LIVRE SIXIÈME
portait la parole, déguisa la dureté de la commission sous les termes les plus respectueux. Charles finit l’audience sans daigner seulement répondre; son chancelier Muller, qui resta avec ces trois hachas, leur expliqua en peu de mots le refus de son maître, qu’ils avaient assez compris par son silence.
Le grand-vizir ne se rebuta pas : il ordonna à Ismaël hacha, nouveau séraskier ^ de Bender, de menacer le roi de l’indignation du sultan, s’il ne se déterminait pas sans délai. Ce séraskier était d’un tempérament doux et d’un esprit conciliant, qui lui avait attiré la bienveillance de Charles et l’amitié de tous les Suédois. Le roi entra en conférence avec lui, mais ce fut pour lui dire qu’il ne partirait que quand Achmet lui aurait accordé deux choses, la punition de son grand-vizir, et cent mille hommes pour retourner en Pologne.
Baltagi Mehemet sentait bien que Charles restait en Turquie pour le perdre ; il eut soin de faire mettre des gardes sur toutes les routes de Bender à Constantinople, pour intercepter les lettres du roi. Il fit plus, il lui retrancha son thaïm c’est-à-dire la provision que la Porte fournit aux princes à qui elle accorde un asile. Celle du roi de Suède était immense, consistant en cinq cents écus par jour en argent, et dans une profusion de tout ce qui peut contribuer à l’entretien d’une cour dans la splendeur et dans l’abondance.
Dès que le roi sut que le vizir avait osé retrancher sa subsistance. Use tourna vers son grand maître d’hôtel et lui dit : a Vous n’avez eu que deux tables jusqu’à présent, «je vous ordonne d’en tenir quatre dès demain. »
Les officiers de Charles XII étaient accoutumés à ne
trouverrien d’impossible de ce qu’il ordonnait; cependant
on n’avait ni provisions ni
golfe du même nom ; c’est la ville de Turquie la plus commerçante après Constantinople. 70,000 hab.