douce; à Stockholm, pas de brouillards, comme en Allemagne, pas de changements brusques; au nord, l’hiver est beaucoup plus rude; sur le Kalix. il dure neuf mois; mais, dans le sud, la durée de l’hiver est seulement de quatre mois. Dans la Laponie suédoise, la neige fond vers le 23 juin, a disparu le l®** juillet; le 9, les champs sont couverts dfe verdure; le 17, les plantes sont en pleine croissance; le 25, en floraison complète; le 2 août, les fruits sont mûrs; le 18, la neige reparaît. L’expression proverbiale voir croître l'herbe ne peut trouver son application que dans le Norrland, où, deux jours après la fonte des neiges, l’herbe a déjà un pouce de hauteur.
rendent le changement plus doux. La nature, en récompense, a donné à ce climat rude un ciel serein, un air pur. L’été, presque toujours échauffé par le soleil, y produit les fleurs et les fruits en peu de temps Les longues nuits de l’hiver ^ y sont adoucies par des aurores et des crépuscules^ qui durent à proportion que le soleil s’éloigne moins de la Suède ; et la lumière de la lune, qui n’y est obscurcie par aucun nuage, augmentée encore par le reflet de la neige qui couvre la terre, et très-souvent par des feux semblables à la lumière zodiacale^, fait qu’on voyage en Suède la nuit comme le jour Les bestiaux y sont plus petits que dans les pays méridionaux de TEurope, faute de pâturages. Les hommes y sont grands ; la sérénité du ciel les rend sains, la rigueur du climat les fortifie : ils vivent longtemps, quand ils ne s’affaiblissent pas par l’usage immodéré des liqueurs fortes et des vins, que les nations septentrionales semblent aimer d’autant plus que la nature les leur a refusés.
Les Suédois sont bien faits, robustes, agiles, capables de soutenir les plus grands travaux, la faim et la misère ; nés guerriers, pleins de fierté, plus braves qu’industrieux, ayant longtemps négligé et cultivant mal aujourd’hui le commerce qui seul pourrait leur donner ce qui manque à leur pays. On dit que c’est principalement de la Suède,
1. Vers le 62® de latitude, les arbres fruitiers cessent de prospérer; mais on trouve encore en abondance deux espèces de ronces délicieuses.
2. A Lund, les plus longues nuits sont de 17 h. 18 m; à Stockholm, de 18 h.
30 m.; à Tornéo, de 21 h. 30 m. ; près d’Ober-Tornéo, on ne cesse de voir le soleil pendant la nuit de la Saint-Jean; à Wardœhus, la forteresse la plus septentrionale de l’Europe, le soleil ne se couche pas du 21 mai au 21 juillet, et la nuit dure également deux mois.
3. La réfraction de la lumière lui permet de se répandre peu à peu dans notre hémisphère, longtemps avant le lever du soleil, et lorsque cet astre est à 18o au-dessous de l’horizon; c’est ce qu’on nomme généralement aube ou aurore pour le matin; crépuscule pour le soir; il n’y a presque point d’aurore \i de crépuscule vers l’équateur; c’est
vers les pôles que cette douce lumière se prolonge le plus, et change souvent la nuit entière en un jour magique.
4. La lumière zodiacale, qui est constante sous l’équateur, se montre après le coucher du soleil, sous l’apparence d’uue clarté blanchâtre et de forme lenticulaire ayant sa base tournée vers le soleil. Voltaire veut sans doute parler des aurores boréales, dont l’origine est probablement due au magnétisme terrestre ; c’est une lueur formée par des rayons diversement colorés , qui jaillissent de toutes les parties de l’horizon à certaines époques indéterminées.
5. Il y a ici quelque exagération, et, malgré les longs crépuscules et la lumière zodiacale, il y a en Suède beaucoup de nuits obscures qui ne permettent pas de voyager comme pendant le jour.
6. Cultiver le commerce; c’est le sens de l’expression latine, colere.
MVRE PREMIER.
dont une partie se nomme encore Gothie que se débordèrent ces multitudes de Gollis^ qui inondèrent TEurope, et l’arrachèrent à l’empire romain qui en avait Blé cinq cents années rusurpateur, le législateur et le tyran
Les pays septentrionaux étaient alors beaucoup plus peuplés qu’ils ne le sont de nos jours parce que la religion laissait aux habitants la liberté de donner plus de citoyens à l’État par la pluralité de leurs femmes ; que ces femmes elles-mêmes ne connaissaient d’opprobre que la stérilité et l’oisiveté^ et qu’aussi laborieuses et aussi robustesque les hommes, ellesen étaient plus tôtetpluslongtemps fécondes. Mais la Suède, avec ce qui lui reste aujourd’hui de la Finlande, n’a pas plus de quatre millions d’habitants Le pays est stérile et pauvre. La Scanie est sa seule province qui porte du froment^. Il n’y a pas plus de neuf millions de nos livres en argent monnayé dans tout le pays. La banque publique^, qui est la plus ancienne de l’Europe, y fut introduite par nécessité, parce que, les paiements se faisant en monnaie de fer et de cuivre, le transport était trop difficile.
La Suède fut toujours libre jusqu’au milieu du quator-
1. La Gothie ou Gœthaland, au sud de la Suède, comprend douze provinces.
2. Les Barbares qui envahirent l’empire romain, au v® siècle, venaient surtout de ta Germanie, plutôt que delaScandinavie.
3. Les Romains ne possédaient pas toute l’Europe, mais seulement les pays a l’ouest du Rhin et au sud du Danube.
4. Tu, regere imperio populos, Romane, memento, a dit Virgile.
5. Beaucoup d’écrivains anciens , comme l’historien goth Jornandès, ont appelé la Scandinavie, officina gentium (le laboratoire des nations) ; mais le pays étai^ assurément moins peuplé que de nos jours, puisqu’il était pauvre, stérile et mal cultivé; cette pauvreté même a donné lieu à beaucoup d’émigrations.
6. De nos jours, la population de la Suède est d’environ 3,650,000 hab., et celle de la Finlande, de 1,670,000 hab. Voltaire a exagéré la population de la Suède au commencement du xviiie siècle; avec la Finlande, elle ne ren-
fermait pas beaucoup plus de 2 millions d’hommes.
7. La Scanie, qui forme au sud de la Suède les gouvernements de Christianstad et de Malmô, a été cédée par les Danois à la Suède, au traité de Roskild, en 1658, avec le Halland et le Bléking.