‹ Histoire de Charles XIIChapitre 5 sur 16 · HO · texte numérisé non relu

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Talerie suédoise. Au sortir de ce bois coule 1& rivière de Parts, au pied d’un village nommé Rutsen. Schulenbourg avait envoyé en diligence rassembler des bateaux; il fait passer la rivière à sa troupe, qui était déjà diminuée de moitié. Charles arrive dans le temps que Schidenbourg était à l’autre bord; jamais vainqueur n’avait poursuivi si vivement son annemi. La réputation de Schulenbourg dé* pendait d’échapper au roi de Suède ; le roi, de son côté, croyait sa gloire intéressée à prendre Schulenbourg et le reste de son armée; il ne perd point de temps; il fait passer sa cavalerie à un gué. Les Saxons se trouvaient enfermés entre cette rivière de Parts et le grand fleuve de l’Oder, qui prend sa source dans la Silésie, et qui est déjà profond et rapide en cet endroit.

La perte de Schulenbourg paraissait inévitable ; cependant, après avoir sacrifié peu de soldats, il passa l’Oder pendant la nuit. D sauva ainsi son armée, et Charles ne put s’empêcher de dire : « Aujourd’hui, Schulenbourg nous a vaincus. »

C’est ce même Schulenbourg qui fut depuis général des Vénitiens et à qui la république a érigé une statue dans Corfou , pour avoir défendu contre les Turcs ce rempart de l’Italie. Il n’y a que les républiques qui rendent de tels honneurs ; les ro:s ne donnent que des récompenses.

Mais ce qui faisait la gloire de Scimlenbourg n’était guère utile au roi Auguste. Ce prince abandonna encore une fois la Pologne à ses ennemis ; il se retira en Saxe , et fit réparer avec précipitation les fortifications de Dresde, craignant déjà, non sans raison, poux la capitale de ses Etats héréditaires.

Charles XII voyait la Pologne soumise; ses généraux, à son exemple, venaient de battre en Courlande plusieurs petits corps mosco* vites, qui, depuis la grande bataille de Narva;. ne se montraient plus que par pelotons, et qui, dans ces quartiers, ne faisaient la guerre que comme des Tartares vagabonds qui pillent, qui fuient et qui reparaissent pour fuir encore.

Partout où se trouvaient les Suédois, ils se croyaient sûrs de la victoire quand ils étaient vingt contre cent. Dans de si heureuses conjonctures, Stanislas prépara son couronnement; la fortune, qui l’avait fait élire à Varsovie et qui l’en avait chassé, l’y rappela encore aux acclamations d’une foule de noblesse que le sort des armes lui attachait : une diète y fut convoquée; tous les obstacles y furent aplanis ; il n’y eut que la cour de Rome seule qui le traversa.

Il était naturel qu’elle se déclarât pour le roi Auguste, qui, de protestant, s’était fait catholique pour monter sur le trône, contre Stanislas, placé sur le même trône par m

grand ennemi de la religion catholique. Clément XI, alors paf<e, envoya des brefs à tous les prélats de Pologne et surtout au cardinal primat, par lesquels il les menaçait de l'excommunication s’ils osaient assister au sacre de Stanislas et attenter en rien contre les droits du roi Auguste.

Si ces brefs parvenaient aux évêques qui étaient à Varsovie, il était à craindre que quelques-uns n’obéissent par faiblesse et que la plupart ne s’en prévalussent pour se rendre plus difficiles à mesure qu’ils seraient plus nécessaires. On avait donc pris toutes les précautions pour empêcher que les lettres du pape ne fussent reçues dans Varsovie. Un franciscain reçut secrètement les brefs pour les délivrer en mains propres aux prélats : il en donna d’abord un au suffragant de Chelm ; ce prélat, très attaché à Stanislas, le porta au roi tout cacheté. Le roi fit venir le religieux, et lui demanda comment il avait osé se charger d’une telle pièce. Le franciscain répondit que c’était par l’ordre de son général. Stanislas lui ordonna d’écouter désormais les ordres de son roi préférablement à ceux du général des franciscains, et le fit sortir dans le moment de la ville.

Le même jour, on publia un placard du roi ie Suède, par lequel il était défendu à tous ecclésiastiques séculiers et réguliers dans Varsovie, sous des peines très grièves, de semcv

1er des affaires d’État ; pour plus de sûreté, il fit mettre des gardes aux portes de tous les prélats, et défendit qu’aucun étranger entrât dans la ville. Il prenait sur lui ees petites sévérités, afin que Stanislas ne fût point brouillé avec le clergé à son avènement ; il disait qu’il se délassait de ses fatigues militaires en arrêtant les intrigues de la cour romaine, et qu’on se battait contre elle avec du papier, au lieu qu’il fallait attaquer les autres souverains avec des armes véritables.

Le cardinal primat était sollicité par Charles et par Stanislas de venir faire la cérémonie du couronnement. Il ne crut pas devoir quitter Dantzick pour sacrer un roi qu’il n’avait point voulu élire ; mais comme sa politique était de ne jamais rien faire sans prétexte, il voulut préparer une excuse légitime à son refus : il fit afficher, pendant la nuit, le bref du pape à la porte de sa propre maison : le magistrat de Dantzick, indigné, fit chercher les coupables, qu’on ne trouva point ; le pr* mat feignait d’être irrité et était fort content; il avait une raison pour ne point sacrer le nouveau roi, et il se ménageait en même temps avec Charles XII, Auguste, Stanislas et le pape. Il mourut peu de jours après, laissant son pays dans une confusion affreuse , et n’ayant réussi, par toutes ses intrigues, qu’à se brouiller à la fois avec les trois rois, Charles, Auguste et Stanislas, avec sa république.

et avec le pape, qui lui avait ordonné de venir à Rome rendre compte de sa conduite ; mais comme les politiques même ont quelquefois des remords dans leurs derniers moments, il écrivit au roi Auguste, en mourant, pour lui demander pardon.

Le sacre se fit tranquillement et avec pomp€ dans la ville de Varsovie, malgré Fusage où l’on est en Pologne de couronner les rois à Cracovie. Stanislas Leczinsky et sa femme Charlotta Opalinska furent sacrés roi et reine de Pologne par les mains de l’archevêque de Léopol , assisté de beaucoup d’autres prélats. Charles XII vit cette cérémonie incognito, unique fruit qu’il retirait de ses conquêtes.

Tandis qu’il donnait un roi à la Pologne soumise, que le Danemark n’osait le troubler, que le roi de Prusse recherchait son amitié, et que le roi Auguste se retirait dans ses Etats héréditaires, le czar devenait de jour en jour plus redoutable ; ü avait faiblement secouru Auguste en Pologne, mais il avait fait de puis: santés diversions en Ingrie.

Pour lui, non-seulement il commençait à être grand homme de guerre, mais même à montrer Fart à ses Moscovites. La discipline s’établissait dans ses troupes; il avait de bons ingénieurs, une artillerie bien servie, beaucoup de bons officiers; il savait le grand art de faire subsister des armées; queiques-uns

de ses généraux avaient appris à bien combattre, et, selon le besoin, à ne combattre pas ; bien plus, il avait formé une marine capable de faire tête aux Suédois dans la mer Baltique.

Fort de tous ces avantages dus à son seul génie, et de l’absence du roi de Suède, il prit Narva d’assaut, après un siège régulier, et après avoir empêché qu’elle ne fût secou rue par mer et par terre. Les soldats, maîtres de la ville, coururent au pillage ; ils s’abandonnèrent aux barbaries les plus énormes : le czar courait de tous côtés pour arrêter le désordre et le massacre ; il arracha lui-même des femmes des mains des soldats qui les allaient égorger après les avoir violées ; il fut même obligé de tuer de sa main quelques Moscovites qui n’écoutaient point ses ordres. On montre encore, à Narva, dans l’hotel de rille, la table sur laquelle il posa son épée en entrant, et on s’y ressouvient des paroles qu’il adressa aux citoyens qui s’y rassemblèrent : « Ce n’est point du sang des habitants que cette épée est teinte, mais de celui des Moscovites, que j’ai répandu pour sauver vos vies. »

Si le czar avait toujours eu cette humanité, c’était le premier des hommes. Il aspirait à plus qu’à détruire des villes, il en fondait une alors, peu loin de Narva même, au milieu de ses nouvelles conquêtes : c’était la

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