LIVRE PREMIER
dans le besoin de Ions les arts, et dans Pinsensibilité de ces besoins qui éloufïait toute industrie. Une ancienne loi, sacrée parmi eu.x, leur défendait, sous peine de mort, de sortir de leur pays^ sans la permission de leur patriarche Cette loi, faite pour leur ôter les occasions de connaître leur joug, plaisait à une nation qui, dans Pabîme de son ignorance et de sa misère, dédaignait tout commerce^ avec les nations étrangères.
L'ère ^ des Moscovites commençait à la création du monde; ils comptaient 7207 ans au commencement du siècle passé sans pouvoir rendre raison de cette date. Le premier jour de leur année revenait au 13 de notre mois de septembre. Ils alléguaient, pour raison de cet établissement, qu’il était vraisemblable que Dieu avait créé le monde en automne, dans la saison où les fruits de la terre sont dans leur maturité. Ainsi, les seules apparences de connaissances qu’ils eussent, étaient des erreurs grossières : personne ne se doutait parmi eux que l’automne de Moscovie pût être le printemps d’un autre pays dans les climats opposés. Il n’y avait pas longtemps que le peuple avait voulu brûler à Moscou le secrétaire d’un ambassadeur de Perse, qui avait prédit une éclipse de soleil. Ils ignoraient jusqu’à l’usage des chiffres ; ils se servaient, pour leurs calculs, de petites boules enfilées dans des fils d’archal^. Il n’y avait pas d’autre manière de compter dans tous les bureaux de recettes et dans le trésor du czar.
Leur religion'^ était et est encore celle des chrétiens
1. Les étrangers eux-mêmes, une fois entrés en Russie, n’avaient plus la liberté d’en sortir, et n’obtenaient que dilTicilement le libre exercice de leur religion.
2. Patriarche. Ce titre, qui se donnait autrefois aux évêques des premiers sièges épiscopaux, est celui des chefs de l’Église grecque.
3. Commerce. Non-seulement échange de marchandises, mdS?, communicaiions , relations; c(mimc en latin, commercium : Interdiccrc patribus commcrcio plcbis; interdire au sénat tout rapport avec les plébéiens. Tive-Live.
4. Une ère est une époque choisie pour point de départ de la succession
des événements ; l’ère de la création se rait la plus naturelle , si l’on pouvait savoir d'une manière précise l’époque du commencement du monde.
b. Le siècle passé. C’est le xviie siècle pour Voltaire qui écrivait au xyiii*^ ; il commence avec l’année 1001.
G. Fils d’arciial. — Ce sont des fils de laiton ou de cuivre; le mot archal vient de aurichalcum. Fergusson, bon géomètre écossais , introduisit alors l’arithmétique dans les bureaux de Russie.
7. L’Église grecque schismatique nie la suprématie du pape, le dogme qui fait procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils, le purgatoire, etc. Elle n’admet
grecs, mais mêlée desuperslitions, auxquelles ils étaient d’autant plus fortement attachés qu’elles étaient plus extravagantes^ et que le joug en était plus gênant. Peu de Moscovites osaient manger du pigeon, parce que le Saint- Esprit est peint en forme de colombe. Ils observaient régulièrement quatre carêmes par an; et, dans ces temps il’abstinence, ils n’osaient se nourrir ni d’œufs ni de lait. Dieu et saint Nicolas ^ étaient les objets de leur culte, et immédiatement après eux, le czaret le patriarche. L’autorité de ce dernier était sans bornes, comme leur ignorance. Il rendait des arrêts de mort, et infligeait les supplices les plus cruels, sans qu’on pût appeler de son tribunal. Il se promenait à cheval deux fois l’an, suivi de tout son clergé en cérémonie : le czar, à pied, tenait la bride du cheval ; et le peuple se prosternait dans les rues comme les Tartares devant leur grand lama La confession était pratiquée ; mais ce n’était que dans le cas des plus grands crimes : alors l’absolution leur paraissait nécessaire, mais non le repentir. Ils se croyaient purs devant Dieu avec la bénédiction de leurs papas Ainsi ils passaient sans remords de la confession au vol et à l’homicide; et ce qui est.un frein pour d’autres chrétiens était chez eux un encouragement à l’iniquité. Ils faisaient scrupule^ de boire du lait un jour de jeûne; mais les pères de famille, les prêtres, les femmes, les filles, s’enivraient d’eau-de-vie
que les huit premiers conciles généraux, | et permet d’ordonner prêtres des clercs mariés, etc. Enfin, disent les théologiens, j elle diffère de l’Église catholique sur , quarante-un points. Mais la cause pre- ! mière du schisme, c’est la répugnance ' involontaire, instinctive, des Orientaux et des Slaves pour la civilisation latine. Le schisme commença en 808, sous le patriarche Photius, et fut consommé en 1053. L’Église grecque s’étend sur la Grèce , les îles Ioniennes, la Turquie j d’Europe et d’Asie, la Russie ; le chef est le patriarche de Constantinople; les Russes, en 1588, eurent un patriarche distinct à Moscou. Pierre l®*” le remlaça par le saint synode, dont les memres lui étaient complètement soumis.
La religion grecque s’introduisit en Russie, sous le règne de Vladimir le Grand, vers la fin du x® siècle.
1. Saint Nicolas, évêque de Myre en Lycie, vivait au ive siècle ; il est surtout honoré en Orient ; c’est le patron de la Russie; 011 le fête le 6 décembre.
2. Grand lama ou dalaï lama. C’est le chef du bouddhisme chez les Tartares, ou plutôt leur Dieu vivant; il réside près de H’iassa, dans le Thibet, toujours renfermé dans son temple et environné de ses prêtres ou lamas. Ils persuadent aux peuples qu’il ne meurt jamais; et, quand il est sur le point de mourir, on lui substitue adroitement un homme qui lui ressemble.