Qui eussent tiré a sa personne
On dit habituellement tirer sur quelqu’uuj ou contre quelqu’un.
LIVUE SECOND.
généraux nommé Lieven,qui étaitvêtu d’unhabitbleu galonné d’or, il craignit que ce général ne fût trop aperçu ; il ordonna de se mettre derrière lui, par un mouvement de cette magnanimité qui lui était si naturelle, que même il ne biisait pasréllexion qu’ilexposaitsa vie à un danger manifeste pour sauver celle desonsujet. Lieven, connaissant trop tard sa faute d’avoir mis un babit remarquable qui exposait aussi ceux qui étaient auprès de lui, et craignant également pour le roi, en quelque place qu’il fût, hésitait s’il devait obéir ; dans le moment que durait cette contestation, le roi le prend par le bras, se met devant lui, et le couvre : au même instant une volée de canon 2, qui venait en flanc, renverse le général mort sur la place même que le roi quittait à peine . La mort de cet bomme, tué précisément au lieu de lui, et parce qu’il Lavait voulu sauver, ne contribua pas peu à l’affermir dans l’opinion où il fut toute sa vie d’une prédestination absolue, et lui fit croire que sa destinée, qui le conservait si singulièrement, le réservait à Inexécution des plus grandes choses
Tout lui réussissait; et ses négociations et ses armes étaient également heureuses. Il était comme présent dans toute la Pologne: car son grand-maréchal Rehnskold était au cœur de cet État avec un grand corps d’armée. Près de trente mille Suédois sous divers généraux, répandus au nord et à l’orient sur les frontières de la Moscovie, arrêtaient les eflbrts de tout l’empire des Russes, et Charles était à l’occident, à l'autre bout de la Pologne, à la tête de l’élite de ses troupes.
Le roi de Danemark, lié par le traité de Travendal, que son impuissance l’empêchait de rompre, demeurait dans le silence. Ce monarque, plein de prudence, n’osait faire éclater son dépit de voir le roi de Suède si près de ses États. Plus loin, en tirant vers le sud-ouest, entre les
1. Remarquable , c’est-à-dire que Von remarquait , comme étant l’habit d’un personnage important.
2. Une volée de canons, c’est la décharge de plusieurs canons faite en-
semble ; ici une volée de canon^ c’est un seul coup de canon.
3. Prédestination absolue. Il croyait qu’il était complètement prédestiné à réaliser de grandes choses.
fleuves de TElbe^ et du Véser^, le duché de Brême dernier territoire des anciennes conquêtes de la Suède, rempli de fortes garnisons, ouvrait encore à ce conquérant les portes de la Saxe et de EEmpire. Ainsi depuis rOcéan germanique^ jusqu’assez près de rembouchure du Boryslhène, ce qui fait la largeur de TEurope, et jusqu’aux portes de Moscou, tout était dans la consternation^ et dans l’attente d’une révolution entière®. Ses vaisseaux, maîtres delà mer Bal tique, étaient employés à transporter dans son pays les prisonniers faits en Pologne. La Suède, tranquilleau milieu decesgrands mouvements, goûtait une paix profonde, et jouissait de la gloire de son roi sans en porter le poids, puisque ses troupes victorieuses étaient payées et entretenues aux dépens des vaincus.
Dans ce silence général du Nord'^ devant les armes de Charles XII, la ville de Danlzick osa lui déplaire®. Qua-
1. Elbe (Albis) descend des monts Géants) Riesen-Gebirge), coule d’abord en Bohême, où il reçoit la Moldau et l’Eger, en sort par une ouverture fort étroite à Schandau, arrose les plaines de la Saxe, grossi à gauche de la Saale et de la Mulde, à droite du Havel, se dirige vers le N.-O., sépare le Hanovre du Mecklenbourg et du Holstein, et de-
uis Hambourg ressemble plus à un ras de mer qu’à un fleuve ; il se jette dans la mer du Nord. Son cours est de 680 kilomètres.
2. Le Weser est formé du Werra et de la Fulda, qui viennent du Franken- Wald, coule vers le nord, arrose surtout le Hanovre, Brême, le duché d’Oldenbourg , et a une large embouchure dans la mer du Nord ; il forjne de grands atterrissements , et est sujet à des débordements qu’on arrête par des digues. Son cours est de 480 kil.
3. Le duché de Brême faisait partie du cercle de Basse-Saxe , dans l’empire d’Allemagne ; d’abord évêché, puis archevêché , il fut sécularisé par la paix de V'estphalie, et cédé aux Suédois, qui le perdirent en 1712, et l’abandonnèrent au duc de Brunswick , en 1719 , pour 1,000,000 de rixdales. Il comprenait le territoire et non la ville de Brême, qui était ville impériale.