‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 202 sur 285 · Des espions honorables · texte numérisé non relu

Des espions honorables

L’ambassadeur d’un roi m’est toujours

[redoutable ;

Ce n’est qu’un ennemi sous un titre [honorable,

Qui vient, rempli d’orgueil ou de dex- [térité,

Insulter ou trahir avec impunité.

(Volt., Brutus, act. I.)

6. Les Échelles du Levant sont les ports de la Méditerranée orientale, soumis aux Turcs, où les Européens ont des comptoirs, comme Constantinople, Salonique, Smyrne, Chypre, Alexandrie, etc. Ce mot vient des marches ou escaliers, s’appuyant sur les môles de ces ports, pour Te débarquement des marchandises ; ou plutôt de l’expression faire escale (échelle), s’arrêter à différents ports, arriver par échelons à sa destination, suivant l’habitude des marins provençaux.

marchands qui n’ont besoin que d’un consul, et non d’un ambassadeur. Le grand-Yizir^,qui devaitson établissement et sa vie même au favori, et qui de plus le craignait, se conformait à ses intentions d’autant plus aisément qiril s’était vendu aux Moscovites, et qu’il espérait se venger du roi de Suède, qui avait voulu le perdre. Le mufti, créature d’Ali Coumourgi, était aussi l’esclave de ses volontés; il avait conseillé la guerre contre le czar, quand le favori la voulait; et il la trouva injuste dès que ce jeune homme eut changé d’avis: ainsi à peine larmée fut assemblée qu’on écouta des propositions d’accommodement. Le vice-chancelier Schaffirof et le jeune Sheremetoff, plénipotentiaires et otages du czar à la Porte, promirent, après bien des négociations, que le czar retirerait ses troupes de la Pologne. Le grand vizir, qui savait bien que le czar n’exécuterait pas ce traité, ne laissa pas de le signer; et le sultan, content d'avoir en apparence imposé des lois aux Russes, resta encore à Andrinople. Ainsi on vit en moins de six mois la paix j urée avec le czar, ensuite la guerre déclarée, et la paix renouvelée encore^.

Le principal article de tous ces traités fut toujours qu’on ferait partir le roi de Suède. Le sultan ne voulait point commettre sonhonneur^etcelui de l’empire ottoman, en exposant le roi à être pris sur la route par ses ennemis. Il fut stipulé qu’il partirait, mais que les ambassadeurs de Pologne et de Moscovie répondraient de la sûreté de sa personne : ces ambassadeurs jurèrent, au nom de leurs maîtres, que ni le czar ni le roi Auguste ne troubleraient son passage, et que Charles, de son côté, ne tenterait d’exciter aucun mouvement en PologneL Le divan ayant ainsi réglé la destinée de Charles, Ismaël, séraskier de Bender,se transporta à Varnitza, où le roi était campé, et

1. Voltaire semble avoir ignoré que le grand-vizir n’était plus, depuis la déclaration de guerre, Yousouf, mais Soleïman.

2. La paix fut définitivement signée avec la Russie, à Andrinople (septembre 1714), lorsque Ali Coumourgi était grand-vizir.

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