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Commettre sox honneur, c’est-àdire exposer son honneur

4. Les ambassadeurs de Moscovie et de Pologne ne pouvaient pas jurer que Charles ne tenterait d’exciter aucun mouvement en Pologne ; il faudrait, pour éviter toute obscurité, à la condition que Charles,

LlVllb: SIXIÈME.

vint lui rendre compte des résolutions de la Porte, en lui insinuant adroitement qu’il n’y avait plus à dilférer, et qu’il fallait partir.

Charles ne répondit autre chose, sinon que le Grand- Seigneur lui avait promis une armée et non une escorte, et que des rois devaient tenir parole.

Cependant le général Flemming, ministre et favori du roi Auguste, entretenait une correspondance secrète avec le kan de Tartarie et le séraskier de Bender. La Mare, gentilhomme français, colonel au service de Saxe, avait fait plus d’un voyage de Bender à Dresde, et tous ces voyages étaient suspects.

Précisément dans ce temps, le roi de Suède fit arrêter sur les frontières de la Valachie un courrier que Flemming envoyait au prince de Tartarie. Les lettres lui furent apportées; on les déchiffra on y vit une intelligence marquée entre les Tartares et la cour de Dresde; mais elles étaient conçues en termes si ambigus et si généraux, qu’il était difficile de démêler si le but du roi Auguste était seulement de détacher les Turcs du parti de la Suède, ou s’il voulait que le kan livrât Charles à ses Saxons en le reconduisant en Pologne

Il semblait difficile d’imaginer qu’un prince aussi généreux qu’Auguste voulût, en saisissant la personne du roi de Suède, hasarder la vie de ses ambassadeurs et de trois cents gentilshommes polonais qui étaient retenus dans Andrinople comme des gages de la sûreté de Charles.

Mais, d’un autre côté, on savait que Flemming, ministre absolu ^ d’Auguste, était très-délié ^ et peu scrupuleux. Les outrages faits au roi électeur par le roi de Suède semblaient rendre toute vengeance excusable; et on pouvait penser que, si la cour de Dresde achetait Charles du

1. Sans doute parce que ces lettres étaient écrites en chiffres ou en caractères dont la \aleur conventionnelle n’était connue que de ceux qui correspondaient ensemble.

2. Malgré le témoignage des chroniques moldaves, il n’est pas prouvé que la liberté de Charles ait été sérieusement menacée.

3. Absolu a ici le sens de tout-puis^ saut sur l’esprit de son maître.

4. Très-delié. Ce mot signifie ordinairement fin, habile ; ici c’est une habileté qui pouvait être poussée jusqu’à la perfidie.

kan des Tartares, elle pourrait acheter aisément de la cour ottomane la liberté des otages polonais.

Ces raisons furent agitées entre le roi, Muller son chancelier privé, et Grothusen son favori. Ils lurent et relurent les lettres ; et la malheureuse situation où ils étaient les rendant plus soupçonneux, ils se déterminèrent à croire ce qu’il y avait de plus triste.

Quelques jours après, le roi fut confirmé dans ses soupçons par le départ précipité d’un comte Sapieha, réfugié auprès de lui, qui le quitta brusquement pour aller en Pologne se jeter entre les bras d’Auguste. Dans toute autre occasion, Sapieha ne lui aurait paru qu’un mécontent; mais, dans ces conjonctures délicates, il ne balança pas à le croire un traître. Les instances réitérées qu’on lui fit alors de partir changèrent ses soupçons en certitude. L’opiniâtreté de son caractère se joignant à toutes ces vraisemblances, il demeura ferme dans l’opinion qu’on voulait le trahir et le livrer à ses ennemis, quoique ce complot n’ait jamais été prouvé.

Il pouvait se tromper dans l’idée qu’il avait que le roi Auguste avait marchandé sa personne avec les Tartares; mais il se trompait encore davantage en comptant sur le secours de la cour ottomane. Quoi qu’il en soit, il résolut de gagner du temps.

Il dit au hacha de Bender qu’il ne pouvait partir, sans avoir auparavant de quoi payer ses dettes; car, quoiqu’on lui eût rendu depuis longtemps son thaïm, ses libéralités l’avaienttoujoursforcéd’emprunter. Lebachaluidemanda ce qu’il voulait; le roi répondit au hasard, mille bourses, qui sont^ quinze cent mille francs de notre argent enmonnaie forte Le bacha en écrivit à la Porte: le sultan, au lieu de raille bourses qu’on lui demandait, en accorda douze cents, et écrivit au bacha la lettre suivante:

Lettre du Grand-Seigneur au bacha de Bender.

« Le but de cette lettre impériale est pour vous faire

1. Qüi soiST, dans le sens de qui [ espèces évaluées sur un pied avanta-

font, geux à celui qui reçoit. (Acad.)

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