‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 10 sur 123 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

le-Roi pour construire uu pont et faire des portes à bateaux , près des moulins de Coulombs , moyennant huit vingt livres tournois 1 . Après ces travaux , la navigation marcha quelques mois sans encombres; mais, en mai 1447 , le lieutenant général M* Jean de Montescot, commissaire en cette partie, s'étant rendu à Nogent-le-Roi sur la réquisition des bateliers , fut obligé de faire enlever, par autorité de justice, des pieux plantés dans la rivière , près de remplacement des anciens ponts dits Marin et de la Breteschc, lesquels interceptaient les bateaux \ Les religieux de Coulombs, propriétaires de plusieurs moulins, élevèrent alors divers griefs contre les Chartrains , parce que les ouvriers avaient arraché une pêcherie, pratiqué un canal de dérivation, et mis des portes à ce canal , d'où il résultait que dans certains moments l'eau se portait de ce côté au détriment des moulins, qui ne pouvaient plus marcher. Ils tirent jouer des ressorts si puissants que le Roi , par lettres du 24 novembre , enleva la connaissance de l'affaire à la juridiction du bailli , pour cause de suspicion légitime , et renvoya les parties devant le prévôt de Paris \ D'autres conflits signalèrent les débuts de cette grande entreprise d'utilité publique; mais les Chartrains, pour se mettre à couvert, sollicitèrent de nouveau l'intervention du monarque , et des lettres obtenues le 23 avril 1 449 réitérèrent les menaces contre les riverains récalcitrants et ordonnèrent la continuation des travaux \

Le temps approchait où les Anglais allaient forcément laisser la France en repos. Ils avaient eu grand peine à obtenir une trêve jusqu'au ier avril 1449, moyennant l'abandon des places du Maine; les hostilités, reprises avec vigueur au commencement de l'été , furent signalées le 23 août

1 Pièces relative* à ta navigation; Archiv. départ.

* ft.; Séance du corps de ville, du 20 mai 1447. » Ib.

* Jt. - Ces lettres sont rappelées dans d'autres du 8 mars 1455.

par la recouvrante île Yerneuil, à laijuelle concoururent le Dunois, Florent d'Illiers et Culant, capitaine de Chartres. Charles VU était dans nos murs lorsqu'il reçut cette heureuse nouvelle ; il en partit le 20 août pour Chàteauneuf , puis il se rendit à Yerneuil où il ratifia, d'après les conseils du sire de Culant, les conditions de la capitulation de Lisieux \ L'ancien gouverneur du Mans pour les Anglais, François de Suriène, dit PAragonais, fameux chef de routiers, avait enlevé de vive force, dans les derniers jours de mars, la place de Fougères , en Bretagne ; il résista quatre mois aux sommations du Roi et du duc de Bretagne ; à la fin pressé par les armées combinées du duc et du connétable de Richemont, il trouva le moyen d'obtenir non-seulement ries et bagues sauves, mais encore une somme d'argent, comme prix de capitulation. François de Suriène passa peu de temps après sous les drapeaux du roi de France et devint, en 1461 , bailli de Chartres. Le i 4 octobre 1449, l'Evêque et les habitants assistèrent à un Te Deum solennel demandé par Charles Yll pour remercier le ciel de la ruine du parti anglais dans le royaume \

Pendant que les armes françaises pacifiaient la Normandie, on travaillait à Chartres à aplanir les difficultés que la pragmatique sanction avait fait naître entre le Roi et le pape Nicolas Y'. Le 15 mai, veille de l'Ascension 1450, les députés du clergé, prélats , universités, chapitres et abbayes du royaume, tinrent concile dans notre ville, sous la présidence de Jacques Junéval des Ursins , évèque de Poitiers et patriarche

1 Fret, Chroniques percheronnes, p. 530. — Ordonn. des Rois de France, vol. XIV, p. 59.

* Histoire de la ville de Chartres , par Doyen, 2« vol., p. 3G2.

3 La Pragmatique avait aboli les annotes , coutume par laquelle tout nouveau bénéficiaire payait au pape la valeur d'une année du revenu de son bénéfice , mais elle avait conservé les droits de la chancellerie papale pour les expéditions de bulles, dispenses, induits, etc. En 1452, les gagers de Saint-André versèrent entre les mains du doyen .Miles d'IUiers, 24 écus d'or, pour l'expédition d'une bulle de sept

rirantaines d'indulgences, donnée à l'église par le pape Nicolas V. {Liir* de Bois Saint-André, p. 203; Arch. départ.)

tuu

(TAntioche. Le procès- verbal de la séance île ce jour , rédige par le doyen Miles d'IUiers, en présence de révoque Pierre Beschebien, de Regnault de Paris, grand-archidiacre, de Guillaume Baudry, chambrier, d'un grand nombre de chanoines résidents, de M* Pierre Fleurant, clerc de l'œuvre, et de M* Jean Cottereau , notaire du Chapitre, constate que l'on était alors dans l'année des grands partions {du jubilé) , juste à l'époque où l'on mit le siège devant Baveux , et fait connaître que chacun tenait pour miracle la conquête de la Normandie accomplie dans l'espace de dix mois Nous ne savons quelles furent les résolutions de cette assemblée ecclésiastique de Chartres dont aucune chronique du temps ne parle.

L'affaire de la navigation de la rivière , fertile en incidents, occupait toujours les esprits. Le 10 novembre 1450, le lieutenant-général Jean de Montescot présida une réunion composée des députés des paroisses et de plus de 300 personnes, parmi lesquelles on remarquait les chanoines Guillaume de Beaumont et Jean Quatregrains, députés du Chapitre, Robert Poignant , avocat du Roi , Jean Grenet , licencié ès-lois, bailli et conseiller de l'Aumône Notre-Dame, Jean Poulain, lieutenant du capitaine de la ville, et Guillaume Bouflineau, contrôleur du grenier à sel. On communiqua aux assistants une cédule par laquelle Mire Pierre de Brezé, grand sénéchal de Normandie et seigneur de Nogent-le-Roi , consentait au creusement de la rivière dans toute l'étendue de sa seigneurie et à l'agrandissement des fossés de Nogenl pour le passage des bateaux, à la condition qu'on lui paierait , par chaque bateau chargé , une redevance égale à celle qu'il percevait par chaque voiture chargée traversant la ville, c'est-à-dire cinq sous tournois. Mir' Etienne le Roux, abbé de Saint-Jean, les chanoines de Beaumont et Quatregrains,

1 Vwcos recueillie* \w Pintard ; coll. Lejenne. — - niênic réflexion finale si» trouve dan* les Mémoires de du Clenq \iA\. Muhaud. !r* s»'rie , vol. 'A . p. 010 !

MM. Poignant , Grenet, Poulain et Colin des Moulins furent nommés commissaires pour passer l'accord définitif avec les procureurs du sire de Brezé. On ne s'entendit cependant pas du premier coup; il y eut longtemps encore des démêlés et des journaliers avec les gens du grand-sénéchal. Enfin , le 8 juillet 1452, Jean le Bourelier, bailli de Nogent, Guillaume Giraudeau, notaire et secrétaire du Hoi, Wastin de Huval dit Picart, Jacques de la Chaussée, écu ver-capitaine du châtel de Nogent, fondes des pouvoirs du sire de Brezé, Robert Poignant, Etienne Lemelle, Jean des Pàtis et Jean André, procureurs des habitants de Chartres 1 , arrêtèrent la transaction sur les bases suivantes: 1° les bateaux passeront, en montant et descendant , par la porte de Coulombs, au-dessus du moulin Béranger; 2° chaque bateau montant devra au meunier, pour le service de la porte et pour le chômage du moulin, dix deniers tournois; chaque marchand devra au sire de Brezé, pour ses marchandises, le droit de ponlagc habituellement payé par terre, et chaque batelier, pour son bateau chargé, vingt deniers tournois de pontage; 3° les habitants de Chartres feront construire un pont de pierre à Coulombs ; 4" si le sire de Brezé veut faire passer les bateaux par les fossés de Nogent , les Chartrains l'aideront de huit ring escus d'or, payables par moitié . la première au début des travaux ,

1 Us avaient été nommés le 13 juin 1-152, avec Jean Grenet, Michau Cadou, Guillaume Bouftineau , Jean Poulain , Jean Giltault , Gervais Désireux et Jean de Nevers , par une assemblée générale des habitants , à laquelle assistaient , entre autres personnages ; Gilles le Tellier, Thibault Perrault, Michau Baudet , Jean Parisot , Perrin de la Louvière , Simon Perrin , Jean le Breton , Colin Chefdeville , Jean Guérin , Phlippot Lcbeau, .Michau Jouet, Jean Belot, Perrin Savart, Phlippot et Martin Letevre , Macé Godefruy , Thibault de Beausse , Jean des Patis , Geôles Robert , Michau Simon, Jean Nicole, Pierre, Colin et Robin Durand, Guillaume Pateau , Jean Bailleau , Hémery Pigucrre , Jean le Maçon . Pierre le Verrier , Robin Compère , Jean Dugué . Guillaume Lutrin dit de Neollc , Jean Beausire , Thévenin de Saint-Lomer , Jehan Dupuis dit Cotirtefov. Perrin Pichart, Jean Gcrvaise, Guillaume Havart, Louis le Rarrier, Jean Halièr, Jean Prévost, Jaquet Moreau , Jaquct Quatrenvaull, Guillot le Barrier, Macé le Breton. Guillot Magriclaine, Colin Le maire . Malherv le Texier. Jean Bassigny, Gilet Paulmirr. Jacquet Kournigault . Jean le Pelletier, dû Dumoulin

la seconde lorsque les bateaux pourront passer au-delà du pont des Brebis 1 .

Le succès de Pierre de Brczé encouragea les prétentions des autres riverains. En 1 453 , M* Guillaume Aimery , prieur d'Epernon, propriétaire d'une place à moulin au lieu appelé Dionval, lança une opposition fondée sur le motif que si le gué était creusé en cet endroit la vidange d'un sien pré ne pourrait plus se faire ; on l'assigna devant le bailli en règlement de dommages. En même temps, Jean d'Angennes, seigneur de Rambouillet 1 , détenteur de la Forte-Maison et des moulins voisins, assignait les habitants en cas de nouvelleté, par-devant les gens tenant les requêtes du palais, nonobstant les lettres-patentes de i446 et 1449. Pour résister à ces demandes importunes , les Chartrains s'adressèrent encore au Roi, et obtinrent, le 8 mars 1455, des lettres-patentes contenant injonction de continuer les travaux, sauf règlement par le bailli des indemnités dues aux parties lésées. 11 est exprimé dans ces lettres que la navigation se faisait , depuis la Seine jusqu'à une lieue près de Chartres, par bateaux chargés de 20 à 25 tonneaux de vin ou leur poids \

Le sire Michel de Crouy , écuyer , seigneur de Saint-Piat, dont la seigueurie était traversée par la rivière, demanda, de son côté, à percevoir sur les marchandises conduites par eau le droit de travers que les voituriers payaient par terre. Charles VII lui octroya cette faveur par lettres-patentes du 13 septembre 1455, qui rappellent que, lors de l'occupation anglaise, les père et mère du requérant avaient quitté Chartres et tout ce qu'ils possédaient, pour rejoindre à Orléans les partisans du Roi , qu'ils étaient restés dans cette dernière ville

1 Pièce» relatives à ta navigation ; Arch. départ.

» La maison d'Angennes de Rambouillet, si riche en possessions territoriales, dans le pays chartrain, portait de sable au sautoir d'argent. (Recueil de Laime, vol. 3, p. 253.)

* Pièce» relatives à la navigation; Arrli. départ.

jusqu'à la rentrée des Français à Chartres, et qu'au retour Michel de Crouy et ses frères avaient trouvé leurs maisons détruites et leurs biens pillés

Les Chartrains n'étaient pas au bout de leurs épreuves. La rivière fort ombragée de bois, joncs , roseaux , et fort basse, ne pouvait avoir souvent le vent, de sorte qu'il fallait presque toujours tirer les bateaux avec chevaux et cordages. Les riverains dont on foulait les prairies ne manquaient pas de susciter des embarras de toute nature aux mariniers. Les marchands intéressés à la navigation sollicitèrent alors l'autorisation d'établir sur la rive un chemin de hallage. Le Roi fit droit à cette demande le 6 octobre 1435, par lettres patentes adressées à Louis de Harcourt, archevêque de Narbonne , Pierre de Brezé , grand sénéchal de Normandie , Jean leBourcier, général des finances, Jean Hardouin, trésorier de France , et aux baillis de Rouen , Evreux , Chartres et Gisors; les marchands reçurent le pouvoir d'asseoir un subside de 400 livres sur les bateaux , pour les frais du chemin, et d'élire un procureur pour la surveillance des péages \ L'assiette du subside se fit le 18 novembre, à raison de dix sous tournois par bateau chargé descendant et de cinq sous par bateau montant; on remarqua, dans la réunion tenue à cette occasion , vingt-trois marchands de Rouen , treize d'Orléans, un d'Abbeville, sans compter les marchands d'Anet, divry , etc., et ceux de Chartres \

La première difficulté, à propos du chemin de hallage, fut suscitée par l'Evêque , qui essaya de s'opposer au passage des chevaux le long des prés de Reculet; la transaction de 1446,

' Pièces relative» à la navigation; Arrh. départ.

1 Le procureur nommé par l'assemblée des marchands ternie le 3 décembre , fui Jean le Petit, dit Bâton , de Nniïent-le-Hoi , lequel substitua le méïnc jour dans ses pouvoirs Guyot Prévost, Jean Desfreux , Perrmel puinton , Jean André, Mirhau Cadou , Jaqûet Jaquelin , Ktienne lamelle , Jean Gibault . Macé Godefroy , Jean le Pelletier et trois procureurs en parlement.

* Pirres relatives à ht nari(jati<m; Arrh départ

que nous avons analysée plus haut donna gain de cause aux Chartrains (15 juillet 1436). Au commencement de 1458, la dame de Main tenon , sous prétexte que le hallage causait pour plus de 500 livres tournois de dommages à son château, à ses quatre moulins et à ses prés, obtint des lettres prescrivant un règlement d'indemnité ou un péage a son profit \

Dans la crainte que l'admission de ces exigences ne ruinât les faibles ressources provenant du subside , la ville fit un procès au sire de Crouy, seigneur de Saint-Piat, et à la dame de Maintcnon , au sujet de leurs péages. L'enquête à laquelle se livra le 24 octobre 1 458 M" Pierre Gilon , commissaire enquêteur du bailliage de Chartres , pour apprécier les droits du sire de Crouy, révèle des faits assez intéressants sur le commerce par eau. Jean Gibault, procureur en cour laie, premier des témoins entendus, déclara que, pendant dix ans avant 1456, il avait vu passer à Saint-Piat, sans payer, des bateaux chargés de douze à treize muids de grains. Les dépositions de Colin des Moulins et de Vincent Troillard , marchands, furent semblables. Guillaume BoufBneau , contrôleur du grenier à sel, l'ancien héros de la prise de Chartres, dit qu'en l'année 46 ou 47, au début de la dernière guerre avec les Anglais, il Gt charger dix-huit muids de blé sur la rivière, à Saint-Prest, pour la Flandre, et que les bateaux ne payèrent aucun droit à Saint-Piat; qu'au surplus, à cette époque, la seigneurie de Saint-Piat était en la main du duc d'Alençon comme seigneur de Gallardon , pour défaut de devoirs de fief, et que le droit de travers (péage par terre) ne dépassait pas

1 Pièces relatives à la navigation; Archives départ. — Thibault d'Aufcrville , écirycr, seigneur de Méziéres-en-Drouais , avait placé une chaîne avec serrure au milieu de la rivière et exigeait des bateaux un péage de 3 ou -l blancs. Cette chaîne ayant été, arrachée par ordre du bailli , Thibault fit faire des portes à bateaux et se mit à retenir de force les mariniers jusqu'à ce qu'ils lui eussent payé deux érus et 8 ou 9 bretons valant 6 sous 3 deniers. Le lieutenant-général délivra , le 27 juin 1456, une commission pour contraindre ce seigneur h abandonner ses prétentions injustes . sous peine de 1 ,000 livres de dommages-intérêts , suivant les ordonnances du Roi. Il s'engagea alors un procès qui dura plusieurs années. (/&.)

trois sous tournois. M* Jean de Montescot , ancien lieutenantgénéral du bailli Thibault d'Armignac , ajouta qu'en l'année 46 il Gt charger sur la rivière, aux Moulins-Neufs, paroisse de Saint-Prest , la navigation n'allant pas encore jusqu'à Chartres, un grand bateau de blé qu'il conduisit lui-même jusqu'à Nogent-le-Roi pour voir s'il n'y aurait pas d'empêchements dans le parcours, et que personne ne demanda de péage à Saiut-Piat ou ailleurs. Dès ce moment, chaque bateau portait de 12 à 15 muids de blé ou de 24 à 25 tonneaux de vin

M1"5 Thibault d'Armignac dit de Termes, bailli depuis 1 432, fit partie en 1457 de l'expédition contre l'Angleterre où il périt probablement *. Sa charge fut donnée au vaillant capitaine Florent d'IUiers, chambellan du Roi, dont la famille tenait depuis des siècles le premier rang dans la noblesse beauceronne'. Le lieutenant-général, représentant du bailli dans la ville , changea en même temps que son patron ; Me Jean de Montescot, qui remplissait cette fonction importante depuis 25 ans, dut faire place à Ma Pierre Chevalier, jurisconsulte protégé par la maison d'IUiers *. La nomination de Florent d'IUiers au poste élevé de bailli en amena une autre non moins intéressante pour le pays. L'évêque Pierre Beschebien, mort au commencement de 1459, eut pour successeur Miles d'IUiers, frère de Florent, doyen du Chapitre; ce personnage jouissait d'une grande prépondérance dans sa compagnie ; il était depuis longtemps dans les conseils du Roi et avait rempli avec distinction plusieurs missions diplomatiques à Rome. Il fit son entrée vers le mois de décembre.

1 Pièces relatives à la navigation; Archives départ.

• Il était mort en 1 158. Dans l'enquête qui eut lieu cette année pour la navigation , M* Jean de Montescot parle de M. le Batlli dernièrement trépasse.

' Voir les mémoires de Florent d'IUiers , par Denis Godefroy , insérés dans la collection Michaud, lre série, tome 3.

' Le nom de Me Pierre Chevalier, licencié ès-lois, lieutenant-général du bailliage, *c trouve dans les lettres- royaux du mois de novembre 1 i.r>8 , données au Chapitre dans <on procè*. avec Jean le Velletipr dit Dumoulin lArch. de la Mairie.»

L'influence des d'illiers semblait donc bien assise à Chartres , lorsque la mort vint frapper Florent à peine en possession de sa nouvelle dignité; le Adèle chambellan de Charles VII rendit l'aine au mois de juillet 1461 , presque en même temps qu'il eut appris le trépas de son maître \

Un des premiers actes du nouveau roi Louis XI fut de donuer le bailliage de Chartres au chef de routiers François de Suriène, l'ancien allié des Anglais ; on sait que le monarque ne lésinait pas lorsqu'il s'agissait de gagner un ennemi ; François de Suriène était déjà son conseiller, son chambellan et son maître-d'hôtel. Me Jean de Montescot profita de l'occasion pour rentrer dans la lieutenance générale ; il avait alors 70 ans , et son expérience était d'autant plus nécessaire à la ville que la question de la navigation s'embrouillait davantage.

Les fonds provenant du subside avaient été vite absorbés par l'entretien de la rivière et les frais de procès ; les marchands s'étaient imposé de nouveaux sacrifices, jusqu'à concurrence de 250 livres tournois, en vertu de lettres-patentes du 4 décembre 1 458 ; mais ce supplément ne pouvait suffire à des besoins toujours renaissants, et l'on ne tarda pas à constater que , par suite des exactions des riverains et de la détérioration des écluses, le port de la rivière étoit fort discontinué et presque annihilé *. Un incident des plus fà-

» Mémoires relatifs à Florent d'illiers . p. 234. Florent d'illiers et Jeanne de Coûtes, sa femme, étaient représentés, à genoux et priants, dans une verrière de la chapelle de la communion de l'église Sainte-Foy, derrière le chœur ; luy armé et couvert d'une cotte où sont ses armes d'or à 6 annelets de gueules . et la dame veslue de rouge et d'hermine , avec une jupe sur laquelle se voyent lesdittes arme* escarlellées d or à un lyon passant de sable.

Dans la verrière voisine on voyait leur fils Charles, chanoine de Chartres, priant devant un oratoire à costè duquel est un écu d'or à 6 annelets de gueules .3.2 et i ; il est veslu d'une soutane rouge , avec un surplis pardessus et l'aumus&c au bras. (Cabinet généalog.; Boite* du Saint-Esprit. Jay-Joyeusc, 101 ; Bibl. impér., départ, des Manuscrits.)

* Pièces relatives à la navigation ; Archives départ. — La navigation occasionnait de fréquents procès entre les meuniers, à cause du dérangement que les écluses apportaient aux niveaux anciens des diverses chutes d'eau. L'une des affaires de ce genre qui eurent le plus de retentissement fut celle qui éclata au mois de septembre 1158 entre le Chapitre, propriétaire des moulins de Lèves, et Jean le Pel-

cheux arrivé en octobre 1 459, frappa de stérilité les efforts du commerce. On avait déjà dépensé environ six mille livres provenant de cotisations volontaires et la navigation commençait à reprendre, lorsque les habitants de Nogent-le-Roi , ameutés par Jacques de la Chaussée, capitaine du château, et Jean Dupin , maître de 1' Aumône , en haine des Chartrains et pour forcer les marchands à décharger et recharger à Nogent , jetèrent deux grosses pièces de bois au travers de la rivière, près du quai. Le lieutenant-géuéral du bailliage se rendit immédiatement sur les lieux , mais ses sommations furent accueillies par des injures, et, pendant la nuit qui suivit sou arrivée, les émeutiers armés de pioches rompirent les écluses situées à proximité de Nogent. Ce dégât, qui exigea quinze jours de réparations et 200 livres tournois de dépense , empêcha, ce qui fut le plus triste, le passage d'un grand convoi chargé de vins d'Orléans et de Chartres, dirigé sur Rouen, lequel devait, au retour, rapporter en Beauce des harengs et du sel. Le 22 janvier 1 460, les Chartrains molestés obtinrent des lettres-royaux portant que le bailli de Chartres connaîtrait des dits excès , ferait appréhender les coupables au corps et veillerait à ce qu'il fût passé outre à la navigation \ Le procès semblait engagé de cette manière, lorsque le sire de Brezé prenant pour son propre compte l'affaire de ses vassaux , fit appel au Parlement , et , pour être conséquent avec ses prétentions, saisit à Pont-de -l'Arche par clameur de haro deux bateaux chargés de vins qui avaient traversé No-

letier dit Dumoulin, propriétaire d'un moulin voisin. On avait construit une écluse ou porte à bateaux , pour le service de la navigation , au-dessous des moulins de Lèves et à la mesure de leur versoir; Jean le Pelletier, dont le moulin était situé sur un petit bras de l'Eure au-dessous des moulins de Lèves et de l'éeluse , s'imagina , pour augmenter sa chute d'eau , de faire placer en la rivière , par-dessus ladite porte à bateaux et l'cscbantUhn d'icelle , certain* ays (ais) de grant haulteur et longueur; il en résultait que l'eau refluant au-dessus du versoir des moulins de Lèves , les faisait barbotter. Ce procès , qui fut jugé en parlement à l'avantage du Chapitre , donna lieu à un règlement des repères des moulins de la vallée. (Lettres royaux des 26 septembre et 18 novembre lioH; Arrh. départ.)

1 Pièces relatives a la navigation; Areh. départ

gent sous la conduite d'un sergent royal porteur de sauvegarde et commission royales On lit pendant cette année un grand nombre de processions à cause de la malice du temps; les ennuis suscités par la navigation entraient peut-être pour quelque chose dam celte malice *.

Vers le commencement de 14G2, le sire Jean deRochechouart , seigneur d'Ivry et de Saint-Georges-d'Espérance , conseiller et chambellan du Roi , remplaça le sire de Suriène dans la double charge de bailli et capitaine de Chartres. Ce seigneur choisit pour lieutenant-général M' Michel Grenet , licencié ès-lois. Les Grenet, les Montescot et avant eux les Laubespine, représentants de la haute bourgeoisie de robe , souvent opposés d'opinion en politique, se disputaient l'office de lieutenant-général qui, réunissant à la fois l'administration de la justice et de la présidence de la chambre de ville, était le point de mire naturel des ambitions locales.

Les nouveaux promus, Rochechouart et Grenet, eurent bientôt à recevoir un hôte illustre ; au mois de juillet , Louis XI, de retour d'une campagne dans le midi, vint taire un assez long séjour dans la Reauce et dans la Normandie. On suit la trace de ce monarque par les ordonnances qu'il semait sur son passage. Il se trouvait dans notre ville le 17 juillet et faisait expédier au Chapitre des patentes de protection et de confirmation des privilèges de Notre-Dame , inaugurant ainsi sa dévotion pour la Vierge-aux-Miracles ' ; d'autres ordonnances relatives aux villes d'Aigueperse , du Pont-Saint-Esprit et de Réziers, attestent, dans le même mois, la présence du Roi à Chartres et au château de Meslay, manoir du vidame Jean de Vendôme \ Le 2 août, Louis XI datait de Honfleur deux ordonnances intéressantes pour la navigation de l'Eure :

1 Pières relative* a In navigation ; Arch. dqiart. ' Litre de lion de Suint- André . f" 205; An h. il«:p;irl. 1 thdnnn. de a Unis de France, vol. XV, p. 507 ♦ /// . vol. XV. p. 50X. 5*1. 7û\i. 5:$t, 5:15.

par la première , ii autorisait la |>erception pendant six ans d'un impôt de dix suus sur chaque bateau avalant et de cinq sous sur chaque bateau montant, pour l'entretien des ponts, portes et chemin de hallage; par la seconde, il abolissait les nouveaux péages, travers, exactions et subsides, assis par des seigneurs ou particuliers propriétaires riverains, de Chartres à Nogent-le-ltoi , de Nogent à Ivry et d'ivry à la Seine Cette ordonnance fut suivie au mois de janvier 1 403 de lettres portant commission de faire cesser immédiatement les péages perçus mal-à-propos par Michel de Crouy, seigneur de Saint-Piat, la dame de Maintenon et Thibault d'Auferville , écuyer, seigneur de Mézières \ La ville finit par régler à l'amiable les petites contestations qu'elle avait avec ces trois seigneurs ; mais les choses ne se passèrent pas de même avec le sire de Brezé, dont nous avons raconté plus haut les mauvais procédés. Le lieutenant-général Michel Grenet, commissaire en cette partie , avait publié n NogenUe-Roi , comme dans les autres paroisses traversées par la rivière , l'ordonnance royale du 2 août 1462 abolissant les péages, et, depuis cette publication , les marchands refusaient le droit de passage demandé par les gens du sire de Brezé. Ce dernier n'accepta pas cette solution ; il prétendit que le Roi n'avait voulu parler que des nouveaux péages et non des droits existant de toute antiquité et fit admettre son appel aux requêtes du Parlement par arrêt «lu 17 mars 1463 \ Ce procès devait durer quarante ans.

Louis XI vint faire ses dévotions à Notre-Dame de Chartres le jour de l'Assomption 1463. Le lendemain , 16 août, il accorda l'autorisation de continuer pendant dix ans la perception du droit du dixième sur le vin. applicable à l'entretien

1 t'ieres rW«/nv.v a In nanyafion ; Arrh. (W'parl. ' Ib.

3 fi

des fortifications, et il signa au prolit de son intime serviteur Charles de Melun , bailli de Sens et lieutenant-général dans l'Ile-de-France , la donation de l'hôtel dit de la Reine ou de la Pixsottc, situé à Paris, grande rue Saint-Antoine 1 ; la ligue du bien public commençait à s'ourdir, et le Roi avait à cœur de stimuler le zèle des conseillers de haut et de bas étage qui pouvaient l'aider dans la lutte. De Chartres, Louis XI alla passer quelques jours au château d'ÀUuyes1, non sans avoir donné des ordres pour le maintien de la ville en bon état de défense ; il y avait alors une garnison de gens d'armes sous la conduite du capitaine de Rains qui demeurait au logis de l'Autruche, paroisse de Saint-André \ Cependant la rupture avec le comte Charles de Charolais , héritier de Bourgogne , et le duc de Bretagne , quoique imminente , n'eut pas lieu aussitôt qu'on le pensait , et nous revoyons Louis XI dans nos murs aux mois de mars et d'avril 1464; le monarque partageait son temps entre Chartres , où le retenait le pèlerinage de Notre-Dame, et Nogent-le-Roi , manoir du sire de Brezé, où la reine Charlotte de Savoie se disposait à faire ses couches ; on a de lui des ordonnances datées de Chartres les 5, 25 mars et 14 avril, etdcNogent les 21 mars et 21 avril \ La Reine donna le jour à une fille qui fut appelée Jeanne et que l'on fiança presque aussitôt avec le jeune Louis d'Orléans à peine âgé de deux ans. Le Roi rentra à Paris le mardi 1 5 mai \

La ligue du bien public et la guerre qui en fut la conséquence jetèrent le trouble dans le royaume pendant l'année 1465. Chartres put se maintenir sous l'autorité royale, mais

1 Pancarte municipale, vol. l»r; Arch. de la Mairie. — Ordonnances de* Rois de. France , vol. XVI, p. 55.

• fhrdonn. des [fais de France , vol. XVI, p. GO.

3 Litre de Bois de Saint- André. î° 206, v«; Arch. départ. — Ce capitaine fit radeau à l'église Saint- André d'un ciel et de deux custodes de soie.

* Ordonn. des Hois de France, vol. XVI, p. 175. 177. 178, 100, 103, 194 , 107, 200.

5 Chronique de Jean de Tn>t/es . p. 250, roll. Mifhaiid.

dans les premiers jours de juillet son territoire souffrit du passage des troupes du Maine et de l'Anjou amenées par le comte de Dunois au comte de Charolais, chef des mécontents. Plusieurs escarmouches eurent lieu autour de Paris entre les royalistes et les confédérés, et dans l'une d'elles, quelques hommes d'armes de la compagnie du sire Pierre de Brezé, parmi lesquels se trouvait le chevalier beauceron Jean Mohier (Morbier) , remportèrent l'avantage sur les bourguignons du comte deSaint-Pol. La journée de Montlhéry (16 juillet), où le Roi et le comte de Charolais combattirent en personne et dont Charles s'attribua la gloire tandis que Louis en retirait le profit, vit périr, entre autres personnages de distinction, Pierre de Brezé, l'ami du Roi et l'adversaire des Chartrains \ Après s'être arrêté une quinzaine de jours à Paris, Ixmis XI, qui craignait que l'armée des princes n'obtint un succès plus décisif , s'en fut hâter l'arrivée des compagnies , ban et arrière-ban, qu'il attendait de Normandie. Le 2i juillet, après avoir fait toute diligence et être parvenu à ses Gns, il manda à ceux de Paris qu'il estoit à Chartres, avec son oncle Mo* du Maine, à tout bien grand nombre de gens de guerre, et que dedens le mardy ensuivant il serait à Paris \ U n'était pas trop tôt, car le Parlement effrayé du voisinage des mécontents se disposait déjà à entrer en composition avec eux. L'habileté du Roi triompha de ses redoutables ennemis ; au commencement d'octobre, un traité de paix fut signé à Conflans, et chacun se sépara en emportant le prix de son accommodement. Louis de Luxembourg, comte de Saint- Pol, reçut, pour sa part, le 5 octobre, l'épée de connétable avec 24,000 livres tournois de gages et le gouvernement de Champagne, Ile-de-France, (hartrain et pais de deçà la Loire \

' Chronique de Jean de Troyet. p. 255. 257. » lb., p. 262.

* Ordonn. des Hoii de France , vol. XVI , p. 3H5

La ville obtint aussi la récompense de sa fidélité à la cause royale: sur la requête des habitants , le Roi reconnaissant, par lettres du 22 septembre, qu'ils avaient su lui conserver Chartres du temps des mauvaises et damnables entreprises des seigneurs et qu'ils avaient logé chez eux et à leurs frais les gens de guerre envoyés à leur secours, décida que l'imposition de douze deniers pour livre sur les denrées et marchandises vendues au détail cesserait à partir du VT octobre \

L'cvèque Miles d'Illiers qui s'était montré pendant son décanat jaloux des privilèges du Chapitre, prit le contre-pied lorsqu'il fut promus à l'épiscopat. Renouvelant vers i 466 les prétentions qui avaient jeté la discorde au sein de l'église de Chartres sous Robert de Joigny *, il revendiqua, à titre d'ordinaire, la juridiction épiscopale sur les chanoines et viola la clôture du cloître en faisant démolir une porte qui fermait le mur du cimetière Saint -Jérôme , du côté de l'évèché \ Il n'en fallait pas davantage pour exciter la colère d'une compagnie qui se glorifiait de ne relever que du Pape : la conduite de Miles fut dénoncée à Rome comme attentatoire aux droits du Saint-Siège et bientôt une excommunication vint surprendre le prélat au milieu de ses entreprises; Miles, grand amateur de procès, ne tint aucun compte de la censure dont il était l'objet. 11 se produisit alors entre PEvêque et le Chapitre des scènes peu propres à ramener la concorde. On rapporte qu'un jour Miles s'étant présenté au chœur pendant l'office canonial , les chanoines le firent sommer de sortir ,

' Les marchandises exemptées du droit furent le tan et ecorec, le bled, le pain , les tailles et linge, chausse! crie et tapisserie , la poullatlerie et fructerie, la chair cuite et crue , le détail de la boucherie, à quelque prix qu'elle soit ou puisse estre. le foin, avoine es hostelliers, te foin et feutre hors hostelliers, les laines et parchemins, les voyrres et meules , nasnai et chardons , la bactérie et potiers d'eloin, les teintures et ouesde, la courvoi série , les selliers et bourreliers, la coustellerie , la fripperie et chanvre, lin et tout fil, la feronnerie et le détail de la drapperie. (Pancarte municipale, p. 20, v°; Archives de la Mairie.)

1 Voir vol. l'r, p. 174. 175 et suivantes.

> Ib., p 2H et 212

puis, sur son refus, se levèrent de leurs stalles et se dirigèrent vers les portes comme pour éviter tout contact avec un excommunié ; l'Evèque , prenant la chose en plaisanterie , donna sa bénédiction aux fugitifs, jwur les absoudre de l'excommunication qu'ils craignaient de partager avec lui, et prescrivit à ses chapelains de continuer le service divin , en se promettant d'y être par la suite plus assidu qu'auparavant. Toutefois le prélat n'eut pas le beau côté dans cette affaire , et le Roi ordonna le 30 avril 1467 le rétablissement de la porte démolie \

Un autre conflit plus grave s'éleva à la même époque entre Miles et l'abbaye de Saint-Père. Il prétendait aux droits de visite, past et gîte dans le monastère; les religieux reconnaissaient bien le droit de visite, mais ils contestaient ceux de past et gîte. Miles résolut d'en venir à ses fins par un moyen détourné. Un jour de fête à Saint-Hilaire où il avait été chanter vêpres pontificalement , l'Evèque envoya prévenir l'abbé de sa visite pour le soir même. L'abbé soupçonnant le dessein du prélat, lui fit répondre qu'il était trop tard , mais que le lendemain les portes lui seraient ouvertes à deux battants. Ce refus servit Miles; sous prétexte qu'on lui déniait son droit, il fit enfoncer les portes de l'abbaye par ses familiers et domestiques, alla droit à la chambre de l'abbé et le somma de lui donner à boire et à manger et de lui faire préparer un gîte pour la nuit. Tandis que le pauvre abbé résistait de toutes ses forces à cette attaque imprévue , il éclata entre les religieux et les serviteurs de l'Evèque une rixe dans laquelle , si l'on en croit les historiens , le cuisinier de Miles tua d'un coup d'épée un moine âgé de 70 ans. Le champ de bataille resta aux épiscopaux, et l'on dit qu'ils poursuivirent les vaincus avec tant d'acharnement que l'un d'eux, pitancier du couvent, fut arraché du cimetière Saint-André, quoique lieu

Suueliet-Etienne , vol. 2;

1 Invent, du Chap., p. 72. v°; Archives départ. - TOME II.

de franchise, et jeté dans les prisons de l'évêché. Les religieux battus se plaignirent, le Parlement évoqua l'affaire, et un arrêt du 24 juin 1467 condamna Miles à 500 livres de dommagesintérêts envers le couvent, à 400 livres d'amende envers le Roi et à 100 livres d'aumônes. Le prélat ne se décida à payer qu'après la saisie de son temporel exécutée au mois d'août par M* Jean Damoiseau, conseiller commis à l'exécution de l'arrêt

Miles ne se borna pas à chicaner les ecclésiastiques; la ville eut également à se plaindre de ses procédés. Il avait fait construire sur la rivière , au lieu de Boizard " , en amont de Pontgouin , une forge grossière qui retenait le cours de l'eau. Le procureur du Roi au bailliage et le procureur des habitants se portèrent complaignanls en cas de nouvellclé et obtinrent, le 19 janvier 1467 , des lettres-royaux prescrivant au bailli de faire mettre, après information , la chaussée de Boizard dans son ancien état, tellement que le cours de la rivière ait sa pleine vuidange comme auparavant. Le 13 mai, le bailli reçut commission d'assigner l'Evêque pour voir entériner ces lettres-royaux. Louis XI étant venu à Chartres sur ces entrefaites, les habitants, pour éviter les lenteurs de la procédure, sollicitèrent le règlement immédiat , par provision , de IVchantillon ou repère du moulin de Boizard. Leur demande fut accueillie, et, le 20 mai, MM. Regnault de Dormans, conseiller et maître des requêtes de l'Hôtel, et Pierre Salât, conseiller au Parlement, commissaires en cette partie, se rendirent à Boizard pour mettre à exécution les nouvelles lettres données par le Roi. Le procès-verbal dressé par ces commissaires indique qu'après visite des lieux, ils firent placer dans l'étang, pour servir d'échantillon et fixer la hauteur et retenue, deux grosses pièces de bois, l'une au milieu de la chaussée, en la pale par où Peau se décharge pour faire

1 Doyen, vol. 1", p. 369 et suiv * Commune de Pontgouin

tourner la roue du martinet de la forge, et l'autre, près du bout de la chaussée , vers le chemin tendant de Pontgouin à Belhomert. Miles, ayant interjeté appel de cette provision, fut ajourné pour le 20 juin devant la chambre des enquêtes du Palais à fin d'entérinement des lettres-royaux. Pour rendre plus complète encore l'exécution provisoire, M* Jean Jolis , procureur des habitants , assisté de Macé Godefroy , tabellion-juré, et du sergent Thomas Leporc, se transporta le 7 juin à Boizard, et là, en présence des forgerons et de Jean Hermen , leur maître , fit enfoncer dans les pièces de bois plantées par ordre des commissaires royaux, aux endroits déterminés par eux , deux gros clous à tète , à fleur de lys. Mesure prise par Hamen de la hauteur de l'eau , à partir du fond jusqu'aux clous , il fut trouvé cinq pieds et demi moins un pouce \ 11 est probable que la provision fut maintenue définitivement par les requêtes du Palais et que Miles se tint pour battu.

Louis Xî habita Chartres et Meslay pendant la fin de mai et le mois de juin 1467. L'activité multiple de ce monarque suffisait à tout; en même temps qu'il suivait les pèlerinages , il surveillait les frontières de Bretagne, renforçait les compagnies d'ordonnances et donnait une organisation militaire aux métiers de Paris. Plusieurs ordonnances, datées de Chartres les 24 et 20 juin , modifièrent les statuts de soixante-une bannières bourgeoises , sans oublier les corporations des notaires, des écoliers, officiers et suppôts de F Université *. Pendant que Louis était à Meslay, il appela près de lui M* Jean le Boulanger, président au Parlement, et plusieurs conseillers et bons marchons de Paris , les envoya conférer à Chartres avec son conseil, et, d'après leur avis, adopta, pour repeupler

1 Pièces relatives à la navigation; Archives départ. Ce règlement du moulin de Boizard est probablement le plus ancien qui soit connu.

• Ordonn. des Rois de France, vol. XVI, p 581 et suiv. — Chron. de Jean de Troyes. p 277.

ta capitale fort dépopulée pour les guerres et mortalité* , un moyen qui avait déjà été employé à Saint-Malo et à Valenciennes: ce fut d'accorder le séjour de Paris, en toute franchise, aux gens coupables de meurdre, furt, larreçins, piperics, etc. C'était donner de singuliers compagnons aux bons marchands parisiens \

Les hostilités entamées en Normandie et dans le Maine par les ducs de Bretagne et d'Àlençon, partisans de Charles, frère du Roi, ramenèrent vers le mois d'octobre Louis XI dans notre ville oii il fist venir et arriver la plus grand partie de son artillerie, qui lors estoit à Orléans. Le séjour du Roi à Chartres fut de plus d'un mois; il y suivit les mouvements de l'armée du maréchal de Lohéac qui mettoit en ses mains Alençon et les villes du Perche , conclut une trêve avec le duc de Bourgogne, noua des pourparlers avec les princes alliés de son frère * et réorganisa le Parlement de Bordeaux '. Vers le 20 novembre , le monarque quitta Chartres pour se rendre à Notre-Dame de Cléry. Ce fut à la suite de ce voyage (1 4 décembre) que Louis accorda aux habitants la pêche des fossés , comme indemnité des dépenses faites par la ville pour l'entretien des fortifications \

Malgré sa diplomatie, Louis XI n'avait pu amener son frère Charles à renoncer à la Normandie qui lui appartenait à titre d'apanage. Afin de s'autoriser de l'opinion populaire dans une question qui intéressait à un si haut point l'unité nationale , il se décida à convoquer les États-généraux à Tours, pour le 1er avril 1468. Les députés du bailliage de Chartres, nom-

» Jean de Troyes, p. 278 et 279.

» lb., p. 283.

» Ordonn. des Rois de France, vol. XVII , p. 29. — Lettres datées de Chartres, le 3 novembre; le cardinal d'Angers (Balluc), les sires de Craon et de Crussol , présents au Conseil.

* Voir volume 1er, p. 310, note lre. — Le compte de Jean Hardy, receveur du domaine de Chartres, pour l'année 1473, donne à ce titre la date du 14 décembre 1472. (Extraits des titres qui sont au logis de Madame de ChonvUlier ; Recueil de Laisnc, vol. 4 , p 147.)

niés dans une assemblée tenue le 20 mars sous h présidence de M* Michel Grenet , lieutenant-général , fureut , pour le clergé , M* Jean Escombart , docteur en théologie et chanoine de Notre-Dame; pour la noblesse ? le sire Michel de Crouy, écuyer, seigneur de Saint-Piat; et, pour le Tiers-État, M* Jean Cadou, licencié ès-lois \ Les États donnèrent pleine satisfaction au Roi. Le sire Jean de Rochechouart , qui visitait quelquefois son bailliage, mourut à la tour de Chartres le 7 novembre; on lui fit de magnifiques obsèques et il fut inhumé à l'Hôtel-Dieu \

Les séjours prolongés de Louis XI à Chartres avaient fait reconnaître à ce monarque intelligent tout l'avantage que la navigation de l'Eure pouvait procurer aux provinces arrosées par la Seine. A Paide de la protection royale, on avait momentanément triomphé des obstacles suscités par les riverains ; un quai avait été construit dans la ville même 9 et une grande quantité de blé, vins et autres marchandises prenaient depuis quelque temps le chemin de la rivière. Mais, pour rentrer dans la dépense nécessitée par l'établissement du port d'embarquement, on avait dû asseoir des droits sur les marchandises; or, les marchands, afiu d'éviter ces droits, tournaient la ville et allaient embarquer leurs denrées audessous. Le préjudice que cette manœuvre causait au commerce chartrain était immense; les magistrats s'en émurent et firent de telles remontrances au Roi qu'il leur permit, par lettres du 19 juillet 1469, de lever, pendant six ans, deux sous six deniers sur chaque tonneau de vin passaut et repassant autour de la ville et mené en rivière ailleurs qu'au port, autant sur chaque charretée de grains et sur chaque

• Archives impfr., section hist., srrie F, carton 903. — On trouvera dans l'Appendice n° 2, fin de ce volume , la liste des notables qui prirent part à cette électiou

* Résumé de t'hist. de Chartres, provenant du médecin Marie Saint-Ursin ; mss. de la Bibliot. commun., | OU, * partie. — Recueil de baisné , vol. 1", p. 13.

5 Ce quai était compris entre les arches de Lcthinière et le pont des Minimes ; les bateaux passaient sous l'arche de IVglise Saint-André.

baril de harengs blancs, et douze deniers sur chaque millier de harengs saurs ; par complément , la même ordonnance disposa que les droits à percevoir au quai de Chartres ne seraient que de quatre deniers tournois sur chaque tonneau de vin ou chaque muid de grains et de deux deniers tournois sur chaque baril de harengs \ C'était faire bon marché de la liberté du commerce.

Ces lettres furent suivies des statuts, constitutions et coutumes de la rivière de Seine et des autres y descendantes, par lesquels on renouvela la défense aux riverains de faire des édifices et empêchements dans les rivières , comme vannes , gros pieux, moulins et pêcfieries, arbres plantés, isles, hayeSj buissons , saulsayes, nuisibles aux nefs, bateaux, vaisseaux montans et avalans, passons et repassans, de diminuer la largeur du chemin de hallage qui devait être de 24 pieds pour le trait des chevaux ou de rétrécir les arches, voies , gorts et pertuis , pour passer et repasser lesdits bateaux et nefs, lesquels de toute ancienneté devaient avoir aussi 24 pieds *. Enfin, pour armer d'un nouvel instrument de résistance les habitants intéressés au port de la rivière , le Roi confirma le 5 novembre 1470, les lettres données par son père en 1 446 , relativement à la mise à exécution du projet de navigation s. Ces mesures, dont on se promettait une grande efficacité , étaient dues à l'initiative du corps de ville composé alors de MM. Adam de Montescot et Hercule Broisset, procureurs aux négoces , Jean de Montescot , licencié ès-lois , avocat et conseiller des habitants, et Jean de Champrond, Antoine de Nevers, Jacques Thomas, Colin des Moulins, Jean Poulain, Gilles Levasseur, Michel Jouet, Philippe Couldray, Gilles Mahon , échevins.

1 Pièces relatives à la navigation; Arch. départ. « Ib.

' Ib. Lettres données au Montils-les-Tours , en présence du comte de Dammartin, Grand-Maître de l'Hôtel, et de Mc Pierre Doriole, Général des finances.

Ou se trompait cependant , et jamais l'affaire de la navigation , déjà tant de fois ballottée , n'était entrée dans une passe plus dangereuse. Comme il arrive assez souvent, le plus grand mal partit du champion le moins redoutable en apparence. Le sire Jean Morbier, chevalier, homme d'armes de la compagnie du maréchal de Lohéac et seigneur de Villiers, possédait sur la rivière quelques moulins , ruinés depuis longtemps par les guerres, aux lieux appelés la Vieux-Fontaine, Romilly, Chandelles, le Boulay et Chandres. Voyant que plusieurs propriétaires de moulins s'étaient fait allouer, pour le passage des bateaux, des droits de travers ou pontugc, il s'imagina de reconstruire tant bien que mal le moulin de Chandres, et de fermer complètement la rivière par un barrage et une chaussée en pilotis. Lorsque lesChartrainsen furent informés, ils invitèrent Morhier à soumettre ses prétentions à un jugement arbitral; ce dernier parut y consentir, tout en répétant le dicton : qui met son chaperon en arbitrage il en perd toujours la cornette , et , le 22 octobre 1 471 , il fit choix pour ses experts du bailli d'Evreux et de Me Jean Cadou , quoique chartruin; de son côté, la ville donna ses pouvoirs à M* Hector Henouard , chantre de Notre-Dame, et à Me Jean Greuet ; au jour fixé, qui était le samedi devant la Toussaint, les experts de Morhier firent défaut. Cependant, le 30 novembre, le uommé U'tourneur étant arrivé avec son bateau près du moulin de Chandres , voulut franchir le passage malgré l'obstacle; mais au moment où il s'engageait dans la guaize, Guyot Benoist, sergent de la dame Jeanne de Bretaigne, épouse du sire Morhier, lui intima l'ordre de rétrograder, sous peine de GO sous d'amende. Le batelier obéit, non sans protester, et vint faire son rapport aux officiers de Chartres. Comme Morhier manquait , en cette circonstance , à la promesse qu'il avait faite de ne pas entraver la navigation jusqu'au prononcé des experts, M' Jean Baudry, nouveau lieutenant-général , donna commission au sergent Thomas

Leporc de faire passer le bateau de force. Le sergent se rendit, en conséquence, à Chandres, le 2 décembre, assisté du substitut du procureur du Roi , du procureur des marchands et de trois pionniers , et sur le refus du meunier d'ôter les pieux du barrage, il lit attaquer la chaussée par les ouvriers. A peine ce travail de démolition était-il commencé, que le sergent et les domestiques de la dame Morbier, accourant aux cris du meunier, se jetèrent en armes sur les travailleurs , les forcèrent à prendre la fuite, enlevèrent les marchandises, percèrent le bateau de plusieurs trous afin qu'il prît Peau, et emmenèrent avec eux les deux chevaux de hallage et leurs conducteurs.

Les gens de Chartres ne pouvaient en rester là. Le dimanche 8 décembre, les sergents Thomas Leporc, Colin Chamault et Etienne Bonot , ayant reçu commission du lieutenant-général d'appréhender au corps les serviteurs de Morhier, s'acheminèrent au point du jour vers le château de Villiers , accompagnés de quelques arbalétriers et volontaires de la ville armés et cmbâtomiés d'arcs, trousses, arbalestes, voulgcs, pertuisanes et autres bâtons invasibles; ils enfoncèrent les portes de la basse-cour et des étables, délivrèrent les charretiers , se saisirent des deux chevaux et arrêtèrent deux valets 1 ; ils allèrent ensuite fouiller le cabaret tenu à rentrée du château par Guyot Benoist, sergent de Morhier, qui s'était enfui, puis ils se retirèrent avec leurs prisonniers. Toutefois l'expédition n'avait pu se faire si secrètement que les vassaux de Morhier n'en eussent eu soupçon ; ils s'étaient mis aux

1 Cette troupe se composait de W hommes, suivant une requête au Parlement présentée par Thomas Leporc, le 1 i janvier 1473; de 80, suivant la plaidoirie de Nan terre, avocat de Morfiicr; de 200 et plus, suivant les lettres-royaux obtenus par Morhier le 16 décembre U7t. On peut juger, d'après cela, de la confiance qu'il {allait accorder aux allégations des parties.

* Nantcrre , avocat de Morhier , dit , dans sa plaidoirie , que les agresseurs voyant la dame Morhier à l'une des fenêtres du château , s'efforcèrent de la tuer , quoique prête d'accoucher, en lui tirant trois virctons. Si ce fait eût été vrai , Morhier n'eut pas manqué de le relater dans les lettres-royaux du 10 décembre 1171 . où la conduite des Chartrains esl représentée sous les' couleurs les plus noires

aguets, et voyant leurs adversaires en force, ils avaient couru en toute hâte donner l'alarme à Nogent-le-Roi. Les Nogentais prirent aussitôt les armes et atteignirent la troupe chartraine à deux lieues de Villiers, près de l'endroit appelé la Valléeaux-Loups; on essaya d'abord de s'expliquer, mais on en vint bientôt aux coups et le sang coula de part et d'autre ; plusieurs Chartrains furent navrés, le sergent Bonot reçut une pertuisane de quatre doigts sous l'aisselle, et Mathery Chifflet une horrible blessure à la gorge; de leur côté, les Nogentais attrapèrent quelques horions, et le nommé Michaud , palefrenier du sire Morhier, fut tué raide d'un raillon tiré par le chartrain Jean Dubois Le champ de bataille resta aux Nogentais qui ressaisirent les prisonniers et obligèrent Leporc et consorts à battre promptement en retraite.

La querelle avait pris de telles proportions que le fond de l'affaire était presque oublié et que les parties ne songeaient plus qu'à s'entreprendre au criminel, pour guet-apens, voies de fait, meurtre, etc. Morhier prit l'avance; il obtint, le 16 décembre, des lettres-royaux prescrivant une enquête sur les excès , crimes , maléfices , commis et perpétrés par Thomas Leporc. Mais les Chartrains étaient les plus forts ; sur le rapport des officiers du bailliage et de la ville , le Roi , en son grand-conseil séant au Montils-les-Tours , le 18 décembre , et de l'avis de Tristan Lhermite , Grand-Prévôt de l'Hôtel , ordonna à Pierre Lhermite , fils de Tristan , son pannetier, de prendre le chemin de Villiers avec les gens de guerre de la compagnie de la Prévôté, de faire une instruction sommaire des excès allégués contre les domestiques de Morhier, et, en cas de preuve suffisante, de faire réaumant raser toute la fortification de la maison de Morhier , afin que tous autres y prennent exemple et que la force et autorité demeure à justice. Cette exécution consommée , Pierre

* Des lettres de rémission furent accordées à Jean Dubois au mois «l'avril i fOrdnnn. des Bois de France, vol. XVII, p. IH1 )

Lhermite devait se transporter à Nogent-le-Roi et exiger des officiers du sire de Brezé la remise des prisonniers délivrés le 8 décembre, ou , sur leur refus, mettre sous la main du Roi la terre et seigneurie de Xogent. Pierre se hâta d'accomplir son mandat; il se rendit à Chartres, fit information, et, accompagné du lieutenant-général, du sergent Thomas Leporc et autres officiers royaux , gagna le château de Yilliers dont il saisit tous les meubles et fit commandement à la dame Morhier d'abattre son hôtel; cette dame se porta sur-le-champ appelante des violences dont elle était l'objet \ Deux jours après, Lhermite revint avec Leporc, et, comme la démolition n'était pas commencée, il eu fit faire le simulacre par des ouvriers qui abattirent une ou deux pierres de la porte du château. Rappelé pour le service du Roi, le fils du fameux Tristan remit aux officiers de Chartres, par lettres du 1 4 janvier 1 472 adressées à Jean Baudry et Jean Cadou , licenciés-es-lois , le soin d'exécuter le surplus de sa commission. Le lendemain, 15 janvier, Nicolas Lemercier, huissier au Parlement, et Jacques Burgondy , procureur , porteurs de lettres-royaux obtenues par Morhier, arrivèrent à Chartres, à Y Image Xotre- Damc, dans le but de faire prisonniers les gens, arbalestriers et sergents qui avaient exploité à Yilliers ; mais , lorsqu'ils se présentèrent devant le lieutenant-général pour exhiber leurs lettres , ce magistrat les fit appréhender au corps et jeter en prison, comme rebelles aux ordres de S. M*, puis il dressa procès-verbal des faits en présence de Michel de Champrond , avocat du Roi , de Mathurin Bouffineau , procureur du Roi , de Michel Grenet et de Jean de Montcscot , licenciés ès-lois.

On avait épuisé à peu près tout ce que la procédure , fort riche de l'époque, pouvait offrir de plus brutal aux plaideurs : lettres-royaux subreptices, commissions contradictoires, in-

' D'après l.i plaidoirie de Nanlerre , Pierre Uicrmitc , somme" par les çens de Morbier d'exhiber sa commission, aurait répondu qu'il la leur montrerail lorsqu'ils auraient tous été pendus.

formations >*.»iuiiiare*. rui; ~:>"iii8"iii-,iiL-û-;».-.-u;'i^ J'i>fh. -j-.-r* charges de Ft'vru'j a. o- y iu..ij.i-'LJ'- :iL> o* il jlno . ;ir>:: tiûD hiuiuitaiirn e; vi im: it :v t -m -a; v u\: la

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Cette victoire tar.vve ♦♦•ju:vl.ù.: a une u- lu tieux années s'étaient presque ee-iui-T-* d-pnis qje !<-> Lia:M'uvre> de Morhier entravaient la nav^;, «n . d'autres p?\»ee>. d'autres contestât ions avaient su TV; ?. et W <i.;L>. e^usts. p »rl"> a bateaux, toin:*jent eu il. Des iaute uVutrvOeu pendant ce chômage fore*-.

Le Roi se trouvait a Chartres le 19 janvj«T 1471 *: }n*u de temps après $<>n d» pari fevner . il r -:.ù;t une ordonnance qui diminua iuoinentaijeiijent riiu]»erL;nee du kiduaire. Aux termes de cet acte de l'autorité b.ui> XI d-nna au

comte de Duuois. en e< liante de la st-i^m-une de Cluistclaillon, les foi et iioimna;:^, droits e! devoirs, dus a la couronne, à cause du cornu* de Chartres, par la ehàn lleme d'Auneau appartenant a M"* de la R<*he->ur-Yun et par celle île Coumlle appartenant au sire Louis de Yieuxpmt. 11 en résulta que les

1 Vmr* nfalnet « /'/ nut .•fu',:"n , A r* lu v*-> — V|'N Jr.ïn-U'-ft'iil.mjifT .

président la Gi.i[ni<re , C»a:ia> , j*mf IV- ur. i.t «Iîj li";. j^nl iii.» ; \.»iiI<tty. |»>ur Mortuer. el Cljainjir.rid . j."ur lr» h:j t.it.i ut- Uinrtr^.

* Notamment a\»t le -m- Ja<iju.-> <k IWv/-' . v umiir de N v''"'-!»'-!»1'' , H .i\<v Me l*ierre f'ni.'îirmt, m;iflr.' d*- r-'iju-'t.-- Jr t H'-t- ;. >t-i:'i-ur dr M.m >1 l^s c\ j>r.>|>n(;- Uiire d*un pont d^ {U'-rr'-N d»- < hj.^ .ir. Ii<^ Mliir uiin' M.unlftnm ot lVrrvs. | l'ircrs rr/a/ur» <f la nangatim; An ii. d. part

3 Ordonn. drs lion dr braucr . \<d \\ti, \> 3t»t:. — IYml<>* d«s Kmchorv de Beaiivais.

appels tle ces deux chàtellenies furent reportées au bailli de Dunois '. Le recueil des Ordonnances nous montre encore Louis à Chartres le 28 décembre 1 473 *, et nous savons par le chroniqueur Jean de Troyes qu'il traînait alors à sa suite, étroitement enchaîné sur une basse charrette , le nommé Jean Hardy qui avait voulu l'empoisonner à l'instigation du duc Charles de Bourgogue \ Le Roi revint faire ses dévotions à Notre-Dame le 15 août 1474 ; pendant ce voyage , il signa une prolongation de trêve avec son adversaire le duc Charles \ donna une sauve-garde au couvent de Saint-Cheron *, et remit à la raison l'évêque Miles d'Illiers qui, depuis son installation, n'avait pas encore prêté le serment voulu , à la chapelle Saint- Blanchard de la Tour 6.

Chartres avait alors pour bailli le sire Guillaume de Courcillon , seigneur de Moléans et de Tillay, conseiller et chambellan du Roi. Ce haut fonctionnaire ou plutôt ses représentants directs, M0 Jean Baudry, lieutenant-général, et Me Michel Michon , lieutenant particulier , paraissent s'être occupés avec une certaine activité des travaux de voirie dans la campagne de la Beauce; des lettres de Louis XI, du 1er mars 1475, font, en effet, connaître que de grandes chaussées de pierres étaient alors en construction entre Chartres et Blois \ Mais ces entreprises durent être suspendues par la peste violente qui dépeupla Chartres et le pays chartrain en 1476 cette année fut néfaste sous plus d'un rapport, car il se passa,

1 Ordonn. des Rois de France, vol. XVII, p. 388.

* Lettres sur les monnaies de France et de Dauphiné et sur les gages des généraux des aides de Paris. (lb., p. 597 et 601.) Le Koi étant à Chartres, le 26 décembre , donna à M« André le Laboureur , son sommelier , Phfltel du Croissant , à charge de iO sous de rente. (Compte de Jean Hardy ; Recueil baisnê, vol i, p. 147.)

» Jean de Troyes, p. 307.

* Ordonn. des Mois de France, vol. XVIII , p. 15. » Voir vol. 1", p. 288.

« Souchet-Etiennc , vol. 2; mss. de la Bibbotli. communale. ' Ordonn. des /foi* de France, vol. XVIII , p. 99.

* Souchet-Etienne , vol. 2.

au mois de juin, un événement qui Gt probablement une grande sensation dans la ville : le sire Jacques de Brezé, seigneur de Nogent-le-Roi , dont le nom avait si souveut retenti dans le prétoire du bailliage à propos de la navigation , surprit en adultère sa femme Charlotte de France , la tua et la fit ensevelir dans l'abbaye de Coulombs '.

L'année 1477 s'ouvrit pour Louis XI sous les plus heureux auspices ; son ennemi mortel , Charles de Bourgogne, périt le 5 janvier sous les murs de Nancy. Au lieu de profiter de cette circonstance favorable pour marier le Dauphin avec la princesse Marie, fille unique du duc Charles et héritière de ses immenses possessions, le Roi trouva plus expédient de dépouiller l'orpheline, et, dès le 19 janvier, il fit un appel aux provinces et bonnes villes pour avoir un subside qui lui permit de mettre son projet à exécution. Les archives chartraines conservent en original la lettre que les bourgeois reçurent à cette occasion et par laquelle Louis apprend à ses chers et bien amez qu'attendu que pour reunir, remectre et réduire à la couronne et service de France , les contez de Flandres, Bourgoingne , Ponthicu , Aillions, et autres terres et seigneuries que naguères tenoil et occupoit feu Charles en son vivant duc de Bourgoingne, il lui est besoing faire, porter et soutenir de grans fraiz pour la despence de t artillerie , soulde et paiement des gens des ban , arrière-ban , et francs archiers, oultrc les genz de guerre de V ordonnance ordinaire , il a conclud et délibéré requérir, entre autres villes et citez, le corps de sa bonne ville de Chartres de Y aider, par manière de prêt , de la somme de 400 escus d'or. 11 les prie, en conséquence, de bailler promptement cette somme à Me Pierre de Lailly, receveur général des finances, promettant de la rembourser sur les plus clers deniers des

• Ckrm. de Jean de Troues, p. 32 i cl 325. Charlotte ftait fille naturelle Charles VII et d'Agnès Sorel.

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ville. Louis XI vint deux i >:> en jHvr:!„i:i- a > >ici-Oame en i 4SI : il y lit v-> dexoii. ci* V ytVtv ùe la Pentecôte et mciw le 10 juin une ordonnam v sur le t ours des monnaies étrangères *; au mois de juillet . Chartres reut encore le K01 ainsi que son gendre, M. tle Beaujeu. a leur retour du camp d'exercices du Pont-de-l'Arclie : il octroya, pendant ce nouveau séjour, des lettres de privilèges aux habitants île la cite île Franchise, ci-devant Arras \ Ces visites furent, à ce que nous croyons, les dernières que Chartres reçut de Louis \l: mim* par la maladie, le terrible monarque ne sortit presque plus de son château du Plessis-les-Tours, où il mourut le M) août I \K\.

L'avènement de Charles VIII encore enfant , fut le signal d'une violente réaction contre les empiétements de l'autorité royale. Les grands seigneurs secouèrent le joug |>esant qu'il* enduraient depuis longues années ; les dépouillés réclamèrent leurs biens; les opprimés crièrent vengeance contre les tyran* de bas étage dont le Roi défunt s'était entouré; les gens du Tiers-Etat, quoique flattés intérieurement «les instincts bourgeois de Louis XI, se rappelèrent qu'ils n'avaient jarmii* été consultés pour l'assiette des plus lourds irii|»Als.

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1 Ih . p tn.', cl 1170

Mais M"- de Beaujeu, gardienne de la personne du jeune roi son frère, avait hérité de Pastuce paternelle; elle sut tourner les difficultés de la situation et conserver dans toute leur intégrité les droits et conquêtes de la couronne. Les Etats-généraux ayant été convoqués à Tours pour le 5 janvier 1484 , le bailliage de Chartres envoya à cette assemblée mémorable le doyen Charles d'Illiers, pour le clergé, le sire Michel de Crouy, pour la noblesse, et Mathery de Billon, pour le Tiers-Etat \ Ces députés votèrent avec la première section dite de Paris ou de France. On sait qu'à propos de la composition du conseil royal de gouvernement, plusieurs orateurs des Etats-généraux émirent avec calme et dignité des théories de droit constitutionnel assez étranges à cette époque. Les exactions des officiers de justice et des collecteurs d'impôts, pendant le dernier règne, furent énergiquement stigmatisées , et, à ce propos, le cahier des plaintes fit connaître que, durant ces dernières années si calamiteuses pour le pauvre peuple , plus de 500 personnes avaient été suppliciées à cause de la gabelle du sel, dans le Maine, l'Anjou et le Chartrain \ Par

1 Journal des Etats généraux de 1484. par Jean Masselin, député du bailliage de Rouen , édité dans le recueil des Monuments inédits, ire série, par M. A. Bernicr, 1835. Les noms de Michel de Crouy et de Mathery de Billon ne se trouvent pas dans la liste de Masselin , mais ils figurent sur l'ancienne liste imprimée.

• Ib., p. 91. — Le grenier à sel était alors exploité, pour le Roi, par la famille Haligre, qui commençait à prendre rang dans la bourgeoisie. On trouve dans les titres les noms de Guillemin Haligre, bourgeois, échevin et grenetier en 1473, Jean Haligre, procureur aux négoces de la ville, gager de Saint-André et grenetier en 1499, Guillaume Haligre, grenetier on 1529, autre Jean Haligre, grenetier en 1537, Girard Haligre, mesureur du sel en 1546 puis receveur du Domaine de Chartres pour Mme Renée en 1556, Claude Haligre, grenetier en 1566. L'office de grenetier était fort envié parce qu'il rapportait beaucoup; il devint presque héréditaire au XVIe siècle dans la famille Haligre par le crédit d'un de ses membres , Mir* Claude Haligre, seigneur de la Brosse, valet de chambre ordinaire du Roi et receveur général des finances de M"* Renée, qui avait été annobli. par lettres d'octobre 1548, pour ses services en Espagne pendant la captivité de François Ier. (Recueil de Laisné, vol. 3, p. 1er, et vol. 4, p. 148. — Extrait des chartes de la Chambre des Comptes, mss. de Baluze; Bibl. impér.) La ville, pour se concilier les bonnes grâces des officiers du grenier à sel , offrait , chaque année , au grenetier, au contrôleur, aux mesureurs et aux sergents, un grand dîner auquel assistaient les échevins et les gens du Roi. (lirtj. de.\ Edirrins; Séances du 22 novembre 1521 et du 22 janvier 1527.;

application du système réparateur conseillé dans rassemblée des Etats, le Roi fit restitution , le 5 mars, aux princes Jean et Louis d'Armagnac , héritiers de leur oncle Charles , roi de Sicile et comte du Maine , de certains biens non tenus en pairies et apanage de France ni venus du domaine royal, entre autres de la Ferté-Bernard , en Maine, et de Nogent-le-Rolrou , Brou , Montmirail , Authon , La Basoche , Montlandon , Montigny, Alluyes, et PierreCoupe, en Perche etChartrain '.

Les premières années du nouveau règne ne furent cependant pas exemptes d'agitations. Le duc d'Orléans, premier prince du sang, ne pouvait voir sans dépit la puissance de M"* de Beaujeu , et poussé par son ami le comte de Dunois , politique aussi turbulent que son père avait été grand capitaine, il Ut ouvertement appel aux mécontents, se jeta dans les provinces de l'Ouest et donna la main au duc François de Bretagne, le vieil ennemi du royaume. Les Chartrains, voisins des possessions de ces princes, furent sourds aux prières comme aux menaces et conservèrent leur ville dans l'obéissance royale. Cette conduite méritait récompense ; aussi Charles VII leur accorda-t-il en 1485 deux de ces privilèges ou exemptions dont , comme dit Souchet , on savait se moquer au besoin: par le premier, conféré au bois de Vincennes le 7 juillet, le Roi, considérant la grande fidélité des habitants de Chartres dans les différends qui se sont élevés dans le royaume, et aussi en l'honneur de la Vierge Marie de laquelle l'église d'ieelle cité est fondée, leur octroie la faveur de se garder eux-mêmes et les exempte de toute garnison de gens de guerre ès ville et faubourgs, à moins qu'il n'y soit en personne ou qu'il n'y ait grand et émincnl péril ; par le second , daté de Paris le 6 août , Charles reconnaît que l'enceinte de la ville est très-grande et exige pour sa défense le concours de tous les habitants; c'est pourquoi il les exempte

' (hdonn. des Hois de Frnnre , \f*\ XIX. p 27K

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