‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 194 sur 285 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Argument. — Intrigues à la Porte Ottomane. Le kan des Tartares et le hacha de Bender veulent forcer Charles de partir. Il se défend avec quarante domestiques contre une armée. Il est pris et traité en prisonnier.

La fortune du roi de Suède, si changée de ce qu’elle a^-ait été, le persécutait dans les moindres choses : il trouva, à son retour, son petit camp de Bender et tout le logement inondés des eaux du Niester ^ : il se retira à quelques milles, près d’un village nommé Varnitza ; et, comme s’il eût eu un secret pressentiment de ce qui devait lui arriver, il fit bâtir en cet endroit une large maison de pierre,

1. Plusieurs historiens ont cru que la léponse du "vizir au roi était la réponse d’un imbécile. 11 est pourtant aisé de comprendre que c’était la réponse d’un homme piqué ; et ces mots qu’il ajouta : il ne faut pas que tous les rois sortent de chez eux, montrent assez combien il voulait mortifier l’hôte de Bender. (Volt., Hist, de Russie.)

2. C’est-à-dire « faire les ablutions ordonnées par la loi. »

3. Le Niesteu ou plutôt Dniester, Dniestr (Tyras), sort d’un lac au pied des Karpathes, descend de la Galicie, roule avec impétuosité dans un lit peu profond ses eaux jaunâtres à travers les bancs de rochers, arrose, en courant du N.-O. au S. -E. ,1e sud de la Russie, et se termine par un large liman ou lac uni à la mer, entre Ackerman et Ovidiopol, après un cours de 800 kil.

capable, en un besoin de soutenir quelques heures un assaut. 11 la meubla même magnifiquement, contre sa coutume, pour imposer plus de respect aux Turcs.

Il en construisit aussi deux autres, Tune pour sa chancellerie -, l’autre pour son favori Grolhusen, qui tenait une de ses tables Tandis que le roi bâtissait ainsi près de Bender, comme s’il eût voulu rester toujours en Turquie, Baltagi Mehemet, craignant plus que jamais les intrigues et les plaintes de ce prince à la Porte, avait envoyé le résident ^ de l’empereur d’Allemagne demander lui-même à Tienne un passage pour le roi de Suède par les terres héréditaires de la maison d’Autriche. Cet envoyé avait rapporté en trois semaines de temps une promesse de la régence impériale de rendre à Charles XII les honneurs qui lui étaient dus, et de le conduire en toute sûreté en Poméranie.

On s’était adressé à cette régence de Tienne, parce qu’alors l’empereur d’Allemagne, Charles, successeur de Joseph P"" était en Espagne, où il disputait la couronne à Philippe \ Pendant que l’envoyé allemand exécutait à Tienne cette commission le grand-vizir envoya trois hachas au roi de Suède pour lui signifier qu’il fallait quitter les terres de l’empire turc.

Le roi, qui savait Tordre dont ils étaient chargés, leur fit d’abord ^ dire que, s’ils osaient lui rien proposer contre son honneur et lui manquer de respect, il les ferait pendre tous les trois sur l’heure. Le hacha de Salonique qui

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