LIVRE TROISIÈME
nislas comptait en partir dans peu de jours pour aller a la conquêtede Léopold. Toutàcoup Rapprend qu’une armée nombreuse approche de la ville : c’était le roi Auguste qui, par un nouvel effort, et par une des plus belles marches que jamais général ait faites, ayant donné le change au roi de Suède, venait avec vingt mille hommes fondre ^ dans Varsovie et enlever son rival.
Varsovie n’était pas fortifiée, et les troupes polonaises qui la défendaient, peu sûres Auguste avait des intelligences dans la ville ; si Stanislas demeurait, il était perdu. 11 renvoya sa famille en Posnanie, sous la garde des troupes polonaises auxquelles il se fiait le plus. Il crut, dans ce désordre, avoir perdu sa seconde fille, âgée d’un an. Elle fut égarée par sa nourrice: il la retrouva dans une auge d’écurie, où elle avait été abandonnée, dans un village voisin : c’est ce que je lui ai entendu conter^. Ce fut ce même enfant^, que la destinée, après de plus grandes vicissitudes, fit depuis reine de France Plusieurs gentilshommes prirent des chemins différents; le nouveau roi partit lui-même pour aller trouver Charles XII, apprenant de bonne heure à souffrir des disgrâces, et forcé de quitter sa capitale six semaines après y avoir été élu souverain.
Auguste entra dans la capitale en souverain irrité et victorieux. Les habitants, déjà rançonnés par le roi de Suède, le furent encore davantage par Auguste. Le palais du cardinal et toutes les maisons des seigneurs confédérés, tous leurs biens à la ville et à la campagne, furent livrés au pillage. Ce qu’il y eut de plus étrange dans cette révolution passagère, c’est qu’un nonce du pape, qui était venu avec le roi Auguste, demanda au nom de son maître qu’on lui livrât l’évêque de Posnanie, comme justiciable