En philosophe. — Voir la note 4 de la page
UVRE HUITIÈMK.
nière nouvelle, et qui ne se laissait conduire en rien par la coutume; il destina le chevalier de Folard à être un des instruments dont il voulait se servir dans la descente projetée en Écosse. Ce gentilhomme exécuta en France les ordres secrets du baron de Gôrlz. Beaucoup d’officiers français, uii plus grand nombre d’Irlandais, entrèrent dans cette conjuration d’une espèce nouvelle, qui se tramait en même temps en Anglelerre, en France, en Moscovie, et dont les branches s’étendaient secrètement d’un bout de l’Europe à l’autre.
Ces préparatifs étaient encore peu de chose pour le baron de Gôrtz ; mais c’était beaucoup d’avoir commencé. Le point le plus important, et sans lequel rien ne pouvait réussir, était d’achever la paix entre le czar et Charles; il restait beaucoup de difficultés à aplanir. Le baron Osterman ministre d’État en Moscovie, ne s’était point laissé entraîner d’abord aux vues de Gôrtz; il était aussi circonspect que le ministre de Charles était entreprenant. Sa politique lente et mesurée voulait laisser tout mûrir; le génie impatient de l’autre prétendait recueillir immédiatement après avoir semé. Osterman craignait que l’empereur son maître, ébloui par l’éclat de cette entreprise, n’accordât à la Suède une paix trop avantageuse : il retardait par ses longueurs et par ses obstacles la conclusion de cette affaire.
Heureusement pour le baron de Gôrtz, le czar lui-même vint en Hollande au commencement de 1717. Son dessein était de passer ensuite en France : il lui manquait d’avoir vu cette nation célèbre, qui est depuis plus de cent ans censurée, enviée et imitée par tous ses voisins; il voulait y satisfaire sa curiosité insatiable de voir et d’apprendre, et exercer en même temps sa politique.
Gôrtz vit deux fois à la Haie cet empereur il avança
1. Ostermann (André, comte d’), du comté de la Marck, en Allemagne, Fun des conseillers de Pierre, fut exilé en Sibérie, sous Élisabeth, et y mourut en 1747.
2. Voltaire, dans son histoire de Russie, dit au contraire que le tzar ne vit point Gôrtz ; il aurait donné trop d’om-
brage aux États généraux, ses amis, attachés au roi d’Angleterre ; mais il n’est pas impossible, comme plusieurs le pensent, que le tzar ait alors vu le baron de Gôrtz, et Geyer dit même qu’après une entrevue Pierre promit de s’abstenir de toute hostilité pendant trois mois.
plus dans ces deux conférences qu’il n’eût fait en six mois avec des plénipotentiaires. Tout prenait un tour favorable : ses grands desseins paraissaient couverts d’un secret impénétrable : il se flattait que l’Europe ne les apprendrait que par l’exécution. 11 ne parlait cependant à la Haie que de paix : il disait hautement qu’il voulait regarder le roi d’Angleterre comme le pacificateur du Nord ; il pressait même en apparence la tenue d’un congrès à Brunswick, où les intérêts de la Suède et de ses ennemis devaient être décidés à l’amiable.
Le premier qui découvrit ces intrigues fut le duc d’Orléans, régent de France ^ ; il avait des espions dans toute l’Europe. Ce genre d’hommes, dont le métier est de vendre le secret de Leurs amis, et qui subsiste de délations, et souvent même de calomnies, s’était tellement multiplié en France sous son gouvernement, que la moitié de la nation était devenue l’espion de l’autre. Le duc d’Orléans, lié avec le roi d’Angleterre par des engagements personnels, lui découvrit les menées qui se tramaient contre lui
Dans le même temps, les Hollandais, qui prenaient des ombrages ^ de la conduite de Gôrtz, communiquèrent leurs soupçons au ministre anglais. Gôrtz et Gyllenborg poursuivaient leurs desseins avec chaleur, lorsqu’ils furent arrêtés tous deux, l’un à Deventer en Gueldre, et l’autre à Londres
Comme Gyllenborg, ambassadeur de Suède, avait violé le droit des gens en conspirant contre le prince auprès du-
1. Le duc d’Orléans, depuis la régence, s’était rapproché de Georges 1er, pour maintenir les conventions d’ütrecht, et surtout pour se défendre contre la haine ambitieuse de Philippe V et les projets d’Albéroni. Dubois, qui commençait à diriger les affaires étrangères, et que le roi d’Angleterre devait payer de ses services par une pension, fut le principal instigateur de cette alliance entre Georges et le régent.
2. Les intrigues de Gortz, comme celles d’Albéroni et de ses agents, étaient fort peu cachées ; puis, comme le raconte Voltaire lui-même (Histoire de Russiej) un paquebot suédois, qui por-
tait des lettres en Hollande, ayant été forcé par la tempête de relâcher en Norvège, les lettres furent prises. On trouva dans celles de Gôrtz et de quelques ministres de quoi ouvrir les yeux sur la révolution qui se tramait. La cour de Danemark communiqua les lettres à celle d’Angleterre.
3. On se sert plus souvent du singulier, prendre de l’ombrage^ c’est-à-dire concevoir de la défiance.
4. Le gouvernement anglais demanda l’arrestation de Gôrtz, en vertu des traités qui liaient l’Angleterre et les États généraux ; il fut arreté à Arnheim (Voltaire, Histoire de MussieJ,
TJVnE ITIHTIÊME.
quel il était envoyé, on viola sans scrupule le même droit en sa personne. Mais on s’étonna que les États-Généraux, par une complaisance inouïe pour le roi d’Angleterre, missent en prison le baron de Gôrtz. Tls chargèrent même le comte de Welderen de l’interroger*. Cette formalité ne fut qu’un outrage de plus, lequel, devenant inutile, ne tourna qu’à leur confusion. Gôrtz demanda au comte de Welderen s’il était connu de lui. « — Oui, monsieur, ré- » pondit le Hollandais. — Eh bien I dit le baron de Gôrtz, » si vous me connaissez, vous devez savoir que je ne dis )) que ce que je veux. » L’interrogatoire ne fut guère poussé plus loin : tous les ambassadeurs, mais particulièrement le marquis de Monte'éon, ministre d’Espagne en Angleterre, protestèrent contre l’attentat commis envers la personne de Gôrtz et de Gyllenborg. Les Hollandais étaient sans excuse : ils avaient non-seulement violé un droit sacré en arrêtant le premier ministre du roi de Suède, qui n’avait rien machiné contre eux; mais ils agissaient directement contre les principes de cette liberté précieuse qui a attiré chez eux tant d’étrangers, et qui a été le fondement de leur grandeur.
A l’égard du roi d’Angleterre il n’avait rien fait que de juste en arrêtant prisonnier ^ un ennemi. Il fît, pour sa justification, imprimer les lettres du baron de Gôrtz et du comte de Gyllenborg, trouvées dans les papiers du
1 . Saint-Simon dit que Heinsius eut le crédit de faire arrêter par les États généraux le baron de Gôrtz et le frère de Gyllemborg. Il ajoute que le premier répondit, quand il fut interrogé, « qu’il » avait dressé un projet, approuvé par » le roi son maître, pour faire la guerre
• au roi d’Angleterre, son ennemi dé- » couvert, mais une bonne guerre sans . trahison ; qu’à son égard, il n’avait à . répondre qu’au roi de Suède. Une . flotte de charbon venant d’Ecosse ef- . fraya Londres ; le bruit s’y répandit . qu’on voyait trente vaisseaux du roi ^ de Suède; rien n’était encore préparé . pour s’opposer à une descente, et l’a- » larme fut grande jusqu’à ce qu’on eût
• bien reconnu que ce n’était que des i charbonniers. »