‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 224 sur 285 · Leurs correspondances , c’est à · texte numérisé non relu

Leurs correspondances , c’est à

raient celle somme : le général suédois répondit qu’il fallait la donner sur Theure, ou qu’on allait embraser Alloua sans délai.

Ses troupes étaient dans le faubourg, le flambeau à la main : une faible porte de bois et un fossé déjà comblé étaient les seules défenses des Altonais. Ces malheureux furent obligés de quitter leurs maisons avec précipilalion au milieu de la nuit : c’était le 9 janvier 1713; il faisait un froid rigoureux^ augmenté par un vent de nord violent, qui servit à étendre l’embrasement avec plus de promptitude dans la ville, et à rendre plus insupportables les extrémités où le peuple fut réduit dans la campagne. Les hommes, les femmes, courbés sous le fardeau des meubles qu’ils emportaient, se réfugièrent, en pleurant et en poussant des hurlements, sur les coteaux voisins, qui étaient couverts de glace. On voyait plusieurs jeunes gens qui portaient sur leurs épaules des vieillards paralytiques. Quelques femmes nouvellement accouchées emportèrent leurs enfants, et moururent de froid avec eux sur la colline, en regardant de loin les flammes qui consumaient leur patrie. Tous les habitants n’étaient pas encore sortis de la ville lorsque les Suédois y mirent le feu. Alloua brûla depuis minuit jusqu’à dix heures du matin. Presque toutes les maisons étaient de bois : tout fut consumé ; et il ne parut pas le lendemain qu’il y eût eu une ville en cet endroit.

Les vieillards, les malades et les femmes les plus délicates, réfugiés dans les glaces pendant que leurs maisons étaient ^n feu, se traînèrent aux portes de Hambourg, et supplièrent qu’on leur ouvrît et qu’on leur sauvât la vie ^ ; mais on refusa de les recevoir, parce qu’il régnait dans Altona quelques maladies contagieuses; elles Hambourgeois n’aimaient pas assez les Altonais pour s’exposer, en les recueillant, à infecter leur propre ville. Ainsi, la plu-

dire les maisons de commerce avec lesquelles ils correspondaient,

1. Voltaire, dans les premières éditions de son ouvrage, avait accusé les habitants de Hambourg, de jalousie et

d’inhumanité cruelle ; il modifia plus tard ce passage, pour les motifs exposés dans sa lettre aux auteurs de la Bibliothèque raisonnée. — Voir cette lettre, page X*

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part de res mis/^rahles^ expirèrent sons les murs de TTambonrp:, en prenant le ciel h témoin de la barbarie des Suédois, et de celle des TTamboiirgeois, qui ne paraissait pas moins inhumaine.

Toute TAllemagne cria contre cette violence : les ministres et les généraux de Pologne et de Danemark écrivirent au comte de Steinbock pour lui reprocher une cruauté si grande, qui, faite sans nécessité et demeurant sans excuse, soulevait contre lui le ciel et la terre.

Steinbock répondit « qu’il ne s’était porté à ces extré- » mités que pour apprendre aux ennemis du roi son maî- )) tre à ne plus faire une guerre de barbares et à respecter » le droit des gens ; qu’ils avaient rempli la Poméranie » de leurs cruautés, dévasté celte belle province, et vendu » près de cent mille habitants aux Turcs ; que les flam- » beaux qui avaient mis Altona en cendres étaient les re- » présailles des boulets rouges par qui Stade avait été )) consumée »

C’était avec cette fureur que les Suédois et leurs ennemis se faisaient la guerre. Si Charles XII avait paru alors dans la Poméranie, il est à croire qu’il eût pu retrouver sa première fortune. Ses armées, quoique éloignées de sa présence, étaient encore animées de son esprit ; mais l’ab sence du chef est toujours dangereuse aux affaires et empêche qu’on ne profite des victoires. Steinbock perdit par les détails ^ ce qu’il avait gagné par des actions signalées. qui en un autre temps auraient été décisives.

Tout vainqueur qu’il était, il ne put empêcher les Moscovites, les Saxons et les Danois de se réunir. On lui en-

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