‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 11 sur 123 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

du bau et de V arrière-ban , en rémunération de leurs fidélité et loyauté, en l'honneur de la Vierge et en considération de ce qu'ils ont tacitement joui de ce privilège de temps immémorial ; il termine en décidant que , lors des criées du ban et de l'arriére-ban , une revue sera faite par le bailli qui choisira un notable pour diriger les citoyens dans la garde de la place \ Déjà, le 22 novembre 1 483, le Roi avait confirmé pour dix ans la perception du dixième sur le vin, applicable aux fortifications Cette série de grâces fut complétée au mois d'août 1 485 par une reconnaissance de tous les privilèges de Notre-Dame \ Depuis longtemps les magistrats chartrains voyaient avec douleur l'état fâcheux de la navigation de la rivière. Dès le commencement de l'affaire Morbier, le sire Jacques de Brezé, les habitants de Nogent-le-Roi , les religieux de Coulombs, le sire Jean de Sabrevois, seigneur d'Eeluzelles *, s'étaient liés d'intérêts pour entraver toutes les tentatives, sous prétexte de règlement d'indemnités; leurs demandes profitaient des lenteurs d'une procédure en Parlement, et la forme menaçait de compromettre le fond lorsque la ville obtint, le 7 novembre 1488, des lettres-royaux prescrivant encore une fois de passer outre, nonobstant les oppositions des adversaires1. Forts de ce titre, les Chartrains conclurent , les 7 février et 15 mai 1489, des marchés pour le rétablissement des portes à bateaux de Saint-Pial, Dionval, Soulaia*s, Jouy, Villemarie, et des Moulins-Neufs6, et, le G août suivant, le lieutenant-général Baudry, accompagné de MM. René d'Illiers et Jean de Mon-

1 Pancarte municiftale. vol. 1«. p. 31 et :J3. » Ib.

' Ordonnances des H»is de France, vol. XIX, p. 575. — Ikg. du Parlement. vol. J . p. 15.

4 La famille de Sabrevois, l'une des pins anciennes el des mieux apparentée* de la Beauce, avait encore un reprtWntant à Chartres en 1810.

* Pièces relatives à la nanunliim; Arch. départ.

* Ib. — Chaque porte coûta 25 livres tournois et cluque ouvrier reçut , en sus , uu lioopietou de drap à b livrée de la ville, mi-p<irtie }#rs el rouge

tescot, chanoines, Michel île Champrond, avocat du Roi, Guillaume Bouffineau, procureur du Roi, Jean Cadou, maire du Chapitre , Jean Lenioine , avocat do la ville, Etienne Delacroix, avocat et conseiller des habitants, tous licenciés ès-lois, se rendit à Lormaye pour donner lecture des lettres-royaux aux officiers du sire de Brczé et faire commencer les travaux; mais il rencontra une grande opposition, et, lorsque les pionniers chartrains voulurent déblayer la rivière , les Nogentais les en empêchèrent à coups de bâton et d'arbalète1. C'était encore un incident qui allait grossir l'instance. Une enquête à laquelle prit part M" Rcgnault de Gyvès, juge et garde de la prévôté , fut ouverte à la fin de 1 489 ; le Parlement confia d'abord cette mission importante à MM. Lenfant et Arlault, conseillers; mais ce dernier ayant été récusé par le sire de Brezé sous prétexte qu'il était prébendé en l'église de Chartres, il fut remplacé au mois de juin 1490 par M. Pierre d'Origny \ Pendant l'enquête le sire Jacques de Brezé mourut, et il fallut remplir de nombreuses formalités pour mettre en cause le sire Louis de Brezé , son fils. Enfin , le Parlement se trouvant suffisamment éclairé rendit, au bout de trois ans, le 24 mai 1493, son arrêt définitif. La cour mit les appellations à néant, débouta Sabrevois sans dépens, déclara que les lettres-royaux du 7 novembre 1488 sortiraient leur plein et entier effet ; que la rivière serait rendue navigable de Chartres à la Seine; que les bateaux montants et descendants passeraient par le bras qui , de la pointe de Ixnmaye , suit les murs de l'abbaye de Coulombs et va joindre le gué situé au-dessous de Nogent-le-Roi; que les Chartrains feraient construire ou réparer à leurs frais les portes ci bateaux et le quai de la rive, le long du bras de Coulombs, et qu'ils paie-

1 Pièces relatives à la navigation. — Le Parlement fit informer, par commission du 27 avril 1 190, contre les gens du parti des sires de Brezé , Morbier et de Sabrevois , qui avaient battu et molesté les ouvriers chartrains.

* Ib. — Arrêt du Parlement du 2,r> juin i iOO.

raient 1° au sire de Brezé, 20 deniers tournois, par bateau, pour ponlage, outre les marnes droits de travers que ceux dûs par les voituricrs; 2° aux meuniers ou commis de ttrezé au moulin Bérenger et à ceux des moulins des religieux de Coulombs et de Morbier , pour ouvrir les portes aux bateaux , 1 2 deniers , par chaque montage et avalage ; 3° aux religieux de Coulombs, une rente de 16 livres rachetablc pour 400 livres , et au sire Morhier , une rente de dix livres rachetablc pour 200 livres. Le môme jour, M* Guillaume Aymeret, conseiller, fut désigné pour mettre l'arrêt à exécution et dresser sur les lieux un tarif des péages dûs par les bateliers depuis Chartres jusqu'à la Seine \

Les péripéties du drame de la navigation n'occupèrent pas uniquement les Chartrains de cette époque; un événement arrivé au mois de janvier 1491 (1490 vieux style) leur procura des émotions d'un autre genre. Pendant la nuit du 1 1 de ce mois, la châsse contenant les principales reliques et le trésor renfermant les plus beaux joyaux de l'église Saint-André, furent volés j>ar un prêtre vagabond nommé Jean Rabier, natif du diocèse de Sens, et par Macê et Cochonnet, ses compagnons. Les voleurs s'enfuirent par dessus les murailles «le la porte Saint-Jean , en se laissant glisser le long de la corde du puits Sainte-Foy qu'ils avaient été décrocher à cet effet ; ils cachèrent les vases sacrés dans des murs de chaume de quelques jardins du faubourg, enfouirent la chasse dans un

1 Pièces relatives à la navigation; Arrh. départ. — Le sire de Brezé était trop grand personnage pour se soumettre d'emblée à un arnU du Parlement; il refusa encore le passage des bateaux au moulin I {«ranger, fit placer une chaîne au travers de la rivière et briser les portes construites par les Chartrains. Au mois d'octobre i i'Xi, il se trouvait en amont et en aval du moulin quatre bateaux chargés de vin pourHouen et plusieurs bateaux chargés de sel pour le grenier de Chartres, lesquels ne pouvaient passer. Sur la plainte des bateliers , Hegnaull Simoneau , procureur des habitants , se transporta sur les lieux ; mais il fut forcé de revenir sans avoir rien l'ail, pan e que Cilles Maulerne , bailli de Nogent, et Jeannequin Ferdieu , procureur du Roi à ce bailliage , lui annoncèrent que si les' gens de Chartres touchaient à la cbaîiie , une compagnie d'hommes d'armes, caserne*» an châtel de Nogent , tomberait sur eux par ordre de M de Hreyé Le 20 du même mois, il y eut entre les bateliers et les Niigciituis une rixe dans laquelle les premiers lurent bàttux et meurdris.

tas de fumier près de la Croix-Thibault, le surplus dans des fagots à Boinville près Francourville , et se réfugièrent à Oinville-sous-Auneau, chez la mère de Macé. Ce sacrilège causa une grande rumeur dans toute la ville ; à la première nouvelle , le lieutenant-général Baudry Gt fermer les portes et donna Tordre aux sergents royaux et aux gagcrs de Saint- André de Touiller les étuves, calwrets et autres lieux suspects; mais ces perquisitions demeurèrent sans résultat. On fut plus heureux dans la visite des murs à l'intérieur et h. l'extérieur ; on trouva d'abord la corde dont s'étaient servis les voleurs pour s'enfuir, et, quelque temps après, un passant aperçut au pied du parapet un petit joyau renfermant le doigt de Mr saint André. Les recherches furent alors dirigées dans la direction des faubourgs Saint-Jean et Saint-Maurice. Cependant le clergé de Saint-André se disposait, dans l'après-midi , à se rendre processionnellement au couvent des Jacobins pour reprendre la relique retrouvée, lorsqu'un individu vint annoncer que les voleurs, dont il avait dépisté les traces, (levaient être cachés du coté d'Oinville. On envoya sur-le-champ les sergents dans ce village, et Rabier, Macé et Cochonnet furent arrêtés, ramenés à Chartres et emprisonnés avant la (in du jour dans le cachot de la grosse tour du Palais. La justice ecclésiastique, comme c'était son droit, s'empara «le l'affaire; elle condamna les coupables à être pendus.

Mais le caractère de prêtrise dont Rabier était revêtu ne devait pas être souillé par une exécution capitale; il fallait au préalable dégrader le prêtre sacrilège. On procéda avec pompe à cette sinistre formalité. Il se trouvait en face de l'église Saint-André un échafaud en bois, construit par Nicolas de Monlaudouin , maître des charpentiers, et sur lequel une troupe de confrères de la Passion «avait représenté quelques jours auparavant le mystère de saint Ladre, sainte Madeleine et sainte Marthe ; ce fut le théâtre de la cérémonie. Au jour choisi , Pévêque Miles d'Uliers , accompagné des abbés de

Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Jean-en-Vallée , de Saint- Cheron, de Thiron, de Coulombs et de Saint-Vincent-des- Bois, vint prendre place sur l'échafaud ; le condamné comparut revêtu de ses habits sacerdotaux , et la dégradation commença selon le rit usité en pareille circonstance. Miles retira successivement à Rabier la chasuble, l'étole et l'aube; puis, armé d'un couteau , il racla les doigts du coupable , comme pour leur enlever l'huile sainte qui les avait consacrés au service de Dieu. En ce moment solennel , les assistants entendirent un craquement sous leurs pieds, les cchafauds churent et tombèrent, d'où plusieurs furent navrés , entre autres Nicolas de Montaudouin qui les avait assures sur sa vie. Alors, ajoute le chroniqueur, ledit révérend fit mener Rabier en la maison épiscopale où il acheva la dégradation ; après quoi les trois malfaiteurs, vêtus de toile, furent pris par les officiers de la cour laie. Rabier et ses complices appelèrent eu Parlement de la sentence rendue contre eux; un arrêt du 23 juin 1496 confirma la décision des premiers juges à l'égard de Rabier «lui fut pendu aux fourches de Montfaucon , et prononça le bannissement contre Macé et Cochonnet \

Plusieurs mutations avaient eu lieu depuis quelques années dans le personnel des hauts fonctionnaires chartrains. En 1483, le titre de bailli et capitaine de Chartres passa au sire Jean de Coingham , capitaine des Ecossais de la garde du Roi et son chambellan. Cette nomination ne changea rien à la position du lieutenant-général Baudry , qui , contrairement à tous les précédents, semblait jouir de l'inamovibilité. En 1492, le vieux Miles d'illiers résigna sou évêché en faveur de René d'illicrs , son neveu , fils du fameux Florent et archidiacre de Pincerais en l'église de Chartres. Cette résignation éprouva beaucoup de difficultés ; le Roi la repoussa d'abord comme attentatoire à ses droits et aux libertés de l'Eglise gallicane ;

1 Livre de bois de Sainl-Aïuirr , p. 212, retlo, et suiv.; Arch. départ. — Voir \ol. 1", p. "2'M'i.

il fit signifier à Miles et René, le 1" février 1493, des lettres portant défense au résignataire de faire usage des bulles de provision apostolique qu'il disait avoir reçues et qui n'avaient pas été vérifiées. D'un autre côté, René d'Uliers avait pour compétiteur le chanoine René de Prie, qui s'était fait pourvoir de l'évêché le V mai par l'archevêque de Sens, sous le prétexte de la démission de Miles et de la déchéance encourue par le Chapitre pour n'avoir pas présenté un candidat en temps utile. Sur ces entrefaites , Miles mourut le 1 7 septembre, et René, son neveu, dont la personne était, d'ailleurs, estimée de tous et même agréable au Roi , fut admis , après quelques corrections de forme dans ses bulles. Il fit son entrée le

29 mars 1495 \

L'arrêt du Parlement de 1493 avait ranimé le courage des partisans de la navigation. Pour donner un peu d'activité au transport par eau, la ville prit le parti de passer, le 3 mars 1 494 , avec Pierre Chesneau , marinier de Rouen , un marché par lequel ce dernier s'engageait, moyennant

30 écus par an , à se rendre tous les quinze jours avec deux bateaux au quai de Chartres, à embarquer les marchandises qui s'y trouveraient et à les transporter au lieu désigné dans le parcours de l'Eure et de la Seine. Le 13 avril suivant, les frères Thiars, charpentiers rouennais, reçurent la commande de deux bateaux destinés exclusivement au service de la navigation depuis Chartres jusqu'à Rouen. Enfin, au mois de mai 1 495 , le traité avec Chesneau ayant été rompu , les échevins en conclurent un autre plus important avec Yvonnet Maugars et Jean Mesnager, bateliers fréquentant la rivière d'Eure. Ces entrepreneurs s'obligèrent à tenir constamment en cours de navigation , depuis le quai de Chartres jusqu'à Rouen, pendant six ans à partir de la Toussaint, six bateaux bons et marchans, et à bâtir une grande maison en manière

1 Dovcn, vol. 1er, p. 371 et suivantes. — Chcvard, vol. 2, p. 202 cl suiv. — Souchet-Etiennc, vol. 2.

de solle, sur un emplacemeut du quai pour ce désigné ; on leur fit l'avance de 500 livres tournois, remboursables par annuités pendant le cours de la convention \ On pensait que le commerce ayant des bateaux à sa disposition , reprendrait facilement la voie de la rivière à cause de son bon marché.

Toutefois ces arrangements ne suffisaient pas ; au mois de décembre 1496, Maugars, dont le service s'était ralenti, répondant devant le lieutenant-général Baudry à la plainte formée contre lui par Mc Jean Nicole , procureur des habitans, allégua que la ville n'entretenait pas comme elle le devait les écluses et portes à bateaux ; que plusieurs fois le piteux état de la rivière l'avait empêché de se rendre aux foires de Rouen, quoique ses bateaux fussent chargés ; que , notamment , en octobre 1 495 , les bateaux ayant été retenus à la guaize de Lemboure, il avait été forcé de débarquer les marchandises et de les faire charrier jusqu'à Nogent; que, pendant cette année 1496 , le manque d'eau lui avait causé un grand préjudice, et que la navigation était presque impraticable dans les conditions fâcheuses où se trouvait l'Eure \ On reconnaissait le bien-fondé de ces récriminations, mais l'argent manquait pour y satisfaire; d'ailleurs, avant de faire de grandes dépenses en réparations, il était nécessaire que le règlement des péages entrepris par le conseiller Aymeret fut entièrement terminé. Ce magistrat qui déployait dans cette affaire une louable activité, avait clos, par un procès-verbal en date du 29 novembre 1 496 , la première partie de son travail comprenant la fixation des péages depuis Chartres jusqu'à Nogent \ 11 continua en 1497, et les registres des échevins font

1 Pièces relatives à la navigation; Arch. *l«*|»art .

* Prorés-verbaJ du mardi 21 décembre 1190; Archives départem. — D'après Maugars , les écluses à réparer étaient celles de la lia rre-des- Prés . du moulin de Uretigny prés Josaphat , de Saint-Prest , de Plateau , de Kerrièrcs , de Chaudon , de Uioucau , des Moulins-Foulcrets , des Trois-fiâteauv , de Maintenon , du moulin du Koi assis au Breuil , de l'Orme-Alain , du moulin de Chandres , du moulin de Lemhoure, et du moulin le Roi ou Beranger, prés Notent

3 Pièces relatives u la navigation ; Arch. départ.

connaître qu'au mois d'octobre , il opérait à La Chuusséed'Ivry \ A la fin on put disposer de quelque argent, et nous voyons que, pendant les années 1497, 1498 et 1499, la ville passa de nombreux marchés pour la réparation des portes et écluses et pour le curage de la rivière \

M. de Coingham fut remplacé au bailliage, en 1495, par le sire Rigault d'Oureille, chevalier, seigneur de Villeneuve, conseiller et maître-d'hôtel ordinaire du Roi \ Cette mutation , ! inaperçue à Chartres, n'eut, comme à l'ordinaire, aucune

» conséquence pour le pays; le poids des affaires publiques con-

i tinua de peser sur le lieutenant-général Baudry. Ce fut ce

haut fonctionnaire, assisté de quatre échevins, qui reçut, le 26 janvier 1498, M* le duc d'Orléans, bientôt après [ Louis XII , lors de son passage par Chartres, et qui lui offrit

le vin de la ville, deux poinçons du meilleur. Le 9 avril suii vant, le bruit se répandit que le jeune Charles VIII venait

de mourir subitement; la nouvelle était vraie, un chevaucheur d'écurie de la Cour la confirma le 10. On prit aussitôt les précautions que la circonstance exigeait : on s'informa de , la direction donnée aux gardes de nuit dans les villes de Blois

et d'Orléans ; un guet fut établi sur chaque porte pour avoir nouvelles et éviter danger ; des postes de huit hommes surveillèrent les voyageurs à leur entrée en ville ; ordre fut donné de réparer promptement les ponts-levis des portes Drouaise, Guillaume, Morard et Chàtelet \ Louis XII monta sur le trône sans opposition.

* lieg. des Echevins; Séances des 4 et 18 octobre 1497.

* lb.; Séances des 20 février et 0 novembre 1197, 6 août et 10 septembre 1408, 18 mars, 22 juillet, 7 septembre et 20 novembre 1499. ~ On travailla aux écluses de Lcmbourc, de Josaphat, de la Forte-Maison, du Brcuil, de la Villette, de Plateau, de Villemarie, du moulin Ueranper, de Maingournois et du moulin du Pré.

> Lettres du l«r octobre 1495, par lesquelles Charles VIII donne la charge de bailli de Chartres à M. d'Oureille, en récompense des bons offices que ce seigneur lui a rendus , non seulement au service de sa bouche , mats encore au fait d'armes de Fornme. (Compte de Guillaume Lemoine , 1495-1496; liccucil de Laisné vol. 5, p. 169.)

* /te?, des Echevtns; Séances des 9 et 10 avril 1498

Dès le 19 avril, le corps de ville, après avoir fait célébrer un service solennel à la mémoire du défunt roi, nomma des commissaires pour aller complimenter le nouveau monarque à l'occasion de son avènement et lui demander des lettres de confirmation de privilèges. Cette requête ne tarda pas à recevoir un bon accueil. Le 7 juillet, Louis XII décida que les droits du dixième sur le vin et du barrage ou baitage, continueraient à être appliqués aux fortifications par lettres des 1 3 juillet et 6 août , le Roi , réparant un oubli de l^ouis XI , abolit le droit de 12 deniers pour livre sur le détail des métiers de pelleterie, mercerie, tannerie et poissonnerie, en considération de /'im/xU mis par les bourgeois depuis 4 ou 5 ans sur le marché et vendage du bétail à pié fourché , dont il retire grand prou fit, la ferme dudit impôt ayant monté, d'un coup, de six à sept vingt livres à sept ou huit cents la confirmation de l'exemption du ban et de Parrièrcban fut octroyée le 13 juillet'; le 17, arriva la confirmation de Pcxcmption des garnisons de gens de guerre \

On avait appris dans les derniers jours de mai que la reine Anne, veuve de Charles VII, empressée de regagner son duché de Bretagne, allait traverser la ville. Les échevins ne sachant trop quels honneurs il convenait de rendre à cette princesse qui n'avait jamais été reçue en reine, à Chartres, avant sa viduité, se disposaient à en référera l'Kvêque, lorsque le Doyen du Chapitre leur communiqua, le 31 mai, une lettre du Grand-Ecuyer de la Reine, relative à l'ordre de la cérémonie. Anne arriva probablement le lendemain ; elle trouva à sa rencontre les gens du Roi , les douze échevins et les autres officiers, bien habillés de robes noires et montés sur des chevaux bien harnachés; la harangue fut prononcée par

' Pancarte municipale, vol. 1er; Arch. de la Mairie. « lb.. p. 26.

» lb., p. 33.

* lb., p. 32.

M* Jacques Thomas, avocat de la ville, et l'on offrit à Sa Mtijesté six poinçons de vin du meilleur et 200 minois d'avoine \ On attendait pour le mois d'octobre la visite de Louis XII; mais il paraît qu'elle manqua, à cause de certains bruits de peste que des gens mal intentionnés firent courir, quoique, selon leséchevins, la santé publique fût parfaite en ce moment*. Le corps de ville, dirigé parle lieutenant-général, avait cependant beaucoup compté sur le voyage royal , car il lui importait de faire revenir Louis XII sur une mesure préjudiciable au bailliage. On venait, en effet, d'apprendre que le Roi voulait créer un siège royal àBlois, ancienne ville de son apanage dans laquelle une notable assemblée de prélats, docteurs èsloiset décrets, présidents, conseillers et baillis élaborait une grande réforme judiciaire; l'érection de ce nouveau bailliage menaçait d'enlever au siège de Chartres non-seulement les appels du Blésois, mais encore ceux du Dunois et de la Sologne, et Ton remarquait déjà que les gens de ces pays refusaient de satisfaire aux assignations des officiers du bailliage char train. On jugea utile d'intéresser M. le Vidame à cette affaire; mais les Chartrains avaient des adversaires trop bien servis, et Blois eut son bailliage royal \

Les désastres des derniers mois de 1 498 et do l'année 1 499 donnèrent raison aux prophètes de la peste. Ce fléau, qui se promenait depuis longtemps aux environs de la ville, finit par y pénétrer et fit de tels ravages dans le courant du mois de septembre 1 499, que la plus grande partie des habitants, satis en excepter les cchevins et les gens du Roi, se réfugièrent à la campagne *. Le lieutenant-général Baudry, qui adminis-

« Heg. des Echerins; Séances des 26 et 31 mai 1498. « lb.; Séance du 18 octobre 1498.

3 lb.; Séance du 1 1 novembre 1198.

* lb. — Il régnait aussi dans la populace «t parmi Ips gens de guerre une autre maladie inconnue jusqu'alors, la syphilis ou mal de Naples; on avait bâti pour la cure des malades , une loge qui devint bientôt le réceptacle de tous les belilres , coquins et marauds de la contrée. On finit par ne plus pouvoir supporter leurs inso-

trait Chartres depuis trente ans, fut peut-être victime de cette horrible maladie; du moins c'est à partir de cette époque que nous voyons la lieutenance générale occupée par M* Jean de Marnac, licencié ès-lois et conseiller au grand-conseil.

Enfin Chartres vit en 1 502 le bon roi Louis XII et son fidèle ministre le cardinal Georges d'Amboise; le cardinal, que l'on appelait M. le Légat, parce qu'il avait reçu les pouvoirs du Pape pour les affaires ecclésiastiques de France , traversa notre ville le 1 1 janvier; le Hoi arriva le 26 du môme mois \ Nous ne savons rien de ces visites qui durent se renouveler de temps à autre , car Chartres se trouvait entre Rouen , résidence du prélat, et Blois, séjour favori du monarque. Pour que la correspondance de ces deux illustres personnages n'éprouvât aucun retard , les échevins entretinrent pendant l'hiver de 1 502 à 1 503 deux hommes de garde sur la porte Chàtelet, uniquement chargés tle guèter les postes du Hoi \ Les affaires de France , qui suivaient cette voie , n'allaient pas toujours très-bien ; après des succès éclatants en Italie , le royaume de Naples fut perdu pour les Français au mois de mai 1503. Ce revers força Louis XII à élever la taille et à emprunter de l'argent à ses sujets ; le 24 octobre , Chartres lui prêta 3,000 livres qui furent versées à Paris , entre les mains du sieur de Hérouard, trésorier général, par les soins du Receveur de la ville et du Contrôleur du grenier à sel \

Ce placement forcé des fonds chartrains ne fut pas avantageux pour les prêteurs; faute d'argent, on ne put réparer les portes à bateaux de la rivière, et la navigation déjà si compromise fut bientôt réduite à néant ; au mois de septembre 1 504, Pèche vinage appelé à délibérer sur une requête du sieur

loiices; rii»1pital fut détruit et les malades étrangers furent chassés hors des murs. (Séance du 22 janvier 1 ittf).)

« Hisl. deSouchet. vol. 2, p. 137.

5 Heg. des Echevins; Séance du 28 janvier 1504.

a /&., Séance du 21 octobre 1503.

Boulet-Jouan , relative au mauvais état îles écluses , ne prit pas la peine de l'examiner, parce que l'Eure avait cessé d'être navigable 1 ; et, en effet, le traité passé avec le marinier Yvonnet Maugars pour l'entretien permanent de six bateaux, fut résilié le 30 novembre 1505 *. L'embarras financier de la ville était augmenté par les frais de certains procès qui la touchaient à divers titres : d'abord, il s'agit de faire décider par la justice qui , du lieutenant-général ou du prévôt , devait présider les assemblées municipales; on consacra, en juin 1 504, quarante écus au maintien des droits du premier de ces magistrats qui avait pour lui l'autorité des précédents J; on soutint, ensuite , jusqu'à concurrence de cent livres tournois , contre la duchesse d'Alencon , dame de Belesme , que la terre et baronnie de Nogent-lc-Rotrou ressortissait de tout temps au bailliage de Chartres et ne devait pas foi , hommage et aveu de fiefs à la seigneurie de Belesme ; cette instance fut suivie , au mois de décembre 1505, à la requête des habitants, par M* Pierre Ledoys, procureur aux causes, et M. de Champrond, bailli de Nogcnt * ; enfin , un ancien procès engagé avec les religieux de Saint-Père au sujet de la propriété des Vieux- Fossés, recommença au mois de juillet 1 505 \ A ces causes de dépenses se joignirent en 1504 une peste et une disette qui tirent de nombreuses victimes et nécessitèrent d'abondantes aumônes. Les échevins sentaient le besoin impérieux de rentrer dans l'avance faite au Roi en 1 503 ; or, comme ils avaient dans ce but député sans succès en Cour, au mois d'avril 1504, MM. Foulques Cheron et Pierre Ledoys, ils

1 Iteg. des Echevins; Délibérations des 25 septembre et 23 octobre 1501.

* On acheta de Maugars la maison qu'il avait fait construire sur le quai pour servir de magasin, et on la loua au mois de juillet 1507. La ville aurait bien voulu se débarrasser du grand bateau qui lui appartenait , mais on n'en trouva pas 20 écus et on le laissa s'embourber et pourrir daus la Lélhinière , à l'entré»- du fossé de la fontaine de la porte Drouaise.

5 Iteg. des Echevins; Séances des 13 juin 150i et 0 septembre 1506.

4 //;., Séance du 16 décembre 1505.

1 lb.; Séance du 16 juillet.

|>cnsèrent que le lieutenant-général de Marnac, qui se trouvait à Paris au mois de novembre suivant, pourrait s'intéresser plus utilement à l'affaire, mais on reconnut bientôt que le crédit de ce personnage était insuffisant pour une pareille tAche

Certaines circonstances fortuites firent sortir encore quelques deniers de la caisse municipale. La reine Anne venant de Nogcnt-le-Roi et se rendant à Blois, dans les premiers jours de mars, fut reçue à Chartres avec les plus grands honneurs; la rue Muret, que parcourut le cortège, était entièrement tendue de tapisseries ; une partie des échevins , les corporations et les notables accompagnaient à cheval Sa Majesté, tandis que les quatre anciens de l'échevinage soutenaient audessus de sa tête un ciel (dais) magnifique fait en damas et frangé d'or. On offrit à la Reine 300 minots d'avoine et 20 poinçons de vin \ Le 20 mai suivant, le corps de ville alla recevoir hors de la porte des Epars un nouveau bailli appelé Jean Berziau, sire de Courtenval; les cadeaux de bienvenue consistèrent en quatre traversains de vin et 50 minots d'avoine; on mena le magistrat souper à la tour du Roi, et, le lendemain, après lecture et enregistrement de ses lettres, il prit possession de son office \ L'argent de la ville ne fut pas

1 A ce sujet M. de Marnac Écrivit aux Échevins la lettre suivante : » Messieurs , » j'ai parlé de vnstre affairo et y ay quelqu'espérance , mai» je suis d'advis que une » douzaine de poinçons de vin clairet du meilleur que pourrez envoyer en la maison » de M. le Légat à Caillou qui cou ternit moins que néant, vous pourront beaucoup » servir, pourquoi vous en ai bien voulu advertir, priant Nostre Seigneur, Messieurs, » vous donner ce que desirez. A Paris, le quinzième novembre 150-1, Vostrc servi- » leur, frère et ami, Jehan Marnar. — A Messieurs les douze échevins. * On ordonna immédiatement de quérir, avhepler et envoyer ledit vin et on dépêcha à Paris Mc Pierre Lcdoys pour entretenir du remboursement désiré MM. Hurault, général des finances, de Dampierrc et autres grands de la Cour. (Séance du 19 novembre 1.501.)

* Reg. des Echevins; Séance du 3 mars 1505. — Chaque échevin reçut pour la circonstance un bonnet noir du prix de 20 sous.

» lb.; Séances des 18 mars et 26 mai 1505. — M. Berziau, qui était notaire et sfrréUiire du Roi , permuta avec M. d'Oureille , en vertu de lettres-patentes du 20 janvier 1505. (Compte de (îuillaume Lemoinc, 1504-1505; Recueil de Laisnè , v»l. 5, p. 231 .) — La ville ne négligeait pas les occasions d'être agréable au bailli .

toujours aussi joyeusement dépensé. En 1504 et 1505, des ouragans endommagèrent les murailles dont un pan tout entier tomba près de la tour Courtepinte; les réparations nécessitées par ces désastres coûtèrent la somme considérable de 3.500 livres tournois \

La peste et la misère du temps n'empêchèrent cependant pas les éche vins de s'occuper activement, pendant les années 1503, 150 t et 1505, de plusieurs affaires d'intérêt public. l.cs travaux de pavage furent entrepris sur une grande échelle on fit une vérification et une rectification des mesures de capacité usitées pour la vente des liquides et des grains5; un règlement sur la police des marchés protégea les consommateurs contre la concurrence des revendeurs * ; enfin on essaya de rendre la fabrication des draps accessible à tous les ouvriers, en modifiant les exigences de la maîtrise \

le 8 avril 1506 elle lui offrit un brochet, une lamproie , une grande carpe , quatre plie*, deux darnes de saumon, deux raies, deux sèches, deux aloses, ,t(K) de moules, des épinards et des pointes d'orange. Le loiit avait coûté 7 livres 12 sous 1 1 deniers.

1 fteg. des Echevins; Séances des 27 mars et G avril 1505.

* Le service du pavage parait s'être fait avec régularité depuis cette époque; if était supporté en partie par les habitants, en partie par la ville, et dirigé par le maître des paveurs. Le cent de pavés coulait 1(> sous tournois en 1503. (Voir: l'rix du pain et des marchandises aux .XVIe et \VUr siècles. Apj*>ndire n* 8, fin de ce volume.) Kn 1505 on aU'erma à Matliry Kougcmont le siblon des voicries et rivière, à la charge d'en entretenir la ville pour son pavage. (Iteg. des Kcherins, Séances des 17 et 31 octobre 1503, 19 avril, 13 juin, 1 , r septembre , 3 octobre 1501, 18 septembre, 8 et 11) novembre, 10 décembre 1505.)

* Au mois d'octobre 1503, on donna 40 livres tournois au lieutenant-général Jean Marnnr , pour avoir exerce la justice et juridiction de l'appetissement de la dixième partie des mesures du vin et autres breuvages. (lb.; Séance du 21 octobre.) Au mois île juillet 1505, le mesureur du blé fut ajourné à la chambre de ville, avec ses minois , pour être iceux vérifiés et brisés , dans le cas où ils ne seraient /mis trouvés conformes à l'étalon de la tour du Hog. (Ib.; Séance du 19 juillet.)

* Dans la séance du 3 octobre 1504, on fit défense aux marchands revendeurs d'aller hors des portes de la ville au-devant des marchands, laboureurs »-t antres, conduisant au marché des bois de merrain, cercles, blés, avoines, chairs et autres denrées, et d'acheter ou faire acheter, savoir : les merrains, de quatre heures aprèsmidi au lendemain à onze heures du malin , et les grains et viandes , de neuf à dix heures du matin.

» Voir vol. 1", p. 385.

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