Le 27 avril
5. Les historiens de l’Empire Ottoman ne diseut pas que la place de vizir resta vacante pendant six mois, ce qui est peu vraisemblable. Selon M.‘ de Hammer, le gendre du sultan. Ali, dans l’intérêt de sa conservation, se chargea du gouvernement, qui jusqu’alors lui avait paru un trop pesant fardeau.
6. D’autant mieux que le nouveau vizir s’empressa de signer une paix déünitive avec la Russie, à Andrinoplî.
LIVRK SEPTIÈME,
Coiimourgi, d’autant mieux qiPil en avait été servi, quand les intérêts de ce favori s’accordaient avec les siens.
Il avait été onze mois à Démotica, enseveli dans Pinaction et dans Poubli; cette oisiveté extrême, succédant tout c\ coup aux plus violents exercices, lui avait donné enfin la maladie qu’il feignait È On le croyait mort dans toute PEurope. Le conseil de régence qu’il avait établi à Stockholm, quand il partit de sa capitale, n’entendait plus parler de lui. Le sénat vint en corps supplier la princesse U.rique-Éléonore, sœur du roi, de se charger de la régence pendant celte longue absence de son frère : elle l’accepta; mais quand elle vit que le sénat voulait l’obliger à faire la paix avec le czar et le roi de Danemark, qui attaquaient la Suède de tous côtés, cette princesse, jugeant bien que son frère ne ratifierait jamais la paix, se démit de la régence, etenvoyaenTurquieunlongdétailde cette affaire
Le roi reçut le paquet ^ de sa sœurà Démotica. Le despotisme qu’il avait sucé en naissant lui faisait oublier qu’autrefois la Suède avait été libre, et que le sénat gouvernait anciennement le royaume conjointement avec les rois. 11 ne regardait ce corps que comme une troupe de domestiques qui voulaient commander dans la maison en l’absence du maître : il leur écrivit que, s’ils prétendaient gouverner, il leur enverrait une de ses bottes^, et que ce serait d’elle dont il faudrait^ qu’ils prissent les ordres.
Pour prévenir donc ces prétendus attentats en Suède contre son autorité, et pour défendre enfin son pays, n’espérant plus rien de la Porte Ottomane et ne comptant plus
1. Charles resta quarante-trois semaines au lit, d’abord par entêtement, eU'Uite parce qu’il fut saisi d’une fièvre qui dura plusieurs mois.
2. Le sénat envoya vers le roi le comte Liewen, homme honnête, intelligent et courageux, qui osa lui dire la vérité sans détour, lui plut par ses plaisanteries spirituelles et lui fit comprendre que, s’il ne revenait pas, le peuple était j disposé à nommer un régent.
3. Paquet se prend quelquefois pour toutes les lettres et les dépêches que porte un couirier.
4. Nous avons vu (note 3 de la page 183) qu on place à une autre époque cette boutade de Charles XII.
5. C’est une faute de français ; un verbe, un nom ne peut avoir à la fois deux régimes directs ou deux régimes indirects, exprimant le même rapport ; Boileau a dit : « C’est à vous, mon esprit, à qui je veux parler, » au lieu
I de : c’est à vous, que je veux parler. De même ici, il serait convenable d’écrire : que ce serait d’elle qu’il faudrait, ou que ce serait elle dont il faudrait.
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que sur lui seul, il fit signifier au grand-vizir qu’il souhaitait partir, et s’en retourner par l’Allemagne.
]\1 . Débaleurs, ambassadeur de France, qui s’était chargé des affaires de la Suède, fit la demande de sa part. « Hé )> bienl dit le vizir au comte Désaleurs, n’avais-je pas » bien dit que l’année ne se passerait pas sans que le roi )) de Suède demandât à partir? Dites lui qu’il est à son )) choix de s’en aller ou de demeurer; mais qu’il se )) détermine bien, et qu’il fixe le jour de son départ, afin )) qu’il ne nous jette pas une seconde fois dans l’embarras » de Bender. d
Le comte Désaleurs adoucit au roi la dureté de ces paroles. Le jour fut choisi ; mais Charles, avant que de quitter la Turquie, voulut étaler la pompe d’un grand roi, quoique dans la misère d’un fugitif. 11 donna à Grothùsen le litre d’ambassadeur extraordinaire, et l’envoya prendre congé dans les formes à Constantinople, suivi de quatre-vingts personnes, toutes superbement vêtues. Les ressorts secrets, qu’il fallut faire jouer pour amasser de quoi fournir à celte dépense, étaient plus humiliants ^ que l’ambassade n’était pompeuse.
M. Désaleurs prêta au roi quarante mille écus; Grothusen avait des agents à Constantinople qui empruntaient en son nom, à cinquante pour cent d’intérêt, mille écus d’un juif, deux cents pistoles d’un marchand anglais 2, mille francs d’un Turc.
On amassa ainsi de quoi jouer en présence du divan la brillante comédie de l’ambassade suédoise. Grothùsen reçut à Constantinople tous les honneurs que la Porte fait aux ambassadeurs extraordinaires des rois le jour de leur audience. Le but de tout ce fracas était d’obtenir de
1. Des ressorts peuvent-ils être humiliants ? N’y a-t-il pas là quelque négligence ?
2. Voltaire se moque de La Motraye qui, dans ses Remarques critiques, avait signalé ici une inexactitude : « Tout » lecteur judicieux, écrit-il, verra que » l’histoire du payement du sieur Tho- » mas Cooke ne devait pas tenir deux ■ pages dans l’histûire de Charles XII.»
I Ici, comme dans beaucoup d’autres circonstances. Voltaire échappait, par un trait d’esprit, aux reproches de ses I critiques ; il ne fallait pas deux pages i sans doute pour dire que les frères Cooke avaient prêté cent mille écus à Charles XII, mais il fallait peut-être deux pages pour prouver à Voltaire I qu’il s’était trompé*
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Targont du grand-vizir; mais ce ministre fut inexorable.
Grothusen proposa d’emprunter un million de la Porte. Le vizir répliqua sèchement que son maître savait donner quand il voulait, et qu’il était au-dessous de sa dignité de prêter; qu’on fournirait au roi abondamment ce qui était nécessaire pour son voyage, d’une manière digne de celui qui le renvoyait; que peut-être môme la Porte lui ferait quelque présent en or non monnayé, mais qu’on n’y devait pas compter.
Enfin, le l®"' octobre 17 U, le roi de Suède se mit en roule pour quitter la Turquie. Un capigi hacha ^ avec six chiaoux le vinrent prendre au château de Démirtash, où ce prince demeurait depuis quelques jours : il lui présenta, de la part du Grand-Seigneur, une large tente d’écarlate brodée d’or, un sabre avec une poignée garnie de pierreries, et huit chevaux arabes d’une beauté parfaite, avec des selles superbes, dont les étriers étaient d’argent massif. Il n’est pas indigne de l’histoire de dire qu’un écuyer arabe, qui avait soin de ces chevaux, donna au roi leur généalogie; c’est un usage établi depuis longtemps chez ces peuples, qui semblent faire beaucoup plus d’attention à la noblesse des chevaux qu’à celle des hommes; ce qui peut-être n’est pas si déraisonnable, puisque, chez les animaux, les races dont on a soin, et qui sont sans mélange, ne dégénèrent jamais
Soixante chariots chargés de toutes sortes de provisions, et trois cents chevaux, formaient le convoi. Le capigi bacha, sachant que plusieurs Turcs avaient prêté de l’argent aux gens de la suite du roi à un gros intérêt, lui dit que, l’usure étant contraire à la loi mahomélane, il suppliait Sa Majesté de liquider ^ toutes ses dettes, et
1. Les kapoudjis sont les portiers ou huissiers du sérail ; ils sont au nombre de 400, commandés par quatre capitaines et un chef, le kapoudji-bachi ; ceux-ci introduisent les ambassadeurs, et annoncent aux pachas, aux vizirs, les volontés du maître, qu’ils font aussi exécuter.
2. « Les Arabes attachent une telle importance à la pureté de leurs chevaux
nobles, appelés kochlané, que la filiation en est toujours constatée par des actes authentiques. Ils font remonter à près de deux mille ans la généalogie connue de plusieurs de ces beaux animaux, et il en est dont la lignée peut être démontrée pendant une série de quatre siècles par des preuves écrites. » (M. Milne-Edwards.)