‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 22 sur 285 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lîtats. Après sa mort, la Suède fut déchirée par des guerres civiles ; elle secoua le joug des Danois, elle le reprit; elle eut des rois^ elle eut des administrateurs ^ Deux I3rans l’opprimèrent d’une manière horrible versl’an 1520: Pun était Ghristiern II, roi de Danemark^, monstre formé de vices sans aucune vertu ; l’autre, un archevêque d’Upsai^, primat du royaume, aussi barbare que Ghristiern. Tous deux de concert firent saisir un jour les consuls, les magistrats de Stockholm, avec quatre-vingt-quatorze sénateurs, et les firent massacrer par des bourreaux, sous prétexte qu’ils étaient excommuniés par le pape, pour avoir défendu les droits de l’Etat contre l’archevêque.

Tandis que ces deux hommes, ligués pour opprimer, désunis quand il fallait partager les dépouilles, exerçaient ce que le despotisme a de plus tyrannique et ce que la vengeance a de plus cruel, un nouvel événement changea la face du Nord.

Gustave Vasa^, jeune homme descendu des anciens rois du pays, sortit du fond des forêts de la Dalécarlie où il était caché, et vint délivrer la Suède. G’était une de ces grandes âmes que la nature forme si rarement, avec toutes les qualités nécessaires pour commander aux hommes. Sa taille avantageuse et son grand air lui faisaient des partisans dès qu’il se montrait. Son éloquence, à qui sa bonne mine donnait de la force, était d’autant plus persuasive qu’elle était sans art : son génie ^ formait de ces

1. Ces administrateurs ou régents furent Sténon - Sture ( 1470-15ü3 ) ; Svantc-Sture ( 1503-1512 ); Sténon- Sture II (1512-1520).

2. Ghristiern ou Christian a été surnommé le Cruel ou le Tyran par les Suédois et les Danois eux-mêmes ; il fut secondé par Gustave Trolle, arche vêque d’Upsal.

3. üpsal, au nord-ouest de Stockholm, célèbre par son antiquité, son archevêché et son université; on conserve dans sa riche bibliothèque la traduction en langue gothique d’une partie de la Bible, faite au iv® siècle par levcquc Clphilas.

4. Gustave Eriksson, surnommé Wasa (de la fascine, loase^ qui se trouvait dans scs armes), a été le roi le plus po- i

pulaire de la Suède; il naquit le 12 mai 1496; sa famille était l’une des plus nobles du pays ; elle avait donné souvent des membres au sénat, mais aucun des ancêtres de Gustave n’avait été roi.

5. Le mot génie , dans Voltaire et chez les écrivains du xvii® siècle, a le sens du mot latin ingenium, et signifie esprit, intelligence, nature, caractère.

Ex. : Les ambassadeurs le prirent pour un génie médiocre. — Les dragons, milice très-convenable au génie des Moscovites. — Charles prolongea la conférence pour mieux sonder le génie du jeune député, etc. On connaît le vers de Boileau :

Dans son génie étroit il est toujou.s [captif.

1 C’est seulement de nos jours que le mot

entreprises que le vulgaire croit téméraires^ et qui ne sont que hardies aux yeux des grands hommes ; son courage infatigable les faisait réussir. Il était intrépide avec prudence, d’un naturel doux dans un siècle féroce, vertueux enfin^ à ce que l’on dit, autant qu’un chef de parti peut lêtre.

Gustave Vasa avait été otage de Ghristiern, et retenu ^ prisonnier contre le droit des gens Echappé de sa prison, il avait erré, déguisé en paysan, dans les montagnes et dans les bois de la Dalécarlie^. Là, il s’était vu réduit à la nécessité de travailler aux mines de cuivre, pour vivre et pour se cacher^. Enseveli dans ces souterrains, il osa songer à détrôner le tyran. Il se découvrit aux paysans ; il leur parut un homme d’une nature supérieure, pour qui les hommes ordinaires croient sentir une soumission naturelle. Il fit en peu de temps de ces sauvages des soldats aguerris. Il attaqua Ghristiern et l’archevêque, les vainquit souvent, les chassa tous deux de la Suède, et fut élu avec justice, par les états, roi du pays dont il était le libérateur.

A peine affermi sur le trône, il tenta une entreprise plus difficile que des conquêtes. Les véritables tyrans de l’Etat étaient les évêques, qui, ayant presque toutes les richesses de la Suède, s’en servaient pour opprimer le? sujets et pour faire la guerre aux rois. Gette puissance était d’autant plus terrible, que l’ignorance des peuples l’avait rendue sacrée. Il punit la religion catholique des attentats de ses ministres. En moins de deux ans, il rendit la Suède luthérienne, par la supériorité de sa poli-

génie a signifié une faculté supérieure, créatrice, privilège de quelques hommes.

1. Il était retenu au château de Kalloe, en Jutland, sous la garde d’un de ses parents.

2. Gent^ au singulier, signifie nation, race, dans la poésie familière; au pluriel, il n’est usité avec ce sens, que dans cette locution, le droit des genSy le droit des nations.

3. La Dalécarlie ou vallée de la Dal, aujourd’hui gouvernement de Stora- Kopparberg, dans la Suède proprement dite, est un pays montagneux, riche en

mines de fer et de cuivre; c’est dans les environs de Falun, le chef-lieu, que sont les mines de cuivre les plus considérables. Les rudes Dalécarliens dilléraient des autres Suédois par le langage, les vêtements et les mœurs; ils obéissaient à des chefs élus par eux.

4. Il battit le blé dans les granges et coupa le bois pour les mines; un grenier où il travailla est encore entretenu comme un monument national; on conserve précieusement un grand nombre d’objets qui lui ont appartenu, et on montre tous les endroits où il se cacha.

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