Le torrent de sa mauvaise fortune
Voir la note 1 de la page 79.
4. Ce dernier effort était l’éclat d’un feu qui s'éteint. Ces mots rappellent les
dernières paroles de Bossuet, dans la magnifique oraison funèbre du prince de Condé : « je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d’une voix qui tombe, et d’une ardeur qui s’éteint. ■
LIVIŒ TROISIKME.
Ce conquérant, accompagne du roi Stanislas, alla chercher son ennemi à la tête de l’élite de ses troupes. L’armée saxonne fuyait partout devant lui. Les villes lui envoyaient leurs clefs de trente milles à la ronde; il n’y avait point de jours qui ne fût signalé par quelque avantage. Les succès devenaient trop familiers û Charles. Il disait que c’était aller à la chasse plutôt que faire la guerre, et se plaignait de ne point acheter la victoire.
Auguste confia pour quelque temps le commandement de son armée au comte de Schulenbourg général très* habile, et qui avait besoin de toute son expérience à la tète d’une armée découragée. Il songea plus à conserver les troupes de son maître qu’à vaincre; il faisait la guerre avec adresse, et les deux rois avec vivacité. Il leur déroba des marches, occupa des passages avantageux, sacrifia quelque cavalerie pour donner le temps à son infanterie de se retirer en sûreté. Il sauva ses troupes par des retraites glorieuses, devant un ennemi avec lequel on ne pouvait guère alors acquérir que cette espèce de gloire.
A peine arrivé dans le palatinat de Posnanie^, il apprend que les deux rois, qu’il croyait à cinquante lieues de lui, avaient fait ces cinquante lieues en neuf jours. Il n’avait que huit mille fantassins et mille cavaliers ; il fallait se soutenir contre une armée supérieure, contre le nom du roi de Suède, et contre la crainte naturelle que tant de défaites inspiraient aux Saxons. Il avait toujours prétendu, malgré l’avis des généraux allemands, que l’infanterie pouvait résister en pleine campagne, même sans chevaux de frise à la cavalerie: il en osa faire ce jour-là l’expérience contre cette cavalerie victorieuse commandée par deux rois et par l’élite des généraux suédois. Il se posta si avantageusement, qu’il ne put être entouré. Son premier
1. Schulembourg (J.-Mathias), né près de Magdebourg, mort en 1747, servit en Danemark, en Pologne, prit part à la guerre de la succession contre Louis XIV, fut un des vainqueurs de Malplaquet (1709), puis commanda les Vénitiens contre les Turcs ; déjà célèbre par sa lutte contre les Suédois, il s’illustra à la défense de Corfou (1715),
poursuivit les Turcs en Albanie, et ne fut arrêté que par la paix de Passarowitz. Voir la lettre que lui adressa Voltaire en 1740 , au commencement de cette édition.
2. La Posnanie était située à l’O. du royaume de Pologne. (V. p. 88, n. 4.)