LIVRE SECOND
mer leurs portes au vainqueur; il les fit rompre. La garnison n’osa tirer un seul coup ; on la chassa à coups de fouet et de canne jusque dans le château, où le roi entra avec elle. Un seul officier d’artillerie osant se préparer h mettre le feu au canon, Charles court à lui, et lui arrache la mèche : le commandant se jette aux genoux du roi. Trois régiments suédois furent logés à discrétion chez les citoyens, et la ville taxée à une contribution de cent mille rixdales. Le comte de Steinbock, fait gouverneur de la ville, ayant ouï dire qu’on avait caché des trésors dans les tombeaux des rois de Pologne, qui sont à Gracoviedans l’église Saint-Nicolas, les fit ouvrir ^ : on n’y trouva que des ornements d’or et d’argent qui appartenaient aux églises; on en prit une partie, et Charles XII envoya même un calice d’or à une église de Suède; ce qui aurait soulevé contre lui les Polonais catholiques, si quelque chose avait pu prévaloir contre la terreur de ses armes Il sortait de Cracovie, bien résolu de poursuivre le roi Auguste sans relâche. A quelques milles de la ville, son cheval s’abattit et lui fracassa la cuisse. Il fallut le reporter à Cracovie, où il demeura au lit six semaines entre les mains des chirurgiens. Cet accident donna â Auguste leloisirde respirer. Il fit aussitôt répandre ^dans la Pologne et dans l’Empire que Charles XII était mort de sa chute. Cette fausse nouvelle, crue quelque temps, jetatous les esprits dans l’étonnement et dans l’incertitude 'h Dans
1. La cathédrale, brûlée et rebâtie plusieurs fois, a reçu dans ses caveaux les dépouilles mortelles des rois ; les monuments funèbres des princes et des grands hommes ornent les seize chapelles latérales; les tombeaux de Sobieski,de Kosciuszko et de Poniatowski sont dans un souterrain, à Ventrée de la chapelle où est inhumé Vladislas Jagellon.
2. Au reste, le séjour des Suédois était à charge au pays; ils exigeaient impitoyablement des vivres et des contributions, et brûlaient les villes et ^es bourgades qui s’y refusaient. Charles voulait réduire les habitants au point de pouvoir les rouler entre ses doigts; et il ordonnait à ses généraux de se conduire à la manière des Impériaux, On se soumet-
tait par crainte; mais cette conduite explique le mécontentement des Polonais, qui se soulevèrent contre les Suédois et leur protégé Stanislas, quand Charles XII ne fut plus là pour inspirer la terreur.