LIVRE HUITIÈME
mer et sur terre, et ayant aille à les chasser de la Pologne, y dominait à son tour. Il s’était rendu médiateur entre la république et Auguste; gloire aussi flatteuse peut-etre que d’y avoir (ait un roi. Cet éclat et toute la fortune de Charles avaient passé au czar; il en jouissait même plus utilement que n’avait fait son rival, car il faisait servir tous ses succès à l’avantage de son pays. S’il prenait une ville, les principaux artisans allaient portera Pétersbourg li iir industrie : il transportait en Moscovie les manufactures, les arts, les sciences des provinces conquises sur la Suède : ses États s’enrichissaient par ses victoires; ce qui de tons les conquérants le rendait le plus excusable.
La Suède, au contraire, privée de presque toutes ses provinces au delà de la mer, n’avait plus ni commerce, ni argent ni crédit. Ses vieilles troupes, si redoutables, avaieat péri dans les batailles ou de misère. Plus de cent mille Suédois étaient esclaves dans les vastes États du czar, et presque autant avaient été vendus aux Turcs et aux Tarlares. L’espèce d’hommes ^ manquait sensiblement; mais l’espérance renaquit dès qu’on sut le roi à Stralsund.
Les impressions de respect et d’admiration pour lui étaient encore si fortes dans l’esprit de ses sujets, que la jeunesse des campagnes se présenta en foule pour s’enrôler, quoique les terres n’eussent pas assez de mains pour les cultiver.