‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 268 sur 285 · Tous les chemins de lu Suède · texte numérisé non relu

Tous les chemins de lu Suède

c’est-à-dire qui conduisaient en Suède,

3. PocR EN EXCLURE. — Si l’on peut dire faire tomber la couronne sur la tête, il est difficile d’admettre qu’on puisse écrire, exclure de la couronne,

4. Sa vie privée et unie, c’est-àdlrc sa vie intérieure et ordinaire, lors-

j qu’il n’agissait pas en rui, en homme public.

hommes, cl jusqu’ici le seul de tous les rois, qui ail vécu sans faiblesse; il a porté toutes les vertus des héros h un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Sa fermeté, devenue opiniâtreté, lit ses malheurs dans rukraine, et le retint cinq ans en Turquie; sa libéralité, dégénérant en profusion, a ruiné la Suède ; son courage, poussé jusqu’à la témérité, a causé sa mort; sa justice a été quelquefois jusqu’à la cruauté, et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre prince, ont fait le malheur de son pays. Il n’attaqua jamais personne; mais il ne fut pas aussi prudent qu’implacable dans ses vengeances. Il a été le premier qui ait eu l’âmbitjpn d’être conquérant sans avoir l’envie d’agrandir ses États; il voulait gagner des empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la. guerre et pour la vengeance, l’empêcha d’être bon politique, qualité sans laquelle on n’a jamais vu de conquérant. Avant la bataille et après la victoire, il n’avait que de la modestie; après la défaite, que de la fermeté : dur pour les autres comme pour luimême, comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne ; homme unique plutôt que grand homme ; admirable ^ plutôt qu’à imiter. Sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire

Charles XII était d’une taille avantageuse et noble; il avait un très-beau front, de grands yeux bleus remplis de douceur, un nez bien formé, mais le bas du visage désagréable, trop souvent défiguré par un rire fréquent qui ne partait que des lèvres, presque point de barbe ni de che-

1. Admirable, c’est-à-dire étonnant ; voir la note 1 de la page 230.

2. Ajoutons quelques mots, empruntés au portrait que Lémontey a donné de Charles XII, d’après les documents les plus authentiques : « Il a une mémoire » extraordinaire, beaucoup de présence » d’esprit et de pénétration, d’éloquence » même, quoiqu’il parle très-peu ; d’un » accès libr« à tout le monde ; in\iola-

» ble dans ses promesses, inflexible dans » ses résolutions ; inaccessible à ce qu’on » appelle la politique du temps, mais » méfiant au dernier point ; d’une dissi- » mulation impénétrable ; regardant tout » le monde d’un œil égal et gracieux, » quoiqu’il n’aime ni n’estime véritable- » ment personne ; insensible à la mi- » sère de ses sujets, etc. » (Pièces justificatixes de l’Histoire de la Régence.)

veux. Il parlait très-peu, et ne répondait souvent que par ce rire dont il avait pris l’habitude. On observait à sa table un silence profond. Il avait conservé, dans l’inflexibilité de son caractère, cettetimiditéqu'on nomme mauvaise honte. Il eût été embarrassé dans une conversation, parce que, s’étant donné tout entier aux travaux et à la guerre, il n’avait jamais connu la société. Il n'avait lu, jusqu’à son loisir chez les Turcs, que les Commentaires de César et V Histoire d'Alexandre ; mais il avait écrit quelques réflexions sur la guerre, et sur ses campagnes depuis 1700 jusqu’à 1709. Il l’avoua au chevalier de Folard, et lui dit que ce manuscrit avait été perdu à la malheureuse journée de Pultava. Quelques personnes ont voulu faire passer ce prince pour un bon mathématicien ; il avait sans doute beaucoup de pénétration dans l’esprit ; mais la preuve que l’on donne de ses connaissances en mathématiques n’est pas bien concluante: il voulait changer la manière de compter par dizaine, et il proposait à la place le nombre soixante-quatre, parce que ce nombre contenait à la fois un cube et un carré, et qu’étant divisé par deux, il était enfin réductible à l’unité. Cette idée prouvait seulement qu’il aimait en tout l’extraordinaire et le difficile.

A l’égard de sa religion, quoique les sentiments d’un prince ne doivent pas influer sur les autres hommes, et que l’opinion d’un monarque aussi peu instruit que Charles ne soit d’aucun poids dans ces matières, cependant il faut satisfaire sur ce point comme sur le reste la curiosité des hommes qui ont eu les yeux ouverts sur tout ce qui regarde ce prince. Je sais de celui qui m’a confié les principaux mémoires de cette histoire que Charles XII fut luthérien de bonne foi jusqu’à l’année 1707. Il vit alors à Leipsick le fameux philosophe M. Leibnitz 2, qui pensait et parlait librement et qui avait déjà inspiré ses senti-

1. Les principaux mémoires de cette histoire, c’est-à-dire avec lesquels cette histoire a été composée.

2. Leibnitz (Godefroi-Guillaume), né à Leipzig en 1646, mort à Hanovre en 1716, a été l’un des plus grands philosophes des temps modernes. Ses écrits

sont aussi variés que nombreux ; « il est peut-être de tous les penseurs celui qui a remué le plus d’idées, et médité le plus profondément sur la mission et la destinée du genre humain. » (F. Hœfer.)

3. Librement... ses sentiments libres... Voltaire veut dire sans doute

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